28/05/2024
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Chronique ECO: Il faut passer au niveau supérieur dans l’organisation de l’industrialisation.

La désindustrialisation du pays a  débuté en 1986 et s’est poursuivie jusqu’à 2000 ; elle doit inquiéter. Les tentatives de redressement amorcées en 2000 n’ont pas produit les effets souhaités. D’une part,  parce l’ouverture tout azimut des importations a annihilé toute velléité de développement industriel, d’autre part, la politique d’investissement orientée sur les facilités comme le modèle des SK-CKD a détourné les acteurs des vraies questions d’investissement. Au final, le secteur industriel contribue faiblement à la richesse nationale (moins de 5% dans le PIB) entre 2000 et 2020. Pourtant,   l’industrie est un secteur diffuseur surtout de technologie, avec un effet multiplicateur important et un facteur d’amélioration de la productivité des autres secteurs (agriculture, services, BTPH…). Il est aussi créateur d’emplois sur l’ensemble des niveaux de qualification ; c’est aussi un facteur de modernisation de la société.  Au regard de sa taille dans l’économie, l’industrie algérienne accuse un retard par rapport aux pays similaires, producteurs ou non d’hydrocarbures. Enfin, le secteur industriel reste concentré sur des branches à faible et moyenne technologie (OCDE).

Pour toutes ces considérations, la relance industrielle constitue un pilier important de la stratégie de diversification économique…

Aujourd’hui, il est encore possible de changer la situation en ayant une politique volontariste. Les dernières législations sur la promotion de l’investissement et sur le foncier industriel sont des atouts majeurs pour redynamiser le secteur et amorcer le processus de ré industrialisation du pays. Cette législation doit être complétée par des orientations stratégiques sur des filières porteuses, comme la transition énergétique et les énergies renouvelables qui sont des opportunités de développement de nouvelles activités industrielles (dans la chimie, l’électronique, la métallurgie….), la modernisation de l’agriculture (mécanisation, fertilisants, système d’irrigation, plasticulture…).  On peut aussi utiliser le secteur minier comme un levier structurel d’une industrialisation réfléchie (engrais et phosphate, terres rares dans les énergies renouvelables, en particulier dans l’industrie des batteries et de l’électrolyse….)

L’industrie, qui est aujourd’hui au cœur de la transformation structurelle et de la croissance économique, offre de meilleures possibilités d’accumuler du capital, d’exploiter des économies d’échelle, d’acquérir de nouvelles technologies et, plus fondamentalement, de susciter des changements technologiques corporels ou incorporels, plus  que les autres secteurs.  

En plus de la promotion de nouveaux investissements, il y a lieu de rationaliser les installations industrielles en place. Beaucoup d’entreprises industrielles, publiques et privées, ne fonctionnent pas à l’optimum et souvent des capacités installées, pour produire des intrants à l’activité principale, sont utilisées à des taux très bas, alors que d’autres entreprises, souvent dans la même région ou dans la même zone industrielle continuent à importer ces mêmes intrants. Les stratégies de coopération et de partenariat inter-firmes sont absentes dans la culture industrielle algérienne. La politique impulsée par le Ministère de l’industrie avec l’appui de l’UE vise à organiser ces coopérations dans le cadre de la mise en œuvre de Pôles industriels et de Clusters dans les différentes filières et les différentes régions. Ce n’est qu’à l’optimum de l’utilisation des capacités installées que le bénéfice des économies d’échelle se réalise et se répercute sur les coûts de production, un facteur de compétitivité.  Par expérience successive sur plusieurs filières, les coûts ainsi réduits grâce à la relation « client-fournisseur » crée la compétitivité globale de l’économie nationale. Si on n’optimise pas l’utilisation des capacités installées et chaque industriels va investir dans les mêmes productions d’inputs ou  les importer, nous aurons un surinvestissement en capital mais pas d’industrialisation, ni de compétitivité. Il s’agit d’un gaspillage des capacités installées grâce aux avantages accordés par l’Etat dans sa démarche de promotion de l’investissement. L’Etat doit intervenir par des incitations ou même par la contrainte, dans le cadre de la nouvelle politique des « Pôles industriels » pour organiser les synergies au moins localement, sur un territoire donné.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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