18/05/2026
ACTUALITEINTERNATIONAL

L’Opep+ augmente sa production

L’Algérie et sept autres pays membres de l’Opep+ ont décidé, dimanche, d’ajuster volontairement leur production pétrolière en injectant 206.000 barils supplémentaires par jour sur le marché à partir du mois d’avril prochain. Une décision prise dans un contexte géopolitique particulièrement tendu au Moyen-Orient, marqué par la guerre en Iran et les risques pesant sur les routes d’acheminement du brut.

La mesure a été prise lors d’une réunion ministérielle de coordination, tenue par visioconférence, regroupant les huit pays de l’Opep+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs alliés non membres) mettant en œuvre des réductions volontaires de production, à savoir : l’Algérie, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Irak, le Kazakhstan, le Koweït, Oman et la Russie. Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, a pris part à cette rencontre.

Selon un communiqué du ministère des Hydrocarbures et des Mines, cette décision intervient à l’issue d’un « échange approfondi et constructif sur les perspectives à court terme du marché pétrolier international », dans un environnement économique encore empreint d’incertitudes mais affichant des signes d’amélioration graduelle. Les ministres ont relevé que la modération actuelle de la demande, liée principalement à des facteurs saisonniers, devrait progressivement s’atténuer, ouvrant la voie à un raffermissement de la consommation dans les prochains mois.

Les participants ont réaffirmé, à cette occasion, leur engagement à maintenir des consultations régulières et à agir de manière responsable, coordonnée et proactive, en vue de préserver la stabilité et l’équilibre du marché pétrolier international, ajoute la même source.

Une hausse de 6.000 barils/jour pour l’Algérie

Pour l’Algérie, cet ajustement se traduira par une augmentation de 6.000 barils par jour à compter d’avril, portant sa production quotidienne à 977.000 barils, a précisé la même source. Pour l’Algérie, cette décision traduit une volonté de contribuer à la stabilité du marché tout en défendant ses intérêts énergétiques dans un environnement mondial marqué par de fortes incertitudes.

De son côté, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a souligné, dans un communiqué publié sur son site web, que cette décision tient compte « des perspectives économiques mondiales stables et des fondamentaux de marché solides », reflétés notamment par des niveaux de stocks pétroliers relativement faibles. Il s’agit, à travers cet ajustement, de reprendre le plan de retour progressif aux niveaux de production antérieurs aux réductions volontaires, entamé en avril 2025 puis suspendu au premier trimestre 2026. L’organisation a précisé toutefois que les réductions pourront être rétablies « partiellement ou intégralement » en fonction de l’évolution du marché, les huit pays conservant « une pleine flexibilité » pour accroître, suspendre ou annuler la suppression progressive des ajustements.

Les participants ont également estimé que cette mesure offrira l’opportunité d’accélérer les compensations liées aux dépassements antérieurs de quotas. Une nouvelle réunion est prévue le 5 avril prochain afin d’examiner les conditions du marché, la conformité et les mécanismes de compensation.

Un signal fort dans un contexte de tensions régionales

Cette hausse de production, supérieure aux 137.000 barils par jour anticipés par les experts, intervient alors que la guerre en Iran déstabilise le Moyen-Orient. Si le communiqué officiel ne mentionne pas directement la situation iranienne, le contexte géopolitique pèse lourdement sur les marchés. Le transport maritime via le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, est particulièrement menacé. L’Iran a annoncé à l’Union européenne la fermeture « de facto » de ce passage stratégique, alimentant les craintes d’un choc d’approvisionnement. Le baril de Brent, référence internationale, évoluait déjà au-dessus de 72 dollars avant même l’intensification du conflit, intégrant une prime de risque géopolitique croissante. Plusieurs analystes estiment que les prix pourraient grimper fortement à l’ouverture des marchés, certains évoquant même un scénario au-delà de 120 dollars en cas d’embrasement régional durable. Il s’échangeait dimanche entre 8 % et 10 % plus cher, autour de 80 dollars le baril sur le marché de gré à gré, selon des traders.

Pour Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, l’augmentation décidée par l’Opep+ constitue « un signal, pas une solution ». « Si le pétrole ne peut pas transiter par Ormuz, 206.000 barils supplémentaires par jour font très peu pour détendre le marché », estime-t-il, soulignant que la logistique et les risques de transit pèsent davantage que les objectifs de production à court terme.

«Des infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l’impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre de pétrole brut», ajoute-t-il.

Au-delà de la stabilisation des prix, cette décision s’inscrit aussi dans une stratégie de reconquête de parts de marché face à la concurrence des États-Unis, du Canada, du Brésil ou encore du Guyana. Toutefois, les marges de manœuvre restent inégales au sein du groupe. Selon les analystes, seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de capacités significatives d’augmentation rapide de production, suivis dans une moindre mesure par le Koweït et l’Irak. Dans ce contexte volatil, les huit pays de l’Opep+ réaffirment leur engagement à maintenir des consultations régulières et à agir de manière coordonnée et proactive pour préserver l’équilibre du marché pétrolier international.

Par Zahir R/Agence

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