Quatre pics de consommation en cinq semaines: Le système électrique national résiste
Quatre pics de consommation record en cinq semaines, un accident technique ayant plongé seize wilayas dans le noir, et pourtant, aucune rupture durable d’approvisionnement. Cet été 2026, marqué par une chaleur exceptionnelle, a constitué un test grandeur nature pour le système électrique national. Un test réussi, selon les autorités, qui reconnaissent toutefois l’urgence de repenser le modèle de consommation énergétique du pays.
La courbe ne cesse de grimper. Après 16 666 mégawatts (MW) en 2022, la demande nationale d’électricité a franchi 18 476 MW en 2023, puis 19 543 MW en 2024 et 20 628 MW en 2025. Cette année, le seuil symbolique des 21 000 MW a été dépassé à quatre reprises : 21 176 MW le 12 juillet, 21 378 MW le 13 juillet, 21 650 MW le 17 août, puis un nouveau record, le quatrième de la saison, de 21 727 MW, enregistré le 18 août à 14h30, soit une progression de plus de 30 % en seulement quatre ans. Le ministère de l’Énergie attribue cette flambée à l’usage intensif des climatiseurs, particulièrement entre 13h00 et 16h00, tandis que la directrice de la communication de Sonelgaz, Fatima-Zohra Merzougui, se veut rassurante : ce pic « n’est jamais atteint », la capacité installée totale du pays s’élevant à 27 000 MW, dont 25 000 MW pour le seul réseau interconnecté, ont précisé les deux sources à la presse nationale. Le 15 juin déjà, une panne technique exceptionnelle sur une installation de Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, avait coupé l’alimentation dans seize wilayas. Le rétablissement rapide du réseau avait été salué par le Premier ministre Sifi Ghrieb, qui y avait vu une « fierté pour l’industrie électrique algérienne ».
Cet épisode a conforté la détermination du ministre de l’Énergie, Mourad Adjal, à muscler la préparation du secteur : réunissant ses cadres mardi dernier, jour même du quatrième record, il a insisté sur la nécessité de finaliser la feuille de route relative au stock stratégique de l’énergie, « selon une approche anticipative et intégrée », pour garantir la réponse aux besoins « dans différentes circonstances ». Pour absorber cette demande, Sonelgaz a renforcé ses capacités de production de 1 855,9 MW supplémentaires, dont 1 027 MW issus des renouvelables. Cinquante-huit ouvrages de transport ont été programmés : vingt-trois déjà en service, quinze partiellement, le reste avançant entre 50 % et 100 %.
Le groupe qualifie sa gestion des pics de « modèle de réussite à l’échelle régionale et internationale » et exporte son savoir-faire : Sonelgaz International construit au Tchad une centrale mobile de 40 MW pour sécuriser l’approvisionnement de N’Djamena. Interrogé par Ennahar TV, le directeur de l’information et de la communication au ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Khalil Hedna, a estimé que cette performance illustrait avant tout l’efficacité des investissements stratégiques engagés par le ministère via Sonelgaz sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
« La solidité du réseau repose sur la conjugaison d’infrastructures modernisées, d’un mix énergétique performant et d’une expertise technique accumulée au fil des décennies, un atout qui nourrit également l’ambition africaine du groupe », a-t-il déclaré. Si la résilience technique du réseau est saluée, plusieurs voix appellent à revoir la structure de la consommation nationale. Pour Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Énergie et ex-PDG de Sonatrach, le modèle algérien reste « atypique » : l’industrie ne pèse que 24 % de la consommation finale, contre près de 47 % pour les ménages. « Nous consommons massivement l’énergie là où elle ne génère pas de valeur économique », avait-il averti lors d’une table ronde organisée le 20 juin dernier.
L’expert projette une demande pouvant atteindre 138 térawattheures en 2035, contre 80 en 2021, et juge insuffisant l’objectif actuel de 15 000 MW renouvelables, plaidant pour au moins 30 000 MW. Il préconise quatre leviers : efficacité énergétique, sobriété, accélération du renouvelable et réforme progressive des subventions. L’État mise aussi sur la sensibilisation citoyenne : une seconde campagne de rationalisation, portée par le ministère de la Jeunesse sous le slogan « Rationaliser notre énergie, c’est garantir notre avenir », s’est tenue du 16 au 18 août. Reste toutefois un défi difficilement contournable : l’électricité ne se stocke pas à grande échelle, contrairement aux hydrocarbures. Chaque gaspillage (appareil laissé en veille, climatiseur mal réglé) pèse ainsi directement sur un réseau déjà sous tension, plaçant la responsabilité individuelle au cœur de l’équation, aux côtés des investissements consentis par l’État.
Le chantier ne s’arrête d’ailleurs pas là. Mercredi, Mourad Adjal a réuni au siège du ministère la commission de coordination sectorielle, cette fois consacrée aux préparatifs anticipés de l’été 2027. En présence des cadres du secteur et des responsables de Sonelgaz, la réunion a permis de dresser un bilan des mesures programmées (production, transport, distribution) et d’identifier les actions à accélérer. Le ministre a insisté sur le respect des délais et la mobilisation précoce des moyens, afin d’assurer la continuité du service dès l’été prochain.
Par Selma R.
