Recours au financement extérieur : La Banque d’Algérie favorable, mais …
L’ouverture encadrée au recours aux financements extérieurs pour soutenir la réalisation de grands projets structurants s’accompagne de conditions strictes fixées par les autorités monétaires. La Banque d’Algérie insiste sur la nécessité de concilier les besoins de financement avec la préservation des équilibres macroéconomiques, en définissant clairement les limites à ne pas franchir.
S’exprimant à Alger lors de la deuxième édition du CEO Survey, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebbou, a précisé la position de l’institution sur cette question. « Éventuellement, la Banque d’Algérie, en tant que régulateur, observe l’évolution des marchés de capitaux de façon particulière », a-t-il déclaré, mettant en avant le rôle de veille et d’anticipation de la Banque centrale. Dans ce contexte, il a affirmé une ouverture mesurée à l’égard des financements extérieurs.
« Nous avons une croyance assez importante sur le recours au financement extérieur pour répondre explicitement à cette question », a-t-il indiqué, avant de préciser : « Nous sommes tout à fait ouverts à ce type de financement lorsqu’il s’agit bien évidemment de projets stratégiques et structurants et pour lesquels nous devons observer particulièrement deux critères ».
Le premier critère, a-t-il souligné, concerne la souveraineté nationale. « Le premier critère, qui est très important, est un critère de souveraineté nationale. Le recours à ce type de financement doit garantir les éléments de base de notre souveraineté », a-t-il insisté, rappelant que cette exigence constitue une ligne rouge pour les autorités monétaires. Le second critère porte sur la maîtrise et la rentabilité des financements mobilisés. « Il faut que ce financement soit bel et bien maîtrisé par les opérateurs économiques et qu’il réponde forcément à des économies d’échelle et de coût pour pouvoir avoir une rentabilité garantie par rapport à ce type de projet », a-t-il ajouté.
Ces orientations s’inscrivent dans un contexte marqué par la transformation des modes de financement et la diversification des instruments disponibles. Le gouverneur a rappelé que la Banque d’Algérie assume un double rôle, à la fois comme institution de politique monétaire et comme autorité de supervision, chargée de veiller à la stabilité du système financier et à la bonne gestion des engagements extérieurs.
Ce positionnement vient conforter le cadre réglementaire récemment précisé par le ministère des Finances. Un arrêté ministériel impose désormais que tout recours au financement extérieur pour des projets d’intérêt national soit soumis à l’autorisation préalable du Conseil des ministres. Il engage également la responsabilité des porteurs de projets quant à leur maturité, à la qualité des études réalisées et au respect des coûts, des délais et des objectifs fixés.
Parallèlement, la Banque d’Algérie accélère l’adaptation du système bancaire aux nouvelles exigences de transparence et de conformité. Le gouverneur a ainsi annoncé la publication imminente d’une instruction relative à l’application des normes « Know Your Customer » (KYC), qui sera contraignante pour l’ensemble des banques. « Cette instruction sera obligatoire pour toutes les banques et vise à adapter notre système aux mutations des moyens de financement », a-t-il précisé, en soulignant la volonté de moderniser les pratiques bancaires tout en renforçant les dispositifs de contrôle.
Dans le même sens, Mohamed Lamine Lebbou a insisté sur l’équilibre recherché entre rigueur réglementaire et facilitation de l’activité économique. « Les opérateurs économiques pourront, sur la base d’une simple déclaration, faire valoir leurs revenus futurs et leurs modalités d’utilisation sans faire face à des obstacles », a-t-il expliqué. Cette approche vise à encourager la transparence tout en évitant les contraintes administratives excessives susceptibles de freiner l’investissement.
Le système KYC, qui permet d’identifier et de vérifier l’identité des clients, constitue un levier essentiel pour garantir la transparence des transactions, limiter les fraudes et renforcer la sécurité du système bancaire. Dans ce cadre, le gouverneur a également rappelé l’importance du respect des dispositions relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, tout en saluant les efforts engagés, notamment par Algérie Poste, dans la mise à jour des dossiers clients. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large d’inclusion financière.
Mohamed Lamine Lebbou a souligné que la réussite de cette démarche repose sur une meilleure prise en compte de la nature des activités économiques et sur l’accélération de la numérisation, considérée comme un levier essentiel pour capter la masse monétaire circulant hors des circuits formels. Dans cette optique, la loi monétaire et bancaire a ouvert la voie à l’entrée de nouveaux acteurs, notamment les banques numériques et les prestataires de services de paiement, dont plusieurs dossiers sont actuellement à l’étude au niveau de la Banque centrale.
Par Selma R.
