16/05/2026
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Développement de l’énergie éolienne en Algérie: Des objectifs ambitieux pour 2030-2035

L’Algérie accélère sa transition énergétique et mise désormais sur l’éolien comme l’un des piliers de sa stratégie de diversification du mix électrique. Malgré une capacité installée encore modeste, limitée actuellement à 10 mégawatts, le pays affiche des ambitions élevées à l’horizon 2030-2035, avec des objectifs de plusieurs milliers de mégawatts et une volonté affirmée de bâtir une véritable industrie nationale des énergies renouvelables.

Portée par l’abondance des ressources naturelles, notamment dans les régions sahariennes, cette orientation s’inscrit dans le cadre du programme national des énergies renouvelables qui prévoit une capacité globale de 15.000 MW d’ici 2035, dont plus de 5.000 MW issus de l’énergie éolienne. Cette dynamique traduit une évolution progressive de la politique énergétique nationale. Selon des données publiées par la plateforme spécialisée « Attaqa.net », l’intérêt de l’Algérie pour l’énergie éolienne remonte aux années 1950, avec l’installation, en 1957, d’un premier générateur d’une capacité de 100 kilowatts à Alger. Toutefois, le manque de technologies adaptées et de financements a freiné pendant plusieurs décennies le développement de cette filière.

Le véritable tournant est intervenu en 2014 avec la mise en service de la première centrale éolienne commerciale du pays dans la région de Kabertène, dans la wilaya d’Adrar. Considéré comme la première expérience industrielle du genre en Algérie, ce projet développe une capacité de 10 MW grâce à 12 turbines réparties sur une superficie de 30 hectares. La centrale a enregistré, dès sa première année d’exploitation, une production de 19 gigawattheures avec un facteur de capacité de 22 %.

Bien que le projet ait rencontré certaines contraintes techniques, notamment l’arrêt des turbines lorsque les températures dépassent 46 degrés Celsius, entraînant des pertes de production estimées à près de 10 %, il demeure une référence importante pour les futurs développements du secteur.

Aujourd’hui, les ambitions sont nettement plus importantes. Les autorités travaillent, en collaboration avec la Banque mondiale, sur l’étude d’un vaste projet éolien de 1.000 MW réparti sur dix sites à fort potentiel dans le Sud algérien, notamment à Tindouf, In Salah et Adrar. Ce projet constitue une étape clé dans la feuille de route énergétique nationale. L’objectif affiché consiste à porter les capacités de production éolienne à 5.010 MW à l’horizon 2030, avant d’atteindre 15.000 MW de capacités renouvelables cumulées en 2035. Le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Énergie, chargé des Énergies renouvelables, Noureddine Yassaâ, pilote cette stratégie destinée à renforcer la place de l’Algérie sur la carte régionale des énergies propres tout en réduisant la dépendance aux hydrocarbures.

Parallèlement aux grands projets industriels, les autorités encouragent le développement de petites fermes éoliennes destinées à l’alimentation des zones isolées. Depuis plusieurs années, des dizaines de turbines sont utilisées dans certaines régions des Hauts-Plateaux et du Sud pour le pompage de l’eau et l’approvisionnement des activités agricoles. L’installation de 77 turbines dans les Hauts-Plateaux illustre cette orientation vers des solutions énergétiques adaptées aux besoins des territoires ruraux et des exploitations agricoles éloignées des grands réseaux électriques.

Ces systèmes pourraient, à terme, être intégrés dans des modèles hybrides combinant énergie solaire et énergie éolienne. Les études réalisées sur le potentiel éolien algérien révèlent des perspectives particulièrement favorables. Dans plusieurs régions sahariennes, la disponibilité des vents peut atteindre 2.900 heures par an, permettant une production électrique à des coûts compétitifs estimés entre 5 et 6,5 dinars algériens par kilowattheure.

Ces performances renforcent l’attractivité économique de l’éolien, notamment dans les régions du Sud où les ressources naturelles demeurent abondantes et relativement stables. Toutefois, le développement de cette filière reste confronté à plusieurs défis structurels. Le principal obstacle concerne les infrastructures de transport électrique, encore insuffisantes pour acheminer l’énergie produite depuis les zones sahariennes vers les grands centres de consommation du Nord. À cela s’ajoutent les problématiques liées au stockage de l’électricité, à l’intermittence des vents et aux coûts d’investissement élevés. Dans le même temps, l’Algérie mise sur le renforcement de l’intégration industrielle locale. Les autorités ambitionnent d’atteindre un taux d’intégration de 50 % à court terme et jusqu’à 80 % avant la fin de la décennie.

Cette stratégie prévoit la création d’unités industrielles spécialisées dans la fabrication des composants des turbines éoliennes, ainsi que la formation de compétences nationales dans les domaines de l’ingénierie, de la conception et des technologies propres.

Par S. R.

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