Salon international de la pêche et de l’aquaculture : Des accords et projets numériques pour dynamiser le secteur
La 10ᵉ édition du Salon international de la pêche et de l’aquaculture (SIPA) s’est ouverte jeudi dernier au Centre des conventions Mohamed-Benahmed d’Oran. Sous le thème porteur de « Pêche et aquaculture, innovation et partenariats », cet événement a été inauguré par le ministre Yacine El-Mehdi Oualid et son homologue invité du Sultanat d’Oman, Saoud bin Hamoud bin Ahmed Al-Habsi. Ce carrefour stratégique a immédiatement servi de plateforme pour la signature d’accords structurants, le lancement de projets numériques et la concrétisation d’engagements financiers visant à transformer en profondeur les chaînes de valeur du secteur halieutique.
Dès l’ouverture, les discours ont établi un cadre clair. Le ministre Yacine El-Mehdi Oualid a souligné la ferme volonté de l’Algérie d’attirer les investissements étrangers et de faciliter l’importation d’équipements spécialisés, incluant des navires, pour moderniser la flotte. De son côté, le ministre omanais a rappelé la dynamique positive née des accords bilatéraux signés au printemps 2025. Il a mis l’accent sur le succès de la montée en valeur de la filière halieutique à Oman (de la capture à l’exportation), insistant sur l’intérêt d’une coopération « hautement rentable » en matière d’emploi et de sécurité alimentaire pour les deux nations.
Au-delà des déclarations d’intention, le Salon a été le théâtre de concrétisations immédiates, symbolisées par la signature de deux conventions à Oran qui incarnent une stratégie pragmatique et coordonnée. D’une part, pour sécuriser les débouchés commerciaux, la Chambre nationale de la pêche et de l’aquaculture a établi un accord avec l’Office national des aliments de bétail (ONAB) visant à intégrer les produits d’aquaculture, notamment le tilapia rouge, au vaste réseau national de distribution de l’Office, assurant ainsi un débouché fiable aux producteurs.
D’autre part, pour soutenir l’entrepreneuriat, une deuxième convention a été signée entre la Chambre nationale et l’Agence nationale de gestion du micro-crédit (ANGEM) afin d’accompagner les jeunes porteurs de projets de l’économie bleue, en leur proposant des dispositifs de formation et des financements ciblés dont le plafond est fixé à un million de dinars algériens. Ces deux partenariats traduisent la double priorité du secteur : faciliter l’accès au financement des petites unités tout en sécurisant la commercialisation de leurs productions.
La numérisation est positionnée comme un levier central de cette nouvelle stratégie. La Direction générale de la pêche et de l’aquaculture a confirmé le lancement imminent d’une plateforme numérique, gérée par la Chambre nationale de la pêche et de l’aquaculture, spécifiquement dédiée à la commercialisation du tilapia rouge. Cette base de données permettra à chaque producteur d’enregistrer sa localisation, son calendrier de production et les volumes disponibles mensuellement.
Pour l’ONAB, qui dispose de plus de 200 points de vente directe et qui a déjà fait ses preuves en écoulant intégralement la production pilote de l’année passée, cette plateforme deviendra un outil essentiel pour planifier efficacement la distribution et pour structurer une future filière de transformation. L’engagement de l’ONAB est d’ailleurs renforcé par l’annonce de la création prochaine d’une filiale spécialisée en aquaculture, destinée à devenir la première entreprise économique structurée du secteur maritime national.
Lancement d’une nouvelle plateforme numérique
Les chiffres exposés illustrent clairement la dynamique de croissance enclenchée : la production de tilapia rouge est attendue à environ 1 800 tonnes cette année, contre 1 000 tonnes l’an passé, soit une progression remarquable de près de 40 %. Si ces volumes restent modestes face au potentiel national, ils témoignent d’une trajectoire soutenue qui exige une structuration rapide de la transformation locale pour capter une valeur ajoutée accrue.Le Salon lui-même reflète cette montée en puissance : il a accueilli 179 exposants venus de 17 pays, dont plus de 25 entreprises étrangères représentant 16 nations. L’accent mis sur l’innovation a été visible avec la participation de trente-huit start-ups algériennes de la nouvelle génération, dont treize ont bénéficié d’une participation gratuite, illustrant la politique d’encouragement à l’innovation.
Enfin, une réflexion d’avenir a été menée par les chercheurs du CNRDPA et de l’INRAA sur l’intégration de l’aquaculture dans des zones jusque-là marginalisées, comme les oasis sahariennes. Ils ont plaidé pour des projets modèles associant la valorisation des ressources hydriques, l’adaptation d’espèces résistantes (tilapia et poisson-chat), et des systèmes agricoles avancés, ouvrant des perspectives de développement durable cruciales face aux contraintes climatiques.
Par Adem A.
