Approvisionnement en GNL: L’Inde se tourne vers l’Algérie
La montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, conjuguée aux perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz, a conduit l’Inde à repenser en profondeur sa stratégie énergétique. Fortement dépendante de ce passage pour ses importations d’hydrocarbures, New Delhi accélère désormais la diversification de ses approvisionnements en se tournant vers de nouveaux partenaires, notamment en Afrique, où l’Algérie s’impose progressivement comme un fournisseur clé de gaz naturel liquéfié (GNL).
La crise, survenue dans le sillage de l’escalade militaire impliquant notamment Iran et ses alliés, a fragilisé les chaînes d’approvisionnement indiennes. Au cours des dernières semaines, les flux de pétrole et de gaz ont connu des perturbations notables, entraînant des tensions sur certaines filières, en particulier celle du gaz de pétrole liquéfié, largement utilisé dans les ménages. Si les autorités ont tenu à rassurer quant au niveau global des stocks, des retards de livraison ont néanmoins été enregistrés, révélant la vulnérabilité du système face aux chocs extérieurs.
Dans ce contexte, l’Inde a engagé une réorientation rapide de ses importations énergétiques. L’Afrique s’impose désormais comme un axe prioritaire de cette stratégie. Aux côtés du Nigeria et de l’Angola, l’Algérie figure parmi les sources privilégiées pour l’approvisionnement en gaz. Cette évolution s’inscrit dans une tendance de fond : en l’espace d’une décennie, le nombre de fournisseurs africains de pétrole brut à l’Inde est passé de 27 à 41, traduisant une volonté affirmée de réduire la dépendance vis-à-vis des routes énergétiques du Golfe. Le recours accru au GNL algérien apparaît ainsi comme une réponse directe aux contraintes imposées par l’environnement régional.
Pour New Delhi, l’enjeu est double : sécuriser ses approvisionnements et stabiliser son marché intérieur. Le pays consomme environ 31 millions de tonnes de GPL par an, dont 60 % sont importées, et près de 90 % de ces volumes transitaient jusqu’ici par le détroit d’Ormuz. Une dépendance désormais jugée excessive au regard des risques géopolitiques. Parallèlement, l’Inde élargit le spectre de ses partenaires en se tournant également vers les États-Unis, la Russie, le Canada et la Norvège. Toutefois, la relative proximité géographique et la fiabilité des producteurs africains, en particulier l’Algérie, leur confèrent un avantage stratégique dans la recomposition actuelle des flux énergétiques.
L’Inde, dont les importations couvrent plus de la moitié des besoins en gaz naturel et une part importante de la consommation pétrolière, cherche à bâtir un modèle énergétique plus résilient. Dans cette perspective, l’Algérie est appelée à jouer un rôle croissant en tant que partenaire fiable dans un environnement international de plus en plus incertain. Cette dynamique s’inscrit également dans le renforcement des relations bilatérales. Le 31 mars dernier, à Alger, le ministre d’État Mohamed Arkab s’est entretenu avec la responsable indienne Neena Malhotra afin de consolider la coopération économique entre les deux pays. Dans le prolongement de la visite de la présidente indienne en 2024, les discussions ont porté sur l’intégration des entreprises indiennes dans le secteur énergétique algérien, de l’exploration à la pétrochimie.
Outre l’intérêt de l’Inde pour l’achat de GNL et de produits pétroliers auprès de Sonatrach, le partenariat s’élargit désormais aux projets miniers, notamment la transformation du phosphate et les études géologiques. Cette coopération englobe également le transfert de technologies, l’échange d’expertises et le développement de solutions liées au dessalement de l’eau de mer, consolidant ainsi des relations historiques appelées à se renforcer davantage.
Par S. R.
