21/02/2024
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Le numérique levier de croissance, comment et avec qui ?

Le numérique occupe aujourd’hui l’espace médiatique, celui des politiques économiques, les relations sociales et certainement toute notre vie. Il est devenu tellement présent dans notre vie au quotidien. Il est semblable à l’électricité il y a plus d’un siècle et aujourd’hui. On ne peut pas imaginer une vie sans numérique, principalement   internet, mais de plus en plus les autres services dans des réseaux plus spécialisés. Au plan économique, le numérique a transformé les structures et les comportements économiques. Une économie moderne c’est une économie numérique ou portée par le numérique. L’économie numérique est à la fois une sphère d’activité et un facteur de transformation des autres activités

De quoi s’agit-il ?

Une économie moderne c’est un investissement croissant de l’Etat et des entreprises ; une attractivité des territoires par des facteurs distinctifs ;des gains continus en PGF (Productivité Globale des Facteurs) ; des revenus en progression pour tous les habitants.

Comment ?

  • Une administration efficace et au service des entreprises et des agents économiques en général
  • Un climat des affaires accueillant, une règlementation stable, si nécessaire adaptée à chaque situation
  • Des coûts de transactions acceptables ;
  • Des infrastructures de qualité

Sur quels leviers ?

  • La qualité de la ressource humaine;
  • Modernisation des institutions publiques :

          – décentralisation/déconcentration de la décision publique

          – simplifications administratives

          – un service public de qualité

  • Fortement imprégnée par les valeurs éthiques et des méthodes de management avec les TIC
  • Une gouvernance ouverte, participative, responsable et transparente
  • Un cadre régulatoire de l’économie :

La présence de secteur informel important est un indicateur de disfonctionnement de l’économie ; il va constituer un obstacle majeur aux réformes : aujourd’hui, l’Etat ne peut intervenir par ses politiques que sur un tiers de l’économie et de la société;

  • la régulation des secteurs réticulaires : réseaux d’énergie, télécoms, eaux, infrastructures, transports, …
  • La formation et la recherche : sortir des sentiers battus de la formation de généralistes, très utile, mais il faut aller aussi vers les nouveaux métiers comme les métiers de l’internet et du numérique.  

Ainsi, une économie moderne ne peut se concevoir et se mettre en place qu’articulée au numérique. Le numérique devient le levier principal de transformation et de modernisation. 

L’économie numérique n’est pas l’apanage de quelques secteurs qui produisent ou qui sont basés sur les T.I.C., mais aussi les secteurs qui les utilisent.

  • Ainsi, l’économie numérique comprend les secteurs des télécommunications, de l’audiovisuel, du logiciel, de l’Internet et les secteurs qui les utilisent en tant que cœur ou support de leurs activités.
  • La convergence des trois secteurs (informatique, télécom et audiovisuel) est la principale révolution au cours des 20 dernières années, après la révolution de l’Internet.

L’économie numérique n’est pas la numérisation ou l’informatisation, celles-ci ne sont que des supports. 

L’impact de l’économie numérique sur l’économie globale :

  • Impacts macroéconomiques : TIC dans la croissance du PIB ; emploi, commerce extérieur ;
    • Aux USA, 1 Mds $ d’investissement dans les réseaux de télécom, conduirait à un accroissement du potentiel de croissance de 0,5% par an.
    • En matière d’emploi, encore ce sont les USA qui ont donné l’exemple, avec plus de 45 à 50 Millions d’emplois dans le secteur du numérique ;
    • Exportations de services TIC : Inde (20 à 30 Mds de $); Philippines; Maroc; soit en Offshore, soit en télétravail secteur de l’édition, Big Data, plateforme de réservation;
    • Impacts microéconomiques : sur la compétitivité des entreprises ; sur la productivité par l’innovation ;
      • Aux USA, l’économie numérique a impacté la PGF de 50%, alors qu’en Europe, cet impact a été plus faible, autour de 25% en moyenne.
      • A moyen terme, il y aura de moins en moins de salariés dans les entreprises et les administrations et de plus en plus d’entrepreneurs individuels : c’est déjà une réalité dans des grandes entreprises et des banques;
    • Impacts sur les ménages et les particuliers : plus de mobilité, plus de réactivité, pouvoirs de négociation, mais aussi des effets pervers sur la vie privée, la sécurité des systèmes, de nouvelles opportunités de revenus, travail à domicile.

Une stratégie nationale pour l’économie numérique 

Formellement, en Algérie, cette stratégie de transformation et de modernisation de l’économie et de la société n’est pas encore élaborée, mais la création de départements ministériels pour l’économie de la connaissance, de la numérisation et même de l’économie numérique est en soi une expression de la volonté de l’Etat de mettre en place une stratégie nationale. Les préalables à cette stratégie sont, d’une part, le défi infrastructurel et le rôle de l’Etat dans le financement des infrastructures et des réseaux (180.000 Kms de Fibre optique) ; le cadre législatif et réglementaire qui s’est matérialisé par la loi sur les Télécoms (2018) et la loi sur le commerce électronique.  Mais dans les faits aucune action dans le sens d’une mise en œuvre de cette stratégie n’a été lancée ; ni l’ouverture de la boucle locale, ni le paiement électronique. Ce dernier est le principal levier de la dynamique de l’économie numérique.

Il faut dire que L’Algérie a fait un saut qualitatif au cours des 10 dernières années en matière de modernisation des services aux citoyens : état civil, services judiciaires, sécurité sociale, cependant, un retard persiste en matière d’e-paiement. Selon un classement de l’ONU (rapport de l’ONU sur l’e-gouvernement 2014), l’Algérie se positionne au milieu du classement en Afrique, soit 16ème sur 33 pays.  L’Algérie ne tire pas profit de la densité de la couverture du réseau mobile qui a connu un développement fulgurant dans les segments voix et réseaux sociaux.

Mais pour quels usages seront utilisées les ressources mobilisées ? Pour moderniser les services publics, le système financier, le système éducatif, la santé ou pour les réseaux sociaux : peut-on se permettre de payer la bande passante pour un usage seulement ludique (réseaux sociaux) ? Toute la question est là.

Développer la chaîne de valeur est une conséquence directe des points précédents, où se mêlent les convergences des supports IT, des plateformesde services et des réseaux.

En effet, la chaîne de valeur des télécommunications est composée de maillons (acteurs) interdépendants. Les principales composantes étaient jusqu’à présent l’opérateur réseau et le client final. Mais avec l’avènement d’une multitude de services, et plus spécifiquement dans les réseaux larges bande, la chaîne de valeur devrait se composer d’acteurs exclusivement focalisés sur les services et ceux focalisés sur le réseau avec comme dénominateur commun« Le client final ».

Se positionner sur les CVMs dans le cadre de la convergence est l’option la plus porteuse, pour ne pas reproduire le cas de l’automobile (Absence sur l’ensemble de la CVM de l’automobile).

En se focalisant sur les métiers de gestion et développement des réseaux et infrastructures (accès + transport), l’opérateur historique doit d’une part  reconfigurer la chaîne de valeur nationale des télécommunications, en créant une nouvelle catégorie d’entreprises intermédiaires entre l’utilisateur final et l’opérateur historique (B2B2C) mieux structurées et plus productives, car spécialisées ; et  d’autre part, développer les volumes de télécommunications réseau et service (données ou voix), et offrir ainsi des avantages à l’achat en gros des capacités Internet et voix. Il doit aussi aider au développement des fournisseurs de contenu générateurs de Valeur Ajoutée. Ce sont les supports numériques et la dématérialisation des services qui font l’économie numérique.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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