16/04/2024
CHRONIQUECHRONIQUE/EDITO

REFORMES ECONOMIQUES : Pourquoi ? Quand ? Comment ? Et avec Qui ?

Quelques éléments de pédagogie pour conduire des réformes.

Le sujet de « réforme » suscite des débats, des controverses, des résistances, des adhésions, et d’autres attitudes ou postures. Le mot donne de l’espoir, mais surtout il fait peur.

Il donne de l’espoir, parce que les réformes visent un changement de la situation présente vers une autre supposée meilleure. Il fait peur parce qu’on ne connait pas à l’avance les résultats des réformes avec certitude, donc il y a un risque que ces résultats soient loin des objectifs attendus ; souvent pour beaucoup de personnes le statuquo est préférable au changement, soit pour être sécurisé, soit parce que les règles du statuquo sont connues et garantissent des situations de privilèges et/ou de rentes.

Dans le domaine économique, les réformes sont difficiles à concevoir, à construire et encore plus à conduire. L’économie s’apparente à la mécanique, les différents mécanismes sont articulés les uns aux autres dans une cohérence globale. Tout changement dans l’une ou l’autre partie du mécanisme peut créer de nouveaux disfonctionnements et crée des turbulences. C’est pourquoi les politiques sont souvent très prudents dans la mise en œuvre des réformes. Pourtant toute la société attend ces réformes.

Les intérêts et les pouvoirs en place sont importants et d’aucuns se posent la question de savoir Pourquoi réformer ? Quand réformer ? Comment réformer ? Avec qui réformer ?

Pourquoi réformer est la question centrale : en effet, si tout va bien, on n’a pas besoin de changer la situation actuelle ; mais a-t-on la certitude que cette situation va durer ou ne vas pas se dégrader pour différentes raisons. Les réformes sont nécessaires même quand tout va. Ce sont les objectifs que l’on se fixe, l’avenir vers lequel on se projette et les anticipations sur l’avenir qui justifient des réformes. On réforme tout le temps pour tenir compte de tous les impératifs de la complexité. Laisser accumuler les défaillances et les attentes pour réformer est la plus mauvaise des démarches, car il devient difficile de tout changer en même temps.

Les réformes sont dans l’immédiat porteur de difficultés, de coûts, d’incertitude et de conflits ; les résultats sont à terme, d’où la difficulté d’arbitrer entre l’immédiat et l’horizon ou comment étaler, dans une logique séquentielle les actions réformatrices pour répartir les risques (les coûts) sur une période plus longue et réaliser des résultats même modestes et à mi-chemin. Les objectifs des réformes doivent être ambitieux et en même temps réalistes ; sinon, si les résultats ne sont pas atteints ou tardent à venir, il se crée des frustrations et vous compromettez pour longtemps toute velléité de réforme.

Sur la question, Quand réformer ? Il n’y a pas de réponses tranchées. Mais souvent on a tendance à penser qu’il y’a des moments favorables aux reformes et d’autres qui le sont moins. Il est vrai que les réformes économiques ont besoin d’un climat politique et social empreint de sérénité, de responsabilité et d’engagements. Une réforme qui viendrait aggraver une situation de crise n’est pas souhaitée et n’a aucune chance d’aboutir. Plutôt il faut dire qu’il y a des moments à éviter et qu’il y’a d’autres à exploiter pour les réformes. Des paramètres économiques et financiers sont donc convoqués pour apprécier le moment des réformes ou du moins pour s’assurer d’un minimum de conditions favorables avec un minimum de risque. Une situation macroéconomique dégradée n’est pas favorable pour conduire des réformes des structures industrielles, une balance commerciale structurellement déficitaire n’est pas propice pour engager des réformes financières…. La recherche de ces minimas est très difficile.

Le Comment est le plus difficile à définir. C’est d’abord une affaire d’ingénierie, de processus, d’agencement des parties dans le tout, de délais, d’incitations pour les parties prenantes…..Une affaire de management pour mettre en cohérence, les objectifs, les acteurs, les ressources, les agendas,…

Enfin, Avec Qui ? Est une question cruciale. Pas de réformes sans partisans des réformes, sans agents du changement, sans relais dans les systèmes à transformer (à réformer). Les réformes doivent avoir des partisans et non des courtisans. Toutes les réformes ont des opposants, des résistants aux changements.

Les réformes suscitent des suspicions, des crispations, des appréhensions, c’est pourquoi pour qu’elles soient acceptées, elles doivent être légitimes (être utiles, satisfaire un besoin de la société), justes (partager les risques et les coûts entre tous les bénéficiaires supposés de ces réformes), transparentes dans leurs objectifs et leurs bénéficiaires directes, portées par des acteurs crédibles et responsables. Pour réaliser toutes ces conditions, deux instruments : la pédagogie et la communication.

Attention aux réformes qui restent inachevées : elles deviennent la source de tous les disfonctionnements, elles génèrent des coûts et des conflits, elles encouragent le retour en arrière…

Attention aux réformes sans partisans : elles seront détournées et/contournées de leurs objectifs ;

Attention aux réformes injustes : elles seront combattues par tout le monde ;

Attention aux réformes sans objectifs : elles s’enlisent et créent des tensions ;

Attention aux réformes sans agendas et sans horizon temporel, elles s’éternisent et deviennent coûteuses. 

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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