Tebboune à propos de la récupération des avoirs détournés : « L’État a déjà restitué 30 milliards de dollars »
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé avec fermeté l’engagement de l’État à poursuivre sans relâche la lutte contre la corruption et à récupérer l’ensemble des biens spoliés durant les années dites de la « issaba ». Dans son discours prononcé devant les cadres et personnels de l’Armée nationale populaire (ANP) et diffusé vendredi soir à la télévision publique, le chef de l’État a révélé que près de 30 milliards de dollars ont déjà été récupérés sous forme d’avoirs, de propriétés et de fonds détournés à l’étranger.

Le président Tebboune a souligné que le processus de restitution se poursuit grâce à une coopération internationale accrue. Il a salué, à ce titre, l’Espagne, qualifiée de « pays ami », pour son soutien dans la restitution d’un hôtel cinq étoiles acquis par un ancien homme d’affaires avec de l’argent issu de la corruption. D’autres capitales européennes, a-t-il ajouté, ont exprimé leur volonté d’accompagner l’Algérie dans ce vaste chantier de récupération des avoirs volés et placés illégalement à l’étranger. « C’est une nécessité économique mais aussi une exigence morale, car ces sommes appartiennent au peuple algérien », a-t-il déclaré.
Au-delà de la lutte anti-corruption, le chef de l’État a dressé un bilan économique global marqué par une amélioration notable des indicateurs de croissance et un retour progressif à la production nationale. Il a rappelé que la part de l’industrie dans le produit intérieur brut (PIB) avait chuté de 18 % dans les années 1970 à seulement 3 % en 2019, avant de fixer un nouvel objectif de 12 à 13 % à l’horizon 2026. Cette relance industrielle repose, selon lui, sur la réhabilitation des outils de production, la restructuration des filières minières et le développement des secteurs à forte valeur ajoutée. « Nous avons tourné la page de l’économie de rente. L’Algérie se reconstruit autour du travail, de la production et de l’investissement productif », a martelé Abdelmadjid Tebboune. Le pays affiche aujourd’hui une croissance de 3,9 %, soit l’un des taux les plus élevés du bassin méditerranéen. Cette performance, reconnue par la Banque mondiale, témoigne selon le président d’une économie « désormais solide, crédible et respectée ». La politique d’investissement constitue, elle aussi, un levier essentiel de cette dynamique. Le président a indiqué que 17 000 projets sont actuellement enregistrés au guichet unique, un mécanisme conçu pour simplifier les procédures administratives et réduire la bureaucratie, longtemps considérée comme un frein majeur à l’investissement. Ce dispositif, a-t-il souligné, « est l’ennemi juré de la corruption et un instrument de transparence ». Parmi les projets structurants les plus emblématiques figure celui du phosphate, appelé à devenir une source majeure de revenus non pétroliers. L’Algérie prévoit d’en produire 10 millions de tonnes par an d’ici la fin de 2026, avec des recettes qui pourraient rivaliser avec celles des hydrocarbures. Une ligne ferroviaire reliant Annaba aux Hauts-Plateaux est en cours de développement pour soutenir cette filière stratégique. Parallèlement, d’autres partenariats ont été établis, notamment avec des acteurs omanais et africains, dans les domaines des engrais et fertilisants.
Vers un renforcement de l’industrie nationale
Le président Tebboune s’est par ailleurs félicité de l’adhésion de l’Algérie au groupe des BRICS, une démarche qui s’inscrit, selon lui, dans la volonté du pays de « consolider son indépendance économique tout en diversifiant ses partenariats ». L’Algérie joue également un rôle actif au sein de la Banque africaine de développement et d’autres institutions financières internationales, qui accompagnent le financement de grands projets d’infrastructures. Autre pilier du discours présidentiel : la promotion de l’innovation et des start-up. En 2019, l’Algérie comptait environ 2 000 jeunes entreprises innovantes. Elles sont désormais 10 000, et l’objectif est d’atteindre 20 000 d’ici la fin du mandat. « Ces jeunes entrepreneurs incarnent l’avenir du pays. Ils créent des richesses, de la valeur et de l’espoir », a affirmé le président, saluant le dynamisme d’une jeunesse formée et compétente.
Sur le plan sanitaire, Abdelmadjid Tebboune a mis en avant les progrès réalisés dans la production pharmaceutique nationale. Grâce à la création du ministère de l’Industrie pharmaceutique, l’Algérie couvre désormais 74 % de ses besoins en médicaments, contre à peine 3 % en 2019. Le pays est aujourd’hui le premier en Afrique à produire de l’insuline et des médicaments anticancéreux, en partenariat avec l’Inde, la Jordanie, l’Égypte et la Slovénie. Des projets de production de vaccins, notamment contre Ebola, sont également en cours. « Nous avons restauré notre souveraineté sanitaire, après des années de dépendance quasi totale aux importations », a-t-il souligné.
Accompagner la dynamique démographique par un modèle social solide
Le président a tenu à rappeler que la dimension sociale demeure au cœur du modèle de développement national. L’État continue de garantir l’accès à l’éducation, à la santé et au logement. Aujourd’hui, 12,2 millions d’élèves, 1,83 million d’étudiants et près de 600 000 stagiaires sont pris en charge dans le système public. En matière d’habitat, sur les 2 millions de logements promis, 1,5 million ont déjà été livrés. Le chef de l’État a également annoncé la revalorisation des retraites et des salaires, ainsi que le maintien des subventions sur les produits essentiels, le gaz et l’eau, confirmant le caractère profondément social de l’État algérien. Évoquant la démographie, le président a indiqué que la population algérienne atteint aujourd’hui 47 millions d’habitants et devrait franchir le seuil des 50 millions d’ici 2028, avec plus de 75 % vivant en zone urbaine. Face à l’augmentation de la consommation énergétique, le gouvernement envisage une révision progressive des tarifs du gaz pour les usages industriels, afin de préserver les ressources nationales tout en maintenant la justice sociale. Abdelmadjid Tebboune a salué la résilience de l’économie nationale et la confiance retrouvée des citoyens. « L’économie algérienne est redevenue une économie de production, solide et respectée », a-t-il affirmé, assurant que les réformes engagées continueront de renforcer la souveraineté économique du pays et d’assurer un développement durable au service des générations futures.
Par Mourad A.
