18/05/2026
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Diversification des ressources: Principal défi de l’Algérie en 2026

L’année 2026 s’ouvre pour l’Algérie sur un double constat économique : une relative stabilité des équilibres macroéconomiques, mais aussi l’urgence renouvelée de réussir la diversification de son économie.

 Invité de la chaîne 3 de la Radio algérienne, l’analyste économique et financier Mahfoud Kaoubi a livré une lecture approfondie des orientations contenues dans la loi de finances 2026 et des défis structurels auxquels le pays reste confronté.

Sur le plan budgétaire, la loi de finances 2026 ne marque pas de rupture majeure. Le gouvernement a opté pour la continuité, notamment en matière de fiscalité, tant pour les ménages que pour les entreprises. « Il n’y a pas de grands changements fiscaux », souligne l’expert, même si certaines hausses ciblées sont à relever, notamment sur les droits de timbre, la vignette automobile pour certaines catégories de véhicules, la taxe d’habitation et les droits d’enregistrement. Des ajustements qui, sans bouleverser l’architecture fiscale, auront néanmoins un impact mesuré sur le pouvoir d’achat.

La récente augmentation des prix des carburants a également suscité des interrogations. Selon Mahfoud Kaoubi, cette hausse n’est pas liée à une augmentation de la fiscalité, mais à un ajustement opéré par l’Agence nationale des hydrocarbures afin de compenser la hausse continue des coûts de raffinage et de distribution. Le prix du produit brut restant largement subventionné, l’objectif est avant tout de contenir l’accumulation des charges.

Mais au-delà de ces mesures conjoncturelles, le débat central reste celui de la dépendance structurelle de l’économie algérienne aux hydrocarbures. Les prévisions de la loi de finances 2026 indiquent d’ailleurs un recul de la croissance du secteur, tant en valeur qu’en volume. Pour l’analyste, cela confirme une réalité : « Il ne faut plus espérer une forte augmentation de la production pétrolière, mais changer de cheval de bataille. »

Ce changement de cap porte un nom : la diversification économique. Si les hydrocarbures continueront de constituer le principal pourvoyeur de devises, la véritable bataille de 2026 et des années à venir réside dans la création de richesse hors rente, à travers l’industrie, l’agriculture, les mines et les services à forte valeur ajoutée.

Des mesures incitatives existent déjà. La loi de finances maintient les dispositifs de soutien à l’investissement, tels que les bonifications de taux d’intérêt, les exonérations fiscales et la réduction de l’imposition sur les dividendes de 15 à 10 %, afin d’encourager le réinvestissement. Pourtant, malgré ces efforts, la dynamique de croissance reste inférieure aux potentialités du pays.

Pour Mahfoud Kaoubi, les blocages sont avant tout institutionnels. Les instruments de régulation demeurent dominés par une «logique administrative et bureaucratique», peu compatible avec les exigences d’une économie de marché moderne. Cette situation engendre lourdeurs, manque de visibilité et dualité des marchés, nuisant à la prise de décision économique.

À cela s’ajoute un déficit de planification stratégique. Bien que le Code de l’investissement ait réhabilité la notion de plan national de développement, les outils censés l’accompagner, comme le Conseil national de l’investissement, tardent à voir le jour. Or, sans planification opérationnelle, il est difficile d’orchestrer les filières, d’optimiser l’allocation des ressources et de créer des synergies entre secteurs.

La question de la qualité de la croissance se pose également avec acuité. Une croissance de 4 % peut sembler positive, mais encore faut-il qu’elle crée des emplois durables, réduise la dépendance aux importations et génère des recettes fiscales suffisantes. Sans amélioration de la rentabilité et de la productivité, le risque est celui d’une croissance « atypique », peu transformatrice.

Dans ce contexte, la transition numérique et l’inclusion financière apparaissent comme des leviers essentiels. La loi de finances 2026 introduit notamment un dispositif de régularisation volontaire des capitaux non déclarés, moyennant un prélèvement de 8 %, afin de mobiliser l’épargne informelle au service de l’investissement productif.

Enfin, les grands projets structurants, à l’image de la mine de fer de Gara Djebilet à Tindouf, illustrent à la fois les opportunités et les défis de la diversification. Leur réussite dépendra de la maîtrise technique, de la rentabilité économique et surtout de leur intégration dans une stratégie industrielle cohérente.

Pour Mahfoud Kaoubi, le message est clair : l’Algérie dispose d’atouts considérables, mais la clé réside désormais dans la capacité à transformer ses avantages comparatifs en avantages compétitifs. L’année 2026 pourrait ainsi marquer un tournant, à condition que la diversification économique devienne enfin une réalité structurée et durable.

Par Réda Hadi

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