18/05/2026
ACTUALITENATIONAL

Vidéosurveillance au travail: L’Autorité de protection des données précise les règles

L’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel (ANPDP) a récemment rendu publique une délibération destinée à clarifier les règles encadrant l’utilisation des systèmes de vidéosurveillance sur les lieux de travail. Cette initiative vise à mieux protéger les droits des travailleurs tout en permettant aux entreprises de recourir à ces dispositifs dans un cadre légal strict.

Invité à expliquer la portée de cette décision, M. Aissaoui Boualem, membre de l’Autorité, a souligné que cette démarche répond avant tout à un besoin de clarification face aux interrogations récurrentes soulevées par l’utilisation croissante des caméras de surveillance dans les entreprises et dans les espaces ouverts au public.

Selon M. Aissaoui, l’Autorité agit dans le cadre de ses missions qui consistent à garantir une protection maximale des droits des personnes en matière de traitement des données personnelles. Si la législation algérienne prévoit déjà des dispositions relatives à la protection des données, certaines situations pratiques nécessitaient des précisions supplémentaires.

« Nous avons constaté que plusieurs questions revenaient régulièrement concernant l’usage de la vidéosurveillance, notamment dans les lieux de travail. L’objectif de cette délibération est donc d’éclairer les utilisateurs et les citoyens sur les règles à respecter », explique-t-il dans une déclaration accordée à la radio nationale.

La loi 18-07 relative à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel constitue le socle juridique de ce dispositif. Elle considère notamment l’image d’une personne captée par une caméra comme une donnée personnelle, au même titre qu’un nom ou qu’une information administrative. À ce titre, son utilisation doit être strictement encadrée.

L’ANPDP insiste toutefois sur un point important : son rôle ne consiste pas à autoriser l’acquisition ou l’installation de caméras. L’intervention de l’Autorité concerne exclusivement le traitement des données issues de ces dispositifs.

Autrement dit, dès lors qu’une personne est filmée, l’image enregistrée entre dans le champ de la réglementation sur les données personnelles. Les organismes publics ou privés qui exploitent ces images doivent donc se conformer aux obligations prévues par la loi.

« L’Autorité n’autorise pas l’achat du matériel. Elle encadre uniquement l’utilisation des données filmées et veille à ce que leur exploitation respecte les droits des personnes », précise M. Aissaoui.

Déclaration obligatoire auprès de l’Autorité

Toute entreprise ou institution qui met en place un système de vidéosurveillance doit déposer une déclaration auprès de l’Autorité nationale de protection des données. Ce dossier permet d’examiner les modalités d’utilisation des images : finalité du dispositif, lieux concernés, durée de conservation ou encore personnes habilitées à accéder aux données.

Après étude du dossier, l’Autorité peut accorder une autorisation de traitement des données, assortie d’éventuelles conditions destinées à garantir la protection des individus.

Cette procédure s’applique aussi bien aux lieux de travail qu’aux espaces ouverts au public, tels que les centres commerciaux ou certains établissements recevant du public. L’un des objectifs majeurs de ce cadre réglementaire est de protéger les travailleurs. En vertu de la loi, toute personne filmée dispose de plusieurs droits fondamentaux.

Parmi eux figurent le droit à l’information, le droit d’accès aux données, le droit de rectification et le droit d’opposition. Concrètement, un employé peut demander à consulter une image qui le concerne ou contester son utilisation si celle-ci dépasse le cadre initialement prévu.

Il peut également exiger que les images ne soient pas exploitées à d’autres fins que celles pour lesquelles elles ont été collectées, par exemple la sécurité ou le contrôle d’accès.

En cas de litige, la personne concernée peut saisir l’Autorité nationale de protection des données, qui dispose de mécanismes d’intervention et de contrôle. La question de la durée de conservation des images constitue un autre point essentiel de la réglementation. Afin de préserver au maximum la vie privée des individus, l’Autorité a fixé une limite maximale d’un an pour la conservation des enregistrements vidéo.

Au-delà de ce délai, les images doivent être supprimées, sauf cas exceptionnels prévus par la loi, notamment dans le cadre d’une enquête judiciaire.

Pour s’assurer du respect de cette règle, l’Autorité s’appuie sur un système d’audits. Des contrôleurs peuvent effectuer des visites inopinées au sein des organismes afin de vérifier la conformité des pratiques avec les déclarations déposées. La réglementation interdit formellement l’installation de caméras dans certains espaces considérés comme relevant de la vie privée. C’est le cas notamment des toilettes, des vestiaires ou encore des cabines d’essayage dans les commerces.

Des sanctions en cas d’abus

L’utilisation abusive des images peut entraîner des sanctions administratives ou judiciaires. Si un organisme détourne les images de leur finalité initiale ou les utilise de manière illégale, la personne concernée peut engager une procédure judiciaire.

L’Autorité peut également intervenir en effectuant des contrôles et, le cas échéant, saisir les autorités compétentes. La loi prévoit également la désignation d’un responsable chargé de la gestion des données personnelles au sein des organisations. Cette fonction, souvent appelée délégué à la protection des données, sert d’interface entre l’entreprise et l’Autorité nationale.

Cette personne veille au respect de la réglementation, supervise le traitement des données et s’assure que les pratiques de l’entreprise sont conformes aux obligations légales. Selon M. Aissaoui, les entreprises publiques et privées montrent un intérêt croissant pour la conformité aux règles de protection des données. L’Autorité reçoit quotidiennement de nombreux dossiers de déclaration provenant d’organismes économiques, d’administrations publiques et même d’entreprises étrangères établies en Algérie.

Cette dynamique traduit une prise de conscience progressive de l’importance de la protection des données personnelles dans un contexte de transformation numérique et de multiplication des dispositifs de surveillance. À terme, l’Autorité prévoit de renforcer ses missions de contrôle afin de s’assurer que les règles adoptées sont effectivement respectées sur le terrain. L’objectif demeure clair : garantir la sécurité dans les entreprises tout en protégeant les droits fondamentaux des travailleurs.

Par Réda Hadi

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