ANEM: 86 % des demandeurs d’emploi ont moins de 35 ans
À l’heure où l’Algérie s’apprête à réviser en profondeur la loi 04-19 sur le placement et le contrôle de l’emploi, l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) s’impose plus que jamais comme un acteur central de la régulation du marché du travail. Avec une capacité dépassant désormais les 400 000 placements par an, contre 250 000 avant 2020, elle devient la pierre angulaire d’un système en pleine mutation, porté par la modernisation numérique, de nouvelles approches d’insertion et une stratégie nationale tournée vers l’anticipation des mutations technologiques et démographiques.

La première Conférence nationale sur l’emploi, présidée par le ministre du Travail Abdelhak Saihi, a dressé un diagnostic clair d’un marché du travail jeune, dynamique mais marqué par plusieurs fragilités structurelles. Les recommandations formulées, parmi lesquelles l’adaptation du cadre juridique, l’amélioration du système statistique, l’accompagnement renforcé des demandeurs d’emploi et l’optimisation des échanges entre institutions, constituent désormais les axes majeurs de la future réforme de la loi du travail.
« Cette conférence a permis de poser clairement les défis et les priorités. L’ANEM y a apporté une contribution essentielle pour orienter les décisions futures », a expliqué Abdelkader Djaber, directeur général de l’ANEM, sur les ondes de « la Chaîne I » de la Radio nationale.Le DG a également rappelé que 86 % des demandeurs d’emploi ont moins de 35 ans, tandis que 50 % d’entre eux sont sans diplôme. Cette réalité exige une meilleure coordination entre l’ANEM, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur. « La moitié des demandeurs d’emploi n’ont pas de qualification. C’est un enjeu central, nous devons les accompagner vers les formations adaptées pour qu’ils deviennent employables », a-t-il souligné.
L’ANEM a parallèlement engagé une transformation profonde de ses outils, avec 90 % de ses services désormais numérisés. Cette digitalisation vise à renforcer la transparence, à automatiser l’ensemble des procédures et à éliminer toute intervention humaine dans le traitement des offres. L’interconnexion des bases de données, notamment celles du CNRC, de la CNAS, de la CASNOS, des universités et des centres de formation professionnelle, améliore considérablement la fiabilité du système. L’une des innovations majeures sera le déploiement, en 2026, du système Wassit 2 basé sur l’intelligence artificielle, qui permettra un rapprochement intelligent entre offres et demandes. « Wassit 2 offrira un rapprochement beaucoup plus précis, rapide et équitable.
L’IA va transformer le placement professionnel en Algérie », a affirmé M. Djaber. L’action de l’ANEM s’inscrit également dans une stratégie qui dépasse le cadre du salariat classique. Le développement du statut d’auto-entrepreneur, l’accompagnement des incubateurs de projets ou encore le soutien aux micro-entreprises constituent autant de leviers pour absorber le chômage, en particulier parmi les jeunes qualifiés. Le dispositif phare demeure toutefois l’allocation chômage, lancée en mars 2022, et qui compte aujourd’hui deux millions de bénéficiaires.
Au-delà de son rôle social, cette allocation s’impose comme un véritable tremplin vers la qualification, puisqu’elle a permis l’orientation de 600 000 jeunes vers des formations adaptées, organisées en sept sessions successives. Les profils concernés vont des diplômés universitaires aux jeunes sans qualification, en passant par les sortants de la formation professionnelle. Les efforts de l’ANEM se traduisent par des résultats tangibles et en nette progression.
L’agence réalise aujourd’hui 400 000 placements par an. Rien qu’en 2024, 100 000 opportunités d’emploi ont été identifiées grâce aux opérations de prospection directe menées auprès des entreprises, sachant que 80 % des postes pourvus proviennent du secteur privé. Par ailleurs, la plateforme dédiée aux grands comptes, adoptée par 26 grandes entreprises publiques dont Sonatrach, permet une centralisation rapide, fiable et transparente des recrutements massifs. Le rôle de l’État dans les grands projets structurants contribue également à la création d’emplois. De vastes chantiers nationaux tels que le chemin de fer Gara Djebilet – Tindouf, le projet phosphate de Tébessa ou encore les nouveaux programmes industriels et énergétiques fonctionnent comme de puissants leviers d’absorption du chômage.
« Les grands projets nationaux ouvrent des milliers de postes que nous accompagnons avec des dispositifs adaptés. C’est un moteur essentiel d’absorption du chômage », a indiqué M. Djaber. Dans cette dynamique, l’ANEM renforce également son action en faveur de l’inclusion, notamment pour les personnes en situation de handicap. Grâce à des locaux aménagés, à la formation de conseillers en braille et à des espaces d’accueil dédiés, l’agence a inscrit 4 200 personnes handicapées et en a placé 499, ce qui porte le taux d’insertion à 12 %, un niveau en progression constante.
Des avancées significatives sont aussi enregistrées dans le Sud du pays, où la digitalisation et la réduction des intermédiaires ont fluidifié les processus de recrutement, permettant aux jeunes de la région d’accéder plus facilement aux postes disponibles.
Par Adem A.
