18/05/2026
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La mine de zinc et de plomb d’Amizour: Un projet stratégique pour l’Algérie

Avec des réserves estimées à 34 millions de tonnes et une exploitation prévue sur près de vingt ans, le gisement de Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, s’annonce comme l’un des projets miniers les plus structurants pour l’économie nationale. Son lancement prochain marque une nouvelle étape dans la stratégie de relance du secteur minier en Algérie. Ce projet, dont le démarrage est annoncé pour ce mois de mars, suscite un intérêt particulier tant pour son potentiel économique que pour ses retombées socio-économiques au niveau national et régional.

Invité chez nos confrères de la radio, le directeur du laboratoire de génie minier et spécialiste en exploitation et traitement des minerais, le professeur Malek Ould Hamou a apporté des éclairages sur l’ampleur et les perspectives de ce gisement polymétallique considéré comme l’un des plus importants projets miniers actuellement en développement dans le pays.

En tout premier lieu, explique-t-il, la mine d’Oued Amizour se distingue par la présence de deux métaux principaux : le zinc et le plomb. Selon les estimations présentées par l’expert, les réserves exploitables sont évaluées à environ 34 millions de tonnes de minerai. Toutefois, comme l’explique le spécialiste, la richesse réelle d’un gisement ne dépend pas seulement du volume global de minerai, mais également de la teneur en métaux utiles. « Le minerai contient environ 4 % de zinc et près de 1,5 % de plomb », précise-t-il. Autrement dit, ces métaux représentent une proportion relativement faible de la masse totale extraite, ce qui implique un processus industriel complexe pour les isoler et les valoriser. Au total, les réserves du gisement permettraient de produire environ 170 000 tonnes de zinc et près de 30 000 tonnes de plomb.

Des volumes qui, bien qu’inférieurs à ceux de certains grands gisements mondiaux, demeurent significatifs à l’échelle du marché régional. Le professeur souligne également que le projet d’Amizour ne peut être comparé directement à celui de la mine de fer de Gara Djebilet, dans le sud-ouest du pays. Les deux gisements diffèrent non seulement par leur nature, mais aussi par la valeur économique des métaux extraits. « Le plomb et le zinc ont une valeur marchande plus élevée que le fer. Même avec des volumes plus modestes, leur exploitation peut générer des retombées économiques importantes », explique-t-il.

Contrairement à certains projets miniers situés dans les régions désertiques du sud du pays, la mine d’Oued Amizour se trouve dans une zone montagneuse. Cette configuration géographique impose une méthode d’exploitation spécifique.

Le projet prévoit ainsi une exploitation souterraine, une technique largement utilisée dans les mines polymétalliques. Cette méthode consiste à creuser des galeries permettant d’accéder aux blocs de minerai situés en profondeur, qui sont ensuite extraits et transportés vers une usine de traitement.

Selon l’expert, la conception technique du projet a pris en compte ces contraintes naturelles, ce qui devrait permettre une exploitation maîtrisée et sécurisée. Une fois extrait, le minerai sera acheminé vers une usine de valorisation, où il subira plusieurs étapes de transformation destinées à séparer les métaux utiles des éléments indésirables.

Le traitement du minerai reposera principalement sur une technique appelée flottation, un procédé physico-chimique couramment utilisé dans l’industrie minière.

Dans un premier temps, le minerai brut sera soumis à une préparation mécanique, consistant à réduire sa taille par concassage et broyage. Cette étape permet d’obtenir des particules très fines, parfois inférieures à 100 microns.

Le minerai est ensuite mélangé à de l’eau et à différents réactifs chimiques. Ces produits permettent de modifier les propriétés de surface des particules afin que les métaux utiles se fixent sur des bulles d’air et remontent à la surface sous forme de mousse.

Des milliers d’emplois seront générés

Ce procédé permet d’augmenter considérablement la teneur en métaux du produit final. Ainsi, un minerai contenant initialement environ 1,2 % de plomb peut être enrichi jusqu’à près de 60 % de concentration après traitement. Cette valorisation est essentielle pour rendre le produit commercialisable sur les marchés industriels. Au-delà de son intérêt technique, la mine d’Oued Amizour représente un levier important pour le développement économique.

Selon le professeur Malek Ould Hamou, le projet devrait générer des milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les domaines de l’extraction, du transport, du traitement du minerai et de la maintenance industrielle. L’impact ne se limitera pas à la wilaya de Béjaïa. « Lorsqu’on parle d’un projet minier de cette envergure, il s’agit d’un projet national », insiste-t-il. La chaîne de valeur liée à l’exploitation minière pourrait également favoriser l’émergence d’activités industrielles complémentaires, notamment dans la transformation du zinc et du plomb.

Un partenariat international

Le projet est porté par un partenariat associant des acteurs nationaux et internationaux. La société algérienne Manal détient 51 % du projet, tandis que l’entreprise australienne Terramin Australia Limited en possède 49 %. Ce partenariat vise à combiner les ressources locales avec l’expertise technique internationale dans le domaine de l’exploitation minière. Selon le spécialiste, les entreprises australiennes disposent d’une solide expérience dans ce secteur, ce qui constitue un atout pour la réussite du projet.

D’après les estimations actuelles, la durée de vie de la mine devrait s’étendre sur près de vingt ans. L’exploitation commencera par une phase de tests techniques de l’usine de traitement, qui pourrait durer environ un mois afin d’ajuster les paramètres de fonctionnement. Une fois cette phase terminée, la production devrait se poursuivre de manière régulière jusqu’à l’épuisement du gisement.

La production servira en priorité à alimenter le marché national, notamment les industries consommatrices de zinc et de plomb. L’excédent pourrait ensuite être destiné à l’exportation. La question environnementale constitue également un enjeu central dans ce type de projet. Le spécialiste explique que les résidus issus du traitement du minerai seront en partie réutilisés pour combler les cavités souterraines créées par l’exploitation, une technique visant à prévenir les affaissements du terrain.

Les eaux utilisées dans le processus industriel feront également l’objet de traitements afin d’éviter toute pollution, notamment par des métaux lourds ou des produits chimiques. « Ces précautions font partie des normes de base dans l’industrie minière moderne », souligne l’expert. Avec la mise en exploitation de la mine de zinc et de plomb d’Oued Amizour, l’Algérie franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de diversification économique. Longtemps dominé par les hydrocarbures, le modèle économique national cherche désormais à valoriser davantage les ressources minières du pays.

Dans cette perspective, le projet d’Amizour pourrait constituer un maillon important dans la relance du secteur minier, aux côtés d’autres projets structurants actuellement en développement.

Par Réda Hadi

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