Augmentation de la production et du stockage des céréales: Les ambitions prometteuses de l’Algérie
Alors que la sécurité alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique, la filière céréalière en Algérie est engagée dans une profonde mutation. Entre investissements massifs dans les infrastructures, adaptation aux aléas climatiques et ambitions productives, les autorités et les professionnels veulent donner une nouvelle dimension à cette branche clé de l’économie nationale.

Intervenant sur un plateau de la télévision algérienne, Abdelghani Benali, secrétaire général du Conseil national interprofessionnel de la filière des céréales (CNIFC), a mis en avant l’importance du renforcement des capacités de stockage, tout en dressant un bilan des acquis et en esquissant les perspectives d’avenir.« Nous avons franchi une étape décisive, en passant d’une capacité maximale de 30 millions de quintaux à plus de 40 millions aujourd’hui. Notre objectif est clair : atteindre 90 millions de quintaux dans les deux prochaines années », a-t-il déclaré. Pour lui, ce saut qualitatif représente une véritable bouffée d’oxygène pour la filière, en offrant une marge de manœuvre inédite dans la gestion des récoltes et des approvisionnements.
La campagne 2024/2025 illustre déjà ce changement d’échelle, avec près de 40 millions de quintaux réceptionnés par l’Office Algérien Interprofessionnel des Céréales (OAIC) et le ministère de l’Agriculture. La production reste largement dominée par le blé dur, qui dépasse les 30 millions de quintaux, dont 4 millions réservés aux semences pour la prochaine saison. À cela s’ajoutent entre 1,8 et 2 millions de quintaux d’orge destinés aux semences, ainsi qu’une production croissante de légumineuses (lentilles, pois chiches) dans l’Est et l’Ouest, renforçant la stratégie de diversification.
Le développement des infrastructures de proximité constitue un autre axe majeur. « Nous devons rapprocher le point de collecte du producteur. Autrefois, certains devaient parcourir 600 à 700 kilomètres pour livrer leur récolte. Aujourd’hui, 50 centres de proximité sont déjà en activité, et nous visons la création de 250 », a expliqué M. Benali. Ces centres permettront de réduire les coûts logistiques et d’améliorer l’efficacité de la filière.
Toutefois, le tableau n’est pas exempt de difficultés. L’intervenant a reconnu l’impact sévère de la sécheresse sur certaines régions, où des agriculteurs n’ont rien récolté malgré des investissements importants. « Nous ne pouvons pas les laisser seuls. Un accompagnement spécifique est indispensable pour ces producteurs sinistrés », a-t-il plaidé. Plus largement, il a insisté sur la nécessité d’une cartographie plus intelligente des cultures. Selon lui, cultiver du blé dur dans des zones salines n’a aucun sens économique. Il propose de réorienter ces surfaces vers des cultures mieux adaptées, comme l’orge, le triticale ou encore les légumineuses, afin d’éviter des pertes aussi bien pour l’État que pour les agriculteurs.
Les ambitions restent néanmoins élevées. Avec une superficie agricole utile de plus de 8 millions d’hectares, dont 3,2 millions consacrés aux céréales, l’Algérie prévoit d’étendre cette dernière à 3,5 millions d’hectares grâce au développement dans le Sud. « Notre objectif est d’atteindre 80 millions de quintaux de production dès la prochaine campagne. Cela ne sera possible que si l’État, l’OAIC, les coopératives et les agriculteurs avancent ensemble », a-t-il affirmé.
M. Benali a également tenu à saluer le rôle des acteurs de terrain. Les coopératives céréalières et l’OAIC, selon lui, ont fait preuve d’un grand professionnalisme dans la fourniture de semences et d’engrais, ainsi que dans la gestion des stocks. Quant au ministère de l’Agriculture, il demeure le principal partenaire institutionnel. Mais pour réussir, la filière doit rester à l’écoute des producteurs et conjuguer ses efforts dans un esprit de modernisation. « Nous devons avancer ensemble, moderniser nos pratiques et rester à l’écoute des agriculteurs », a souligné Abdelghani Benali. Pour lui, la stratégie étatique volontariste, combinée à la mobilisation des professionnels, constitue le socle qui permettra à l’Algérie non seulement de renforcer ses capacités de stockage, mais aussi de garantir durablement sa sécurité alimentaire.
Par Mourad A.
