25/05/2024
CHRONIQUE/EDITOCHRONIQUECONTRIBUTION

Les dix Méga-Crises qui menacent l’économie mondiale selon l’économiste N. Roubini.

Le célèbre économiste Nouriel Roubini, qui fut le seul à clamer, contre l’opinion générale du monde de la finance, l’imminence de la crise des subprimes de 2008, soutient dans son dernier livre (Méga menaces : dix dangers qui mettent en péril notre avenir, et comment leur survivre. 2023), que nous nous dirigeons vers la pire catastrophe économique depuis la Seconde Guerre Mondiale, à moins dit-il que nous n’anticipions et n’agissons pour nous défendre contre ces dix menaces à court et moyen terme. 

(1ère Partie)

Le professeur Roubini présente ces Méga-Menaces et insiste surtout sur leur chevauchement qui les renforcent mutuellement et créent une nouvelle inter-connectivité. 

En effet, dit-il, « Il y a des liens entre l’accumulation des dettes et le piège de l’endettement, l’argent facile et les crises financières, l’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation sur le lieu de travail, la dé-mondialisation, les affrontements géopolitiques entre grandes puissances, l’inflation et la stagflation, les effondrements de devises, l’inégalité des revenus et le populisme, les pandémies mondiales et le changement climatique.

Certaines, comme les menaces géopolitiques, peuvent mener à des guerres froides qui peuvent évoluer en guerres « chaudes » finalement destructrices. 

Ces crises seront aggravées par le changement climatique, l’effondrement démographique, les politiques nationalistes qui brident le commerce international et limitent l’immigration, la concurrence mondiale entre la Chine et les États-Unis et leurs alliés, et une révolution technologique qui supprimera ou transformera plus d’emplois que toutes celles qui l’ont précédée, et en moins de temps.

Il place l’endettement des Etats (dette interne ou externe) en tête des risques. Les pays qui s’endettent massivement (l’auteur considère que l’endettement est assimilé à l’argent facile, surtout lorsqu’il s’agit de la création monétaire pour financer des déficits budgétaires) ne se sont jamais relevés, malgré leur potentiel économique de croissance (Argentine, Grèce, Turquie, Egypte…). Une dette qui ne produit pas à court terme une croissance soutenue sur longue période conduit fatalement à une inflation, l’autre Méga-Menace. Dette et inflation ouvre grand le couloir à la récession. 

Le vieillissement de la population, le recul de la natalité et l’augmentation de l’espérance de vie créent des déséquilibres structurels dans beaucoup de pays avancés ; mais il se généralise à d’autres pays. Le financement de la protection sociale des actifs, les pensions de retraites à verser aux retraités ne sont en équilibre dans aucun pays. Il y a moins de cotisants par retraité. On est passé dans de 5 cotisants pour un retraité, dans les années 60, à un peu plus de 2 aujourd’hui. Le manque de main d’œuvre dans certaines économies est compensé par les robots plutôt que par des travailleurs immigrants (Japon). Une bombe à retardement prévient Roubini : « Ainsi, les passifs non financés découlant du vieillissement de la population et d’un système de protection sociale par répartition pour les personnes âgées (retraite, soins médicaux, prestations d’invalidité et autres services) sont énormes et explosent au fil du temps, en particulier dans les économies avancées, mais maintenant aussi dans certains pays émergents vieillissants. Selon une estimation, les passifs des retraites servies par l’État, non financés ou sous-financés, dans les vingt premières économies membres de l’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE) se montent à environ 78 000 milliards de dollars ; il s’agit d’une estimation uniquement pour les pensions, sans tenir compte des soins de santé ou de l’invalidité. De toute évidence, la dette implicite est une bombe à retardement majeure et une grave Méga-Menace. » Et d’ajouter : « Et, de fait, si la croissance était robuste et les emplois abondants, l’immigration pourrait en partie résoudre le problème du vieillissement qui assaille les économies avancées. Davantage de travailleurs salariés pourraient cotiser à la Sécurité sociale et à la couverture des soins de santé. Un nombre accru de consommateurs alimenterait la demande, stimulant la croissance des revenus qui allège le fardeau de la dette actuelle et implicite. »       

Suite dans une nouvelle chronique.