21/04/2024
CHRONIQUE/EDITOCHRONIQUE

Le débat sur l’aménagement du territoire est de retour, tant mieux.

Après une longue hibernation, le débat sur l’aménagement du territoire est revenu cette semaine à l’occasion d’une présentation du projet d’actualisation du SNAT par le ministre de l’intérieur, des collectivités locales et de l’aménagement du territoire devant les sénateurs.

La question de l’aménagement du territoire a été mise sous le boisseau depuis maintenant plus d’une décennie. En effet, c’est en 2010 que la loi portant SNAT (Schéma National d’Aménagement du Territoire) a été promulguée. Depuis, la politique d’aménagement du territoire a été réduite à quelques repères donnés ici et là par les différents secteurs. Pourtant s’il y a un pays où l’aménagement du territoire a du sens et de l’utilité c’est bien l’Algérie. La préparation du SNAT à l’horizon 2030 a commencé en 2002, elle a fait l’objet d’un large débat. Le SNAT a été mis en forme par un document de grande facture, qui par la suite a été promulgué par une loi. Le document a identifié les grands enjeux et arrêté la méthodologie et les instruments de mise en œuvre. Au sujet des enjeux, on peut noter : « l’épuisement des ressources, la crise du rural, le décrochage démoéconomique, la crise urbaine, l’ouverture de l’économie algérienne et la consolidation du lien territorial et la gouvernance territoriale ». A plusieurs égards, ces enjeux sont toujours présents après 15 ans de l’adoption de la loi portant SNAT (2030). Aujourd’hui, d’autres enjeux sont apparus et d’autres défis s’imposent. Les nouveaux enjeux que doit, en principe, prendre en charge l’actualisation en cours (elle est dans sa phase finale selon le Ministre), devraient s’annoncer autour des questions suivantes : les dérèglements climatiques, la transition énergétique, la transformation numérique, la démographie, les problèmes géopolitiques de la région et la formation du capital humain. Toutes ces questions (enjeux) sont articulées directement au territoire et tire leur substance de celui-ci. Ce dernier est à la fois le réceptacle des problèmes mais aussi des solutions. C’est pourquoi l’AT, comme articulation entre l’espace, l’Homme et la nature, doit être vu comme une manière de limiter les dégradations de la natureet comme une démarche pour une exploitation durable et rationnelle des ressources qu’offre cette nature.

L’AT, comme expression de la volonté de l’Etat, est par nature stratégique et doit transcender les approches sectorielles ; il a vocation à être globale et à long terme. C’est pourquoi il s’impose aux autres politiques publiques, soit comme contrainte, soit comme ressource. L’harmonie de la relation Homme/Espace/Activités doit être recherchée par des politiques d’attractivité, de mobilité et d’incitations. Un territoire doté de ressources naturelles mais démuni en matière d’infrastructures et/ou de population n’est plus utile ; comme un territoire surpeuplé mais sous doté en ressources produit des effets pervers et des dégradations de toute nature. Le pays est aujourd’hui relativement bien équipé en infrastructures (réseaux routiers, réseaux d’énergies, réseaux télécoms, infrastructures éducatives et sanitaires, Villes-métropoles, ….) mais la population reste mal répartie sur le vaste territoire : 80% sur la bande littorale, 17% sur les Hauts Plateaux et à peine 3% dans le Grand Sud. L’équilibre et la cohérence recherchés par l’AT entre Homme/Espace/Activités est loin d’être atteint. Les grandes richesses du grand sud et les grandes étendues des hauts plateaux sont encore sous exploitées alors que les villes du Nord croupissent sous les problèmes démographiques, de la pollution, de la criminalité, de la paupérisation et autres effets pervers de la croissance urbaine. La politique d’Aménagement du Territoire fixe le Cap, aux autres politiques publiques de tracer les trajectoires dans une coordination irréprochable ; sinon les politiques produisent elles-mêmes des effets pervers au lieu de les éliminer ou les corriger. Tel est le défi de l’AT.

Anouar El Andaloussi

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