CONTRIBUTION/ Comment le secteur de l’agriculture (à travers sa politique) devrait changer avec le changement climatique ?
Par Dr Zoubir SAHLI*
Pour être viable, l’agriculture mondiale aura à relever le triple défi de la croissance démographique et de la sécurité alimentaire, de la protection de l’environnement et des ressources naturelles, et de la raréfaction des énergies fossiles (Mediterra 2009). Ceci est encore plus vrai et plus actuel dans les pays du Maghreb dont l’agriculture se pratique souvent dans les zones à fortes contraintes et dont les indicateurs démographiques, économiques et sociaux ne sont pas toujours favorables. Les risques sont donc importants et les enjeux encore plus importants lorsqu’il s’agit de menaces liés aux changements climatiques (CC).
Il faut dire qu’il ya eu déjà une prise de conscience (nationale, régionale et internationale) quant aux risques et à la sensibilité des territoires aux risques des CC, ainsi qu’au devenir des ressources naturelles et des systèmes de production mis en œuvre dans le cadre de politiques nationales. Il a été démontré aussi l’importance des actions menées dans beaucoup de pays, notamment les pays maghrébins, dans le cadre de politiques agricoles et rurales, parfois audacieuses, face aux risques de dégradation, de désertification, de vulnérabilité économique et sociale et d’insécurité alimentaire. Il a été enfin évalué et mesuré, partout dans le monde, l’ampleur des programmes mis en œuvre et surtout les tâches qui restent à accomplir.
Mais cela ne suffit pas et les risques auxquels font face l’Algérie et tous ces pays sont énormes et les enjeux plus importants et plus sérieux.
Dans ce papier, il nous paru nécessaire de faire quelques recommandations et de proposer des pistes de solutions, concernant plus particulièrement l’Algérie, ayant un rapport avec :
– L’intégration du changement climatique dans les politiques agricoles, en mettant l’accent sur les mécanismes structurels et les mesures conjoncturelles d’adaptation des secteurs de l’agriculture et du développement rural aux changements climatiques, en accord avec les principaux accords et conventions
– Les Politiques agricoles et rurales (surtout d’adaptation au changement climatique) à renforcer et/ou à engager au niveau des pays du Maghreb :
« Comment formuler des politiques (et des stratégies) agricoles résilientes aux CC ? Quels sont les aspects à améliorer et comment ? Peut-on augmenter la production agricole et assurer la sécurité alimentaire de manière durable et de façon résiliente ? »
1. Les Plans Climat et les mesures d’atténuation :
La gestion rationnelle des ressources en eau et de l’énergie, la recherche de solutions pour faire face à l’épuisement à terme des ressources en hydrocarbures, la lutte contre la désertification et la déforestation, la réduction des émissions dues à la combustion des énergies fossiles, l’adaptation des secteurs de l’eau, de la santé et de l’agriculture-foresterie au changement climatique et la réduction des pollutions industrielles et urbaines constituent les principaux défis environnementaux du pays (Nations Unies/CEA – Economie verte en Algérie).
Depuis plusieurs années, les questions liées à l’environnement et au développement durable agite les milieux scientifiques et les décideurs. Ainsi, l’Algérie peut se targuer de disposer de Stratégies nationales de l’environnement, de Plans d’action pour l’environnement et le développement durable et de Plans Climat (2015-2050)2.
D’autres politiques sectorielles sont également mises en œuvre dans les domaines de l’éducation environnementale, des ressources énergétiques, de l’économie de l’eau et de l’adaptation du secteur des ressources en eau au changement climatique, de la préservation des écosystèmes, du développement rural et de la dépollution industrielle, ainsi que des stratégie nationale de gestion intégrée du littoral.
Sur le plan opérationnel, il est donc nécessaire d’appliquer ces stratégies et ces plans à l’échelle territoriale et non pas de manière sectorielle comme c’est actuellement le cas. Une autre recommandation c’est celle du renforcement de la coordination inter sectorielle.
2. Les actions de lutte contre l’érosion, la protection et l’aménagement de forêts et des zones de montagne :
A. Les espaces forestiers : Les espaces forestiers demeurent des espaces fragiles abritant souvent des populations pauvres qui font souvent pression sur les ressources existantes. Aussi, il est urgent et nécessaire de suivre les recommandations suivantes :
-Recentrage et renforcement technique et socio-économique des politiques de reboisement et d’aménagement forestier.
-Renforcement des dispositifs de protection des berges d’oueds, de confection de seuils, poursuite de la généralisation des programmes de plantation fruitière…) ;
– Renforcement des capacités institutionnelles de réalisation en clarifiant les prérogatives et les missions.
-Révision des modalités de choix des entreprises de réalisation en mettant en place un système rigoureux de sélection par le mérite et l’efficacité.
-Renforcement des capacités de production des plants par un appui aux pépinières et une rationalisation des programmes et des techniques de production de plants.
-Le secteur des forêts est en phase de se doter des principaux outils techniques, matériels institutionnels pour mener à bien son plan d’aménagement forestier et pour participer activement à la nouvelle stratégie de développement et renouveau rural (notamment le Code forestier actualisé, l’inventaire forestier, le Cadastre forestier national…)
– Création de conditions favorables à la mise en place de réseaux regroupant des institutions nationales et internationales ou des personnes intervenant dans le domaine des forêts et de la protection de la nature.
– Renforcement des liens entre les services publics, les milieux scientifiques et universitaires, les associations professionnelles, les ONG, les groupements de proximité et les bailleurs de fonds.
-Nécessité également de mettre en place un système de suivi et d’évaluation des actions entreprises par les différents secteurs qui interviennent directement ou indirectement dans les programmes forestiers.
-Renforcement des moyens financiers et techniques nécessaires (y compris les moyens issus de la recherche forestière) pour mener des actions d’envergure en matière de conservation des forêts existantes et d’extension du couvert forestier et pour renforcer les capacités des cadres et des agents forestiers de terrain.
B. Les actions en direction des zones de montagnes : En Algérie, la protection et la restauration des terres dans les zones de montagnes menacées par l’érosion est une nécessité et une option stratégique pour sauvegarder les barrages et les sites de barrages contre l’envasement et pour lutter contre l’exode rural.
Elle est l’affaire des pouvoirs publics à travers le renforcement des programmes de lutte contre l’érosion spécifiques au secteur forestier d’une part, mais elle relève aussi d’une démarche de « mutualisation » des efforts entre les différents acteurs (acteurs institutionnels et l‘administration technique, acteurs opérateurs et acteurs de la société civile, notamment les organisations professionnelles ou les communautés rurales de base) ; l’objectif étant de réussir les différents programmes de développement rural et forestier ;
L’engagement en parallèle de politiques locales et régionales de gestion participative est devenu indispensable de nos jours : l’ignorer c’est continuer à œuvrer dans un cadre sectoriel, étroit et peu productif.
L’enjeu le plus important dans ces zones est celui d’arrêter tout d’abord la dérive de dégradation de ces dernières années et de s’engager sérieusement dans des processus de préservation et de valorisation locale des ressources naturelles, dans le cadre de politiques audacieuses de développement rural durable.
Parmi les plus importantes des recommandations et propositions enregistrées, on note ce quisuit :
–Etre sensible à la question de la conservation et de la valorisation des ressources naturelles locales. Le développement de la montagne pose en fait la question essentielle du statut et du rôle économique et social des massifs forestiers et montagneux et du devenir des populations qui y vivent
-Prendre en compte la question de la valorisation de la qualité des ressources locales : les zones et les communes rurales de montagne peuvent être des «territoires utiles» à partir desquels se déclencherait un processus de «territorialisation» de systèmes de production et une intense activité de valorisation des ressources biologiques locales
– L’augmentation des efforts en matière de ceintures vertes autour des villes
-La création ou l’encouragement à la création de petits bosquets dans les exploitations agricoles, de brise vents et de rideaux biologiques
3. La lutte contre la désertification
– Le secteur des forêts, de l’agriculture et de l’environnement ont été (et restent) des secteurs pionniers en matière de lutte contre la désertification, du fait essentiellement de la mise en œuvre de grandes actions (comme par exemple le Barrage vert ) et de l’implication de l’ensemble de ses agents dans la lutte contre toutes les formes de dégradation des sols et des couverts végétaux en zones steppiques et semi-arides.
-Le fait que les secteurs des forêts, de l’agriculture et de l’environnement soient les Points focaux de la Convention de lutte contre la désertification (CCD) et les Organes de Coordination (ONC) devraient leur permettre d’avoir un champ d’action plus large, une audience et des moyens (financiers et institutionnels) suffisants pour renforcer les actions sur le terrain
–La stratégie de lutte contre la désertification doit tout d’abord être réaffirmée comme étant une stratégie mettant en œuvre une démarche globale devant se situer obligatoirement dans un cadre intersectoriel étant donné que les causes de la dégradation sont à la fois d’origines anthropiques et socio-économiques.Nécessité donc de faire figurer la coordination intersectorielle parmi les principes prioritaires des programmes de développement dont bénéficient les zones steppiques, arides et semi-arides.
-En zones steppiques et en zones arides et présahariennes, la situation devient de plus en plus grave et les actions entreprises demeurent insuffisantes. D’où la nécessité d’actualisation des programmes et des plans d’action, avec des efforts à faire dans les domaines :
* de la connaissance scientifique du phénomène,
*du recensement et de la cartographie des nappes alfatières et autres parcours,
* de la protection et la valorisation,
* des études d’aménagement ;
* et la revue complète des projets d’investissement (agricoles ou autres dans ces zones).
4. Les politiques de l’eau basées sur des stratégies d’adaptation impliquant :
-Les études de vulnérabilité montrent que le changement climatique pourrait, malgré tout, miner les efforts dans le domaine de l’eau, conduits avec beaucoup de difficultés, en exacerbant des risques existants de désertification, de pression sur les ressources hydriques et d’un secteur agricole utilisant mal ou gaspillant ces ressources.
-Pour y faire face, la majorité des options d’adaptation aux CC concerneraient donc :
* l’accélération de la mobilisation de nouvelles ressources en eau, d’abord conventionnelles par la construction de barrages, option qui pourrait être cependant limitée.
* le développement des eaux non conventionnelles, non seulement le dessalement de l’eau de mer, mais aussi et surtout les eaux usées après traitement qui pourraient faire économiser au pays l’équivalent de 0,9 et 0,5 milliards de m3/an.
* Mais au-delà de la mobilisation de nouvelles ressources, l’utilisation efficace et raisonnée de l’eau sera probablement le principal «gisement » d’eau qu’il sera possible de dégager pour les besoins de l’agriculture au Maghreb (Benblidia et al, 1997). L’utilisation de techniques optimales d’irrigation économiserait 10 à 20% sur sa dotation en eau, soit 0,5 à 1milliards de m3/an en Algérie (Nathalie Rousset, et René Arrus LEPII/EPE).
Il y aurait donc à proposer ce qui suit :
-une gestion intégrée et concertée des ressources en eau ;
-la dépollution des systèmes hydriques et épuration des eaux usées avant leur rejet;
-la sensibilisation et l’éducation des citoyens à la valeur de l’eau dans cette région ;
– la mise en œuvre d’une approche pluridisciplinaire et inter – sectorielle ;
– procéder à des approches globalisantes dans le domaine de l’étude et de l’aménagement des bassins versants ;
-intégrer dans tout schéma d’aménagement de bassin versant, les aspects socio-économiques
-promouvoir des programmes intégrés de mise en valeur des bassins hydrographiques avec la participation effective des populations locales.
Réviser les stratégies hydrauliques : En continuant à polariser l’essentiel des ressources en eau, en capitaux et en technologies sur une partie restreinte du territoire et sur la grande hydraulique, cela peut à terme entrainer des risques entre l’agriculture des grands périmètres agricoles irrigables d’une part et les systèmes d’agriculture pluviale et la petite agriculture irriguée (y compris les oasis qui se meurent), d’autre part.
Si par ailleurs l’un des premiers champs possibles de progrès dans la gestion de l’eau concerne la protection des ressources (lutte contre les pollutions, augmentation du potentiel exploitable de façon durable…), la gestion de la demande en eau (GDE) émerge depuis une dizaine d’années comme une question centrale compte tenu des gains d’efficience possibles. Elle comprend l’ensemble des mesures pouvant accroître les efficiences techniques, sociales, économiques, institutionnelles et environnementales dans les différents usages de l’eau, en vue de rendre efficaces à la fois la consommation en eau (en augmentant la satisfaction des besoins) et l’allocation de l’eau entre les différents usages. (source : PNUE-PAM-Plan Bleu (2007).
Des stratégies d’adaptation dans ce domaine impliquent donc :
- la dépollution des systèmes hydriques et épuration des eaux usées avant leur rejet;
- le recours aux techniques d’économie d’eau en particulier en agriculture, et choix de cultures moins consommatrices d’eau;
- la sensibilisation et l’éducation des citoyens à la valeur de l’eau dans cette région.
Vu l’importance des ressources en eau dans le développement, l’adaptation du secteur aux impacts négatifs des changements climatiques est d’une nécessité vitale. Ce qui importe le plus, c’est la mise en place de politiques de l’eau axées sur la rareté de la ressource et sur sa diminution future.
Aujourd’hui, comme nous l’avons montré dans les chapitres précédents, des actions conjoncturelles sont menées. Il faudrait toutefois que ces actions s’intègrent dans une politique globale d’adaptation
Quelques outils techniques :
-Amélioration du fonctionnement hydraulique des canaux
-Amélioration de l’efficience des techniques d’irrigation
– Réduction de la vulnérabilité des modèles agronomiques et des systèmes de cultures
– Amélioration des espèces cultivées
– Révision de la conduite des cultures et de l’inter culture
– Choix des cultures et optimisation de l’assolement · Recours à l’irrigation de complément · Outils de pilotage et planification de l’irrigation
Quelques Instruments économiques incitatifs aux économies d’eau :
-Tarification adaptée et concertée
-Aides financières (subventions, prêts à taux bonifiés)
– Mesures agro-environnementale
Les outils de planification et de concertation
· Unités de gestion déconcentrées (agences de bassin)
– Associations d’usagers, associations d’irrigants
-Utilisation des NTIC (logiciels d’appui à la gestion de l’eau sur un périmètre irrigué).
5. Les politiques de développement rural durable :
Les territoires ruraux en Algérie et dans tous les pays du Maghreb sont en crise. Ils sont actuellement enserrés dans un ensemble de contraintes physiques, économiques, sociales et structurelles difficiles à surmonter. Ces territoires formés en grande partie de zones assez peu développées et souvent appauvries et marginalisées abritent des populations vivent dans des situations extrêmement difficiles, leurs activités restent assez marginales par rapport à ce qui passe dans les zones de plaines ou dans les zones urbaines, et ce malgré leur dynamisme et leur désir de s’en sortir.
Par ailleurs, ce type de territoires n’ont pas souvent pas été assimilé à des espace dynamiques au profit des quels on pouvait allouer des ressources importantes pour le développement. Ils ont certes bénéficié au cours des vingt dernières années de programmes spéciaux de développement visant essentiellement le désenclavement des villages et des populations, à travers notamment le lancement d’opérations de nouvelles infrastructures sociales (écoles, structures sanitaires, électrification, habitat rural..) ainsi que la réhabilitation des infrastructures de base et de maillage des zones d’équipements sociaux (réfection des routes et des pistes agricoles, accélération des projets d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, augmentation des taux d’accès au gaz de ville, développement du transport et des cantines scolaires, d’aménagement urbain des agglomérations principales et secondaires.). A la suite des Politiques agricoles et rurales, elles aussi bénéficié de quelques programmes visant le développement de quelques unités économiques locales, mais leur retard est encore immense et leur propension à être impactés par les effets des CC est beaucoup plus grande que dans les autres territoires (notamment les territoires urbains ou agricoles des plaines). Leurs points faibles sont connus, mais on tarde à les réduire.
On peut ainsi relever ce suit :
–Les équipements infrastructurels et socioculturels dans de nombreuses zones rurales sont certes relativement bons (en Algérie l’on enregistre plus de 95% du taux d’électrification, plus 50% de maisons raccordées aux réseaux d’eau potable et d’assainissement, où chaque commune et chaque localité dispose d’au moins un centre de soin et un bus pour le transport scolaire…), mais il y a des retards difficiles à rattraper. Les populations se trouvent ainsi confrontées surtout à un manque d’infrastructures routières et de transport et à une mauvaise qualité de la prestation sanitaire et éducative
– Les activités économiques sont encore faibles et inadéquates et souvent dominées par une tendance à la pluriactivité. Mais il existe un potentiel agricole, sylvicole et pastoral à mettre en valeur et un potentiel touristique typique des zones méditerranéennes (foret, plan d’eau, paysages montagneux, stations thermales, plantes aromatiques et médicinales, produits agricoles de terroir, patrimoine architectural ancien…) à explorer et la tendance au développement des activités de services.
– Une situation de chômage généralisée, notamment chez les jeunes et les femmes rurales, à prendre en charge sérieusement.
– Les institutions spécifiques au développement de la montagne et les identités propres aux zones rurales de montagne sont encore floues, mais commencent à peine à s’ébaucher
– L’environnement administratif, technique, économique et institutionnel est partout considéré comme contraignant et peu favorable à une dynamique de développement rural local
– Les groupements sociaux arrivent difficilement à s’organiser et à participer, faute d’informations, de réseaux de communication et de soutien matériel
-La jeunesse représentant, une frange importante de ces territoires, n’est souvent pas représentée et n’a de ce fait que très peu de chance de s’impliquer ou d’être à l’origine de projets de développement.
Ce qui supposerait d’autres visions de développement et plus de moyens d’actions. Parmi les axes les plus en vue pour dynamiser ces territoires ruraux, on peut proposer : il est nécessaire tout d’abord de prendre conscience que la montagne en Algérie est un vaste espace géographique et humain en crise. Il y a donc une démarche de communication de grande envergure à mener pour « vulgariser » cette crise auprès du grand public.
Pour réduire les effets des CC et pour promouvoir un développement rural durable, il est devenu plus que nécessaire :
-De prévenir les risques : ces territoires sont les plus exposés et leur population, même en situation de mobilité constante, risquent à leur tour d’être particulièrement exposées aux risques (dégradation des ressources et des milieux de vie) et donc de souffrir. La prévention des risques devra avoir pour base une plus large implication de l’Etat et de ses services publics
-La dynamique de développement rural local exige l’existence d’un milieu porteur et-Il faut une option claire et une démarche cohérente en matière de développement « agro-sylvo-pastoral »
-Vers une gestion participative : Les approches dites « participatives » sont basés sur la consultation et la participation. Elles proposent de recentrer les actions de développement et d’aménagement sur le milieu qu’elles se proposent de transformer Les clés de réussite de ce genre d’approches reposent toutefois sur des facteurs essentiels comme :
- la décentralisation des décisions qui engagent les communautés rurales à la base, dans de véritables contrats de développement, et ce souvent par le canal de comités/commissions « ad-hoc »
- la promotion du secteur associatif et du secteur privé ;
- la formation des cadres et des véritables gestionnaires-décideurs au niveau local
- l’implication nécessaire des collectivités locales, de préférence dans un cadre ouvert de démocratie locale
La mise en place d’une stratégie claire et cohérente ne peut ignorer le rassemblement des compétences et le génie d’adaptation et d’organisation des communautés rurales vivant en zones montagneuses et forestières.
Il s’agit de mettre en place :
- Un plan qui doit traiter en première urgence ces espaces marginalisés, mais de manière cohérente et selon une stratégie qui serait adaptée plus particulièrement à la configuration du milieu à aménager, à la configuration des petites exploitations agricoles marquées par leur caractère privé et par l’indivision, aux usages des paysans (agriculteurs et pluriactifs) et à leurs besoins réels.
- Une stratégie de développement durable des espaces montagneux qui implique aussi et surtout une gestion participative des ressources et des activités.
- S’il serait enfin utile d’adopter des démarches «participatives», celles-ci devraient obligatoirement être basées sur la consultation et la participation réelle des populations, notamment les «groupes cibles» et les «personnes leaders».
6. Les politiques agricoles et de sécurité alimentaires :
-La réorientation et/ou la reconversion des systèmes de production et des exploitations agricoles ;
-La réduction de la vulnérabilité des modèles agronomiques et des systèmes de culture et d’élevage en vigueur, ce qui incite à la revue des politiques d’intensification et de mise en valeur hydro-agricole
-L’investissant dans la petite et moyenne hydraulique et l’amélioration de la gestion agricole des eaux de ruissellement ;
-La valorisation des filières de produits de terroir et de produits biologiques ;
-D’autres options concernent plus directement le secteur agricole et ses pratiques, avec notamment la refonte du calendrier agricole traditionnel par l’optimisation des dates de semis en fonction de l’évolution du climat, l’utilisation de semences sélectionnées et le choix de variétés céréalières à cycle court et résistantes au stress hydrique, et enfin la reconversion et le repositionnement des cultures selon l’évolution du contexte bioclimatique. Cette option serait cependant conditionnelle à un accompagnement technique et financier des agriculteurs. (Arrus et alii).
1 Extrait de la synthèse du rapport FAO. Z. Sahli et M. Amrani : « Les politiques agricoles maghrébines à l’ère des accords climatiques », FAO, Tunis, 2018
2 Le plan climat remplace le Plan d’Adaptation aux Changements Climatiques (2003-2013)
* Z. SAHLI. Agroéconomiste, consultant expert
