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Par Dr Zoubir Sahli*

Le développement local a été défini comme étant un mouvement mettant en œuvre diverses actions à caractère économique et social permises par les conditions du milieu et de l’espace local et portées par les acteurs locaux.  Ce type de développement est aussi conçu comme « un processus de croissance des biens et des services ayant des externalités sociales positives » (Petit, 1997). Pour cela deux critères fondamentaux sont mis en évidence : un ensemble d’initiatives économiquement viables (qui peuvent être génératrices de richesses et de progrès) et une maîtrise locale des processus de croissance ; des critères qui, traduits localement, permettent d’engendrer des activités qui auront des effets structurants (Petit, 1997).

Dans de nombreux pays1,  le développement local est vécu comme une nécessité et une forme de recentrage de la croissance en fonction des ressources et des conditions du milieu et de l’espace. En milieu rural, cela a permis, par exemple, la redécouverte des produits agricoles de terroir et des aménités locales portés par des initiatives fortement ancrées au « local ». Cela a favorisé aussi une prise de conscience des richesses en ressources naturelles, patrimoniales  et culturelles « locales » et leur mise en valeur2. L’impulsion d’une telle dynamique de développement local a pu être ainsi l’effet déclenchant d’un processus de promotion et de développement d’activités économiques portées par des acteurs opérateurs dynamiques et souvent soutenues par des acteurs institutionnels inscrits dans une logique de promotion d’activités économiques locales (exemples récents : l’écotourisme, l’agrotourisme).

Pour les décideurs de ces pays, l’espace socio-économique local (le territoire, la région, la zone ou le « pays ») va d’autre part offrir un cadre privilégié pour mobiliser aussi bien les ressources que les acteurs locaux. Le territoire va déterminer donc tout ce qui est local et qui relève de la « zone », du « terroir ».

Le fait de se situer à un niveau géographique défini induit un raisonnement particulier qui donne de l’importance à tout ce qui est « identité locale » et « relations de proximité ».

Le développement local et la valorisation des espaces vont donc devenir aujourd’hui des préalables importants pour amener à une situation de croissance et permettre aux acteurs locaux de valoriser leurs ressources locales et prendre en charge leurs propres destinées.

Qu’en est-il en l’Algérie ?

« Le développement local pourrait-il constituer une réponse au sous développement des territoire ruraux (notamment les zones de montagne) en Algérie ? »

Le milieu « local »,  la « zone » ou le « terroir local  » ont été de tout temps des lieux de vie d’une partie importante de la population algérienne, en particulier la population rurale. Cette population a mis en place, au niveau de son territoire d’appartenance, les principaux modes d’expression et les principales règles régissant son existence. La dynamique d’identification et de valorisation des ressources locales (notamment les ressources naturelles et les produits de terroir) y a été constante, malgré les risques et les impondérables d’une vie difficile et chaotique.

Nous sommes en présence en Algérie d’un ensemble de territoires tout de même assez riches, ayant des histoires particulières, un type d’évolution socio-économique particulier, des acteurs et un processus de production pouvant faire l’objet d’une attention particulière.

Plus globalement, on peut donc considérer que le développement local peut constituer un champ important de promotion de méthodes adaptées dans des territoires ruraux. De ce fait, nous pensons qu’il est possible, moyennant de profonds réaménagements, d’aller vers ce type de développement. Mais nous pensons aussi que ce développement n’est pas facile et qu’il fait souvent face à des contraintes aussi bien physiques, techniques qu’institutionnelles.

Malgré d’importants atouts et des avantages naturels et l’existence d’un système social encore assez bien organisé, ces territoires peinent à trouver leurs voies. Les contraintes et les risques  (notamment celles liées aux catastrophes naturelles comme les feux de forêts et l’érosion hydrique, à la dégradation de l’environnement, à la surexploitation des ressources naturelles, aux effets récents du changement climatique et à la pauvreté ambiante qui caractérise désormais une partie importante des villages ruraux…) sont tellement importants  qu’il devient urgent d’identifier les conditions, les véritables enjeux et les meilleures conditions pour les réduire.

Cas des zones de montagne dévastées par les feux

Ces zones « martyres » du Centre-est et de l’Est algérien souffrent et avec elles les populations, les bêtes et les écosystèmes.

L’urgence est de soigner et de réhabiliter.

L’essentiel est de tout faire pour que la vie écologique et la vie sociale reprenne.

L’important c’est de mettre en place des outils, des méthodes et des moyens pour aménager et tenter de valoriser une partie des ressources forestières, végétales et animales.

Mais ces territoires sont résilients. Elles contiennent tous les éléments nécessaires pour leur développement. La détresse des populations qui y habitent ne veut pas dire leur démission. On est en présence d’une population rurale historiquement dynamique, courageuse et prête à s’organiser pour relever le défi du développement local.

Au-delà des actions d’urgence et des mesures pour le court et  le moyen terme et dans un tel contexte difficile :

 « Comment rendre actrices de leur propre développement les communautés vivant dans ces zones montagneuses et forestières » ?

«Comment appuyer de manière pertinente, c’est à dire sans les perturber, les remarquables capacités adaptatives des sociétés montagnardes aux transformations de leur environnement » ?

Le Développement rural durable et local nous parait la voie à suivre !

Parmi les principaux enjeux et démarches à entrevoir, on pourrait proposer :

1°/Une prise de conscience nationale de la situation de crise des territoires ruraux et des montagnes en particulier : Un enjeu important pour lequel il est nécessaire d’engager une démarche de communication de grande envergure pour  « vulgariser » cette crise auprès du grand public.

2°/  Une urgence : La conservation et la valorisation des ressources naturelles : La côte d’alerte en matière de dégradation des ressources naturelles a été atteinte dans de nombreuses zones rurales, notamment en montagne3. L’enjeu le plus important est celui d’arrêter tout d’abord la dérive de dégradation de ces dernières années et de s’engager sérieusement dans des processus de préservation et de valorisation locale des ressources naturelles, dans le cadre d’une politique audacieuse de développement rural durable.

Par exemple, il y a urgence d’engager un vaste programme d’aménagement rural, dans le cadre d’une réelle Politique de la montagne.

Le développement local pose aussi la question du niveau d’équilibre entre les ressources à admettre dans ces espaces fragiles et la satisfaction des besoins des populations locales.

3°/ L’engagement d’un processus de gestion participative des activités en milieu rural : La gestion participative peut constituer une alternative et une nouvelle méthode tendant, avec un minimum de rigueur et de sensibilisation, à ouvrir le champ de la concertation entre les acteurs institutionnels, les acteurs opérateurs et les acteurs sociaux au fait des réalités sociales et des niveaux de dégradation des ressources de leur milieu.

4°/ La création d’un environnement porteur : La dynamique de développement rural local exige l’existence d’un milieu porteur et d’un environnement institutionnel, juridique, politique, économique et social fort.  Ce qui n’a pas été toujours le cas.

Dans les pays ayant une expérience importante en matière de développement local (y compris en zones rurales), les grandes actions ou les actions les plus performantes sur le plan économique et social ont souvent été crées, portées et/ou soutenues par un environnement (économique, social et institutionnel) souple mais efficace.Cet environnement constitue le plus souvent un maillage territorial dense qui protège, soutient, coordonne ou rend plus efficaces les réseaux constitués à l’échelle locale4.

5°/ Donner plus d’importance au développement local et aux projets valorisation de la qualité des ressources locales : En zone rurale, le local est devenu aujourd’hui un véritable «géosystème» et une «formation territoriale» importante. Les zones et les communes rurales peuvent être des «territoires utiles» à partir desquels se déclencherait un processus de «territorialisation» de systèmes de production et une intense activité de valorisation des ressources biologiques locales. Ce qui impliquerait aussi une autre forme de gestion du territoire et des actions de développement. En fait, la «ruralité est synonyme de diversité» : une diversité des ressources et des productions typiques locales.

6° Une nécessaire politique de décentralisation des actions et des programmes dans le cadre d’une véritable politique de développement local, ce qui exige l’implication et la responsabilisation de tous les acteurs locaux (collectivités locales, société civile, riverains des forêts, agriculteurs, éleveurs, notabilités, techniciens, administrateurs…),

7°/ Réhabiliter la Politique Nationale d’Aménagement du Territoire : dans l’état actuel des choses, l’organisation générale des espaces montagneux et forestiers se situe en extrême décalage par rapport aux objectifs affichés de préservation du patrimoine naturel, de justice sociale et de développement économique générateur d’activités et d’emploi ; il serait bon alors de s’inscrire résolument dans ce cadre.

A la fin : le tryptique : « Développement durable/Développement local/ Gestion participative »

Nous pensons que  le  tryptique : « Développement durable/Développement local/ Gestion participative » peut constituer une alternative et une nouvelle méthode tendant, avec un minimum de rigueur et de sensibilisation, à ouvrir le champ d’une meilleure présentation des axes de développement des territoires ruraux (notamment de montagne), impliquant à la fois les administrations techniques et les collectivités locales, mais aussi et surtout la société civile et les représentants des populations. Si cette dynamique devait être accompagnée et fortement soutenue par les pouvoirs publics, elle doit être aussi largement prise en charge par les acteurs locaux.

Un territoire (une commune rurale, un terroir …) permet toujours aux acteurs qui le forment d’envisager de coopérer dans des projets communs car il leur apporte deux atouts clé : la confiance en l’autre et la durée.

Au niveau des espaces montagneux défavorisés de l’Algérie profonde, la situation est donc mûre pour qu’un développement de type endogène, accompagné par des institutions publiques et géré par des acteurs locaux, soit possible.

De plus en plus de monde semble l’avoir compris et intégré comme une démarche utile et désormais indispensable.

*Agroéconomiste, docteur en Economie rurale et agroalimentaire


1 En Europe et dans la plupart des pays occidentaux, mais aussi de nombreux pays asiatiques (Chine,  Vietnam, Malaisie, Indonésie….) et  latino-américains (Chili, Argentine, Equateur, Mexique…)

2 CIHEAM-IAM (Coordination : H. Ilbert)- Programme FEMISE/UE: « Produits de terroir méditerranéen : conditions d’émergence et d’efficacité et modes de gouvernance : PTM – CEE – MG », Rapport Final, CIHEAM-IAM de Montpellier, Juin 2005

3 :  On estime que 120 millions de tonnes de terres sont arrachées annuellement des versants dénudés par les eaux de pluie, ce qui entraîne une réduction progressive des superficies agricoles et une sédimentation des barrages en aval. Quelques 7.000.000 d’hectares sur une superficie de 14.000.000 d’hectares sont répertoriés comme érodés.

L’érosion des sols affecte 28% des superficies du Nord de l’Algérie concentrée sur les plaines et massifs telliens qui à eux seuls localisent 83% des terres érodées  (Source : Z. Sahli « Forêts et développement rural intégré », in Analyse diagnostique du secteur forestier, Stratégie nationale d’aménagement et de développement durable des ressources forestières et alfatières, MADR/DGF/FAO, Alger,  projet PCT/ALG/3101 (A) , Alger, 2006

4 Nous prenons comme exemple le maillage institutionnel dense et efficace conçu dans le cadre des programmes LEADERs  (LEADER I, LEADER II et surtout LEADER Plus), largement soutenu et financé par le deuxième pilier de la PAC en Europe

L’auteur

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La rédaction des Enjeux Eco couvre l’actualité économique nationale et internationale.

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