19/05/2026
ACTUALITENATIONAL

Modernisation de la SNTF et transport de minerai: 378 milliards DA mobilisés par l’État

Longtemps cantonnée à un rôle de transport classique de voyageurs et de marchandises, la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) s’inscrit désormais au cœur de la transformation économique du pays. Portée par les grands projets miniers et industriels lancés par l’État, l’entreprise publique engage une modernisation d’envergure, soutenue par un programme d’investissement global de 378 milliards de dinars, destiné à adapter le réseau, le matériel roulant et les ressources humaines aux nouveaux défis logistiques.

Par Selma Rachid

À travers cette dynamique, le rail s’impose progressivement comme l’un des socles de l’industrialisation nationale. Les investissements engagés permettent à la SNTF d’aller au-delà de sa mission traditionnelle de transport, en contribuant à la structuration de l’espace économique et au renforcement de la résilience logistique de l’Algérie face aux défis futurs.

Pour Sofiane Aibeche, directeur du contrôle de gestion et des participations à la SNTF, le transport ferroviaire demeure « un véritable poumon de l’économie nationale, à la fois sur le plan économique et social ». Invité de la « Chaîne I » de la radio nationale, il a rappelé que le rail joue un rôle stratégique dans le désenclavement des régions, le raccordement des ports et le soutien des chaînes logistiques, notamment pour les produits énergétiques, agricoles et miniers. « Le transport ferroviaire n’est pas seulement un moyen de déplacement, c’est un levier structurant pour les programmes nationaux lancés par l’État », a-t-il souligné.

Cette mutation repose d’abord sur un réseau conséquent. La SNTF exploite aujourd’hui près de 4 800 kilomètres de lignes, répartis sur 43 wilayas, avec plus de 500 gares et huit grands ateliers de maintenance. Dès le début de l’année 2026, avec la mise en service de nouvelles sections, le réseau atteindra environ 5 800 kilomètres, avant de connaître une extension progressive pour culminer à près de 14 000 kilomètres à l’horizon 2040.

Une expansion qui, selon Sofiane Aibeche, vise clairement « le Sud, la profondeur saharienne et l’ouverture sur l’espace africain ».L’année 2025 a, par ailleurs, confirmé la capacité de la SNTF à maintenir ses performances malgré l’élargissement du réseau. L’entreprise a transporté environ 31 millions de voyageurs et assuré la circulation de plus de 93 000 trains voyageurs, tout en acheminant 5,4 millions de tonnes de marchandises à travers 18 000 trains de fret. « Malgré les contraintes opérationnelles et financières, nous avons réussi à préserver la même dynamique et à éviter toute baisse des indicateurs », a affirmé le responsable.

Au cœur de cette stratégie figure le projet minier de Gara Djebilet, considéré comme l’un des plus structurants pour l’économie nationale. La ligne ferroviaire reliant Béchar à Tindouf et au gisement de Gara Djebilet, longue de 956 kilomètres, constitue l’épine dorsale du futur transport massif de minerai de fer. Conçue selon des standards techniques avancés, cette ligne supporte une charge de 32,5 tonnes à l’essieu et permettra, à terme, l’exploitation de trains lourds pouvant atteindre 170 wagons et transporter jusqu’à 17 000 tonnes par convoi.

« Nous passons progressivement d’une phase initiale à une phase de pleine capacité, avec un objectif de 7 millions de tonnes dès 2027 et entre 40 et 50 millions de tonnes à l’horizon 2040 », a précisé Sofiane Aibeche. L’investissement consacré au seul projet de Gara Djebilet s’élève à 258 milliards de dinars. Il s’inscrit dans un programme plus large intégrant également le développement du transport des phosphates à l’Est du pays.

Ce volet prévoit le dédoublement et l’électrification de la ligne minière reliant les gisements aux unités de transformation et au port d’Annaba, afin d’accompagner le projet intégré des phosphates. « Ces lignes minières ne sont pas isolées : elles s’inscrivent dans une vision industrielle globale, pensée pour la transformation locale et l’exportation », a insisté le directeur.

La modernisation engagée ne se limite toutefois pas au fret. La SNTF a également repensé le transport de voyageurs sur les nouvelles lignes, notamment dans le Sud-Ouest. Des trains entièrement réaménagés offriront des conditions de confort adaptées aux contraintes climatiques sahariennes, avec des voitures de première et de deuxième classe, des espaces de restauration ainsi que des équipements de climatisation et de chauffage.

« Nous avons voulu garantir des conditions de voyage dignes des standards modernes, même dans des zones à fortes contraintes climatiques », a expliqué Sofiane Aibeche, précisant que chaque train disposera d’environ 300 places, avec une tarification étudiée pour rester inférieure à celle du transport routier.Sur le plan social, ces projets structurants se traduisent par un impact significatif sur l’emploi local.

Une première phase a déjà permis le recrutement de 554 travailleurs dans les wilayas de Béchar, Béni Abbès et Tindouf, tandis que la montée en puissance des volumes transportés devrait générer, à terme, plus de 3 400 emplois directs. « Nous avons fait le choix de recruter prioritairement les jeunes des régions concernées et de les former selon les standards ferroviaires, à travers une formation théorique et pratique », a souligné le responsable. Enfin, la modernisation touche également les gares, les services numériques et la maintenance du matériel.

Un vaste programme de réhabilitation des gares est en cours, parallèlement à la généralisation progressive du paiement électronique, des plateformes de réservation en ligne et de l’information voyageurs en temps réel. « Notre objectif est clair : améliorer la qualité du service, renforcer la sécurité et accompagner l’extension du réseau par des moyens humains et techniques adaptés », a-t-il conclu.

S. R.

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