Par Rachid MEKSEN
Un des plus grands paradoxes de notre présent tient certainement au long reflux de la connaissance sous l’effet boutoir de l’ignorance à l’heure où l’information circule à la vitesse du son sinon de la lumière. Ceux qui étaient, il n’y a pas si longtemps encore confrontés à la production scientifique, artistique et littéraire peuvent témoigner de la peine à disposer du fragment d’information nécessaire à la poursuite de leur œuvre, alors que maintenant le principal obstacle à sa mission se trouve dans le foisonnement et l’excès d’information qui complexifient leur tâche plus qu’ils ne la leur rendent franchissable. La question consiste dès lors à comprendre la cause d’une inversion des valeurs rendant le progrès technologique co-responsable de faire la part plus belle à l’«avant » plutôt qu’au réel du moment, car il n’est pas le seul à incriminer loin s’en faut.
Il y a si peu de temps, l’ignorance affichait sa totale discrétion, sa modestie devant les éclairs de lumière apportés par les ‘sachants’, rassurés par la pertinence de leurs vers, de leur étalage d’érudit, de la qualité du sens logique ou enfin des théories annoncées comme susceptibles d’être partagées ou rejetées.
Ce n’est plus le cas, l’ignorance a bousculé les codes admis, s’affirme comme la détentrice du savoir indiscutable et condamne le doute que l’on peut exprimer face à son arrogance. Elle s’invite au plus près des consciences, rabote ce qui dépasse ses standards, incrimine l’objection et s’étend sur le champ des réseaux sociaux pour déshumaniser le cortex et l’habituer à reproduire l’unique vérité qui ne supportera aucune transgression fut elle dictée par les sciences les plus avancées avec leur lot de parades démonstratives.
Elle prend ses aises en répétant des slogans pour en faire des vérités absolues là où la connaissance avance et recule, réfléchit, remet en question et exige de plus amples recueils d’autres participants pour confronter ses premières hypothèses. Sa stratégie originelle se bâtit sur la peur du devenir, du prochain et de l’inconnu assimilés à une imposture. Le syncrétisme est convoqué pour dissuader de creuser les idées et de choisir sa voix. Répéter le mensonge saturera l’esprit et le rendra fataliste, paresseux voire fataliste.
Le mensonge croit aussi s’anoblir avec le recours aux grandes firmes qui noient le discernement contre des rapports abscons truffés de recommandations et de normes indéchiffrables. Ici, il s’agira de rendre confus l’impact des fréquences portées par les relais de télécommunication sur les cellules des enfants, à côté il faudra rendre trouble les risques véhiculés par l’injection d’un vaccin ARM supposés contenir le COVID.
Les imposteurs qui ont pris pour cible la connaissance, fille du doute, de la comparaison, de la construction, de l’administration de la preuve etc, se liguent toujours quelque part autour du même dénominateur : engendrer des silhouettes numériques bercées par la soumission et faire reculer les esprits vivants nés pour être libres voire même provocateurs. C’est le prix à payer pour démanteler la prison invisible.



