Grèce: Mitsotakis entame son second mandat, ces défis qui l’attendent
Au lendemain de sa victoire aux élections législatives en Grèce, le conservateur grec Kyriakos Mitsotakis entame ainsi son deuxième mandat de Premier ministre. La partie est loin d’être gagnée. Si l’économie grecque a repris des couleurs durant le premier mandat de la droite, grâce notamment à une envolée du tourisme, les Grecs continuent de souffrir de la cherté de la vie et de bas salaires. Kyriakos Mitsotakis a ainsi promis que « des réformes majeures avanceront rapidement ». Il avait notamment évoqué ses promesses de hausse des salaires et d’embauches massives de personnel médical et de médecins dans les hôpitaux publics.
Kyriakos Mitsotakis a été réélu. Le dirigeant de Nouvelle-Démocratie (ND), qui a dû abandonner son fauteuil de Premier ministre durant quelques semaines, doit prêter serment en milieu de journée pour un deuxième mandat de quatre ans avant de constituer son nouveau gouvernement. Dimanche, son parti a réuni 40,55% des suffrages à l’issue du second scrutin en cinq semaines. Il décroche ainsi la majorité absolue au Parlement, soit 158 sièges sur 300. Une des meilleures performances de la droite depuis le rétablissement de la démocratie en 1974. Quatre ans auparavant, elle avait réuni 39,85% des suffrages.
Face à la ND, l’opposition de gauche incarnée par l’ancien Premier ministre, Alexis Tsipras (2015-2019), essuie une nouvelle débâcle. Syriza ne recueille que 17,84% des suffrages et ne comptera dans la nouvelle chambre que 48 députés.
« C’était une bataille difficile (…) Le résultat est évidemment négatif pour nous », a admis le pugnace quadragénaire reconnaissant que « un grand cycle historique s’est achevé » pour son parti.
Il a évoqué la nécessité de grands changements dans son parti et appelé ses membres à « nous juger », laissant augurer de prochaines élections au sein de Syriza. Pour de nombreux analystes, ses jours à la tête du parti apparaissent désormais comptés. Après ce revers cinglant, il avait reconnu avoir songé à démissionner.
L’extrême droite fait son retour au Parlement
Dix jours après le naufrage meurtrier d’une embarcation surchargée de migrants au large de la Grèce, trois petits partis nationalistes et anti-migrants ont, par ailleurs, fait leur entrée au parlement. A eux trois, ils ont réuni près de 13% des suffrages. Parmi eux, les « Spartiates » ont créé la surprise avec 4,64% des voix et 12 députés élus. Ce parti, inconnu il y a peu, est soutenu par un ancien cadre de la formation néo-nazie Aube dorée, Ilias Kassidiaris.
Cet homme, antisémite et révisionniste, purge actuellement une lourde peine de prison. Il avait été de ce fait empêché par la Cour suprême de se présenter aux élections. Les dirigeants et cadres d’Aube dorée, qui avait élu pour la première fois des députés en 2012 au pic de la crise grecque, ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour assassinats et violences contre migrants et sympathisants de gauche.
Ces législatives marquent un pari réussi pour Kyriakos Mitsotakis donc, qui avait réclamé de nouvelles élections pour s’assurer une majorité absolue, malgré une première victoire lors des élections législatives du 21 mai. Devant ses troupes en liesse à Athènes dimanche soir, le dirigeant de 55 ans a assuré disposer d’un « mandat fort » qui lui permettra d’accélérer « les grands changements » dont la Grèce a besoin. « Sans adversaire, domination absolue de Mitsotakis », titrait lundi le quotidien du centre Ta Néa, alors que certains analystes s’inquiètent de la toute-puissance de la droite au Parlement face à une opposition de gauche très affaiblie.
Avec cette large victoire, le dirigeant grec, issu d’une longue lignée de responsables politiques, peut désormais revendiquer un rôle majeur au sein de la droite européenne emmenée par l’Allemand Manfred Weber, patron du Parti populaire européen (PPE), dont il est un proche. « La Nouvelle-Démocratie est le parti du centre droit le plus fort en Europe ! », a-t-il d’ailleurs assuré dimanche soir.
Après cette victoire, le président américain Joe Biden a souhaité « la poursuite de leur étroite coopération (…) pour favoriser la sécurité régionale ». Le président français Emmanuel Macron a félicité « son ami et partenaire de la France », tandis que le chef de la diplomatie italienne Antonio Tajani a vu dans cette victoire « un bon signe pour toute l’Europe ».
