Algérie-Tchad: Vers un partenariat économique structurant

La coopération entre l’Algérie et le Tchad s’inscrit désormais dans une perspective élargie, appelée à dépasser le simple cadre bilatéral pour contribuer à la transformation de l’espace saharo-sahélien en une zone intégrée, sécurisée et porteuse de croissance. À l’occasion de la 4e Commission mixte tenue à Alger, les deux pays ont affiché leur volonté de faire évoluer leurs relations historiques vers un partenariat économique performant et orienté vers les résultats. Portée par l’impulsion des présidents Abdelmadjid Tebboune et Mahamat Idriss Déby Itno, cette nouvelle phase met l’accent sur la création de valeur et la réponse aux défis régionaux, avec l’ambition de faire de cette relation un modèle à l’échelle du continent.

Dans cette dynamique, Alger et N’Djamena amorcent une transition significative visant à convertir une convergence politique solide en un partenariat économique opérationnel. L’objectif est notamment d’arrimer le Tchad à la dynamique industrielle algérienne, en s’appuyant sur le développement de la connectivité, aussi bien physique que numérique, pour accélérer le développement mutuel.
Dans son allocution d’ouverture, Ahmed Attaf a rappelé les fondements historiques de cette relation, évoquant « un passé de lutte partagé » et un engagement constant en faveur de l’unité africaine. Il a toutefois insisté sur la nécessité de franchir un nouveau cap : « Notre ambition aujourd’hui est d’élever nos relations économiques au niveau d’excellence de nos relations politiques », tout en soulignant que cette ambition doit se traduire par des projets concrets et une coopération structurée.
Cette orientation repose sur une articulation cohérente entre relance des échanges, interconnexion des infrastructures et renforcement de la coopération sectorielle. La dynamique commerciale et d’investissement s’appuie déjà sur des acquis tangibles, à l’image de la liaison aérienne directe Alger–N’Djamena, opérée à raison de quatre vols hebdomadaires, et devrait être amplifiée par les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine, perçue comme un levier stratégique pour intensifier les flux intra-africains.
Dans le même élan, l’interconnexion des infrastructures apparaît comme un pilier déterminant, avec des projets structurants tels que la route transsaharienne et son prolongement en fibre optique, appelés à désenclaver la région et à la transformer en corridor économique intégré. « Ces projets sont appelés à devenir un levier de développement partagé et de connectivité régionale », a souligné Ahmed Attaf, mettant également en avant le rôle stratégique du Port de Djen Djen en tant que porte d’entrée commerciale pour le Tchad et, plus largement, pour les pays enclavés de la région.
Dans le prolongement de cette approche, la coopération sectorielle couvre des domaines clés tels que l’énergie, les mines, l’agriculture, l’industrie et les transports, tout en intégrant une dimension humaine essentielle. L’Algérie, a rappelé le ministre, a formé plus de 9 000 cadres tchadiens depuis l’indépendance, confirmant son statut de première destination mondiale pour les étudiants tchadiens. Ahmed Attaf a, à ce titre, insisté sur la nécessité de renforcer les partenariats dans les hydrocarbures et les énergies renouvelables, en privilégiant le transfert d’expertise et la valorisation des ressources naturelles.
Au terme des travaux, Ahmed Attaf a dressé un bilan « prometteur » et « historique », marquant un tournant vers l’action concrète. Pour le ministre, l’enjeu dépasse désormais le dialogue politique pour viser des résultats tangibles : « Cette session marque clairement le passage d’une étape de concertation à une phase d’action et de réalisation sur le terrain », a-t-il affirmé. Cette dynamique s’appuie sur une architecture institutionnelle renforcée, incluant la pérennisation de la Commission mixte, un nouveau mécanisme de consultations politiques pour le Sahel et l’activation du Conseil d’affaires. Ces outils visent à structurer durablement le partenariat et son suivi opérationnel.
Sur le plan juridique, le ministre a salué une avancée majeure : « Nous avons finalisé 27 nouveaux accords. Ce progrès porte à près d’une quarantaine le nombre total de textes encadrant la coopération bilatérale, couvrant des domaines stratégiques liés à la souveraineté, à l’économie et au développement humain ». Cette densification réglementaire doit sécuriser les investissements et fluidifier les échanges entre les deux nations.
Du côté tchadien, le discours porté par Abdoulaye Sabre Fadoul se distingue par une volonté affirmée de rompre avec les approches traditionnelles. « Ce qui compte désormais, ce ne sont pas les intentions, ce sont les résultats », a-t-il déclaré, appelant à dépasser les « inerties du passé » pour bâtir un partenariat « stratégique et productif ». Il a notamment insisté sur la nécessité de développer des chaînes de valeur intégrées dans les secteurs des hydrocarbures et des mines, d’accélérer la concrétisation des projets d’infrastructures et de renforcer la connectivité régionale, qu’il qualifie de « nécessité stratégique ».
Dans un environnement saharo-sahélien marqué par l’instabilité et les défis sécuritaires, cette convergence de vues traduit l’émergence d’une nouvelle doctrine de coopération, fondée sur la souveraineté économique, la transformation structurelle et l’intégration régionale. Pour N’Djamena, l’Algérie s’impose comme un partenaire de premier plan, en raison de ses capacités industrielles et de son rôle moteur sur la scène africaine. La tenue simultanée d’un forum d’affaires algéro-tchadien, en marge de cette session, conforte cette orientation en ouvrant la voie à des projets concrets et à des partenariats entre opérateurs économiques des deux pays.
Par Selma R.
