Club Energy relance le débat : « Où vont les prix du pétrole ?»
L’Association nationale « Club Energy » a organisé, samedi à Alger, une conférence importante consacrée au thème : « Où vont les prix du pétrole ? Qui en contrôle la dynamique ? ». Un sujet d’actualité qui suscite des débats parmi les producteurs, analystes économiques et décideurs politiques, en raison des fluctuations fréquentes des prix du pétrole. D’ailleurs, depuis le début de l’année en cours, les prix du Brent ont reculé de 15 % pour se situer à hauteur de 60 à 64 dollars.

Lors de son intervention à l’ouverture de la conférence, l’ancien ministre de l’Énergie et ex-PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, a évoqué la volatilité des prix du pétrole, en constatant que les cycles de fluctuations se sont raccourcis ces dernières années. Il a souligné que de nouveaux facteurs et paramètres sont apparus, introduisant une incertitude quasi continue sur les prix, mais aussi sur l’avenir du pétrole en tant que source d’énergie majeure.
Selon lui, ces incertitudes se manifestent particulièrement dans plusieurs domaines, notamment le recul des investissements nécessaires pour renouveler les réserves de pétrole, les politiques pétrolières des principaux producteurs qui, au lieu de viser la stabilité des prix, semblent se concentrer de plus en plus sur la défense de leurs parts de marché, ainsi que les mutations géopolitiques et les politiques climatiques, qui impactent le marché pétrolier, notamment en ce qui concerne la transition énergétique. Toutefois, Attar a noté que, malgré cette volatilité, le pétrole conserve toujours une influence déterminante sur le mix énergétique mondial, y compris pendant les périodes de forte incertitude.
Il a souligné que, même face à l’essor des énergies renouvelables et des politiques de transition énergétique, le pétrole reste une référence pour de nombreuses autres sources d’énergie. Pour lui, l’ouverture d’un débat sur un tel sujet est importante pour l’Algérie, qui a encore besoin de cette richesse par la poursuite des efforts pour la diversification de son économie.

Pour sa part, l’ancien ministre de l’Énergie et de l’Industrie, Sadek Boussena, a livré une analyse approfondie de l’évolution historique, économique et géopolitique du marché pétrolier mondial. En effet, depuis un siècle, le pétrole n’a cessé de s’imposer comme l’énergie primaire la plus complète et celle dont le prix joue le rôle directeur pour les autres énergies. Malgré le défi climatique et sa stagnation dans les pays riches occidentaux, la demande de pétrole, énergie moins coûteuse pour certains usages, continue de croître dans les pays émergents où vit la plus grande partie de la population mondiale, dira-t-il.
Le pétrole brut, source de superprofits et de rentes considérables, suscite convoitises, conflits et parfois même des guerres. Pour l’intervenant, le marché pétrolier restera, pour au moins les trois prochaines décennies, l’un des centres névralgiques de l’économie mondiale. Ses producteurs, ses consommateurs, les acteurs des autres énergies, les financiers, les stratèges de l’économie globale et les analystes, tous scrutent avec une attention particulière l’évolution de son prix.
Ce prix est censé être établi objectivement par « le marché » via l’équilibre entre l’offre et la demande, mais en réalité ces variables ne tombent pas du ciel. Elles résultent des stratégies et des comportements des forces concernées par ce marché. « Aujourd’hui, le marché mondial est personnifié par les places boursières de New York et de Londres où sont émises des cotations servant de référence au reste du monde », a affirmé Boussena, soulignant que les États-Unis ont non seulement façonné l’industrie, mais continuent de la dominer, notamment à travers les compagnies de négoce et les institutions financières privées qui influencent directement les prix.
En effet, la volatilité est désormais structurelle, conséquence d’une spéculation intense et de la montée en puissance des marchés financiers qui cherchent à tirer profit de chaque fluctuation.
Évoquant les facteurs géopolitiques, l’ex-PDG de Sonatrach, Sadek Boussena, a indiqué que l’OPEP et l’OPEP+, bien qu’ayant encore une influence sur l’offre mondiale de pétrole, n’ont plus le pouvoir qu’elles exerçaient dans les années 1970. Les tensions internes au sein de ces organisations, en particulier entre l’Arabie saoudite et des pays comme l’Iran, l’Irak ou la Russie, compliquent toute tentative de régulation unifiée des prix.
L’Arabie saoudite, longtemps perçue comme le principal régulateur du marché pétrolier, est désormais confrontée à de nouveaux défis, notamment avec l’arrivée sur le marché des producteurs de pétrole de schiste américains. Par ailleurs, la guerre en Ukraine et les sanctions internationales ont bouleversé les équilibres traditionnels. La Russie, en particulier, cherche à renforcer sa position en tant que producteur majeur, mais la crise géopolitique actuelle a profondément impacté ses relations commerciales, affectant ses capacités à influencer le marché.
Par ailleurs, la demande mondiale de pétrole continue de croître, portée par les pays émergents qui représentent désormais une grande partie de la consommation mondiale. Si la transition énergétique cherche à réduire la dépendance aux combustibles fossiles, la réalité est que le pétrole reste irremplaçable pour de nombreux secteurs, de l’industrie à la défense. Dans ce contexte, les grands producteurs doivent jongler avec des pressions contradictoires : d’un côté, l’impératif de rentabilité, de l’autre, les tensions géopolitiques et la nécessité de satisfaire les besoins des pays consommateurs.
Dans un monde de plus en plus imprévisible, plusieurs scénarios sont envisagés pour l’avenir du marché pétrolier. Certains analystes, comme Boussena, prévoient une financiarisation accrue du marché avec un prix de référence unique mondialisé (NYMEX) et une concurrence totale entre producteurs physiques. D’autres voient un marché hybride, où des prix différents pourraient émerger selon les zones géopolitiques et les alliances économiques. Mais une chose semble certaine : les prix du pétrole continueront de fluctuer fortement en raison des facteurs économiques, technologiques, climatiques et géopolitiques.
Par Sirine R.
