10/05/2026
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Entre souveraineté énergétique et résilience économique: L’Algérie trace sa nouvelle trajectoire

Réunis au Centre international des conférences d’Alger à l’occasion de la deuxième édition du CEO Survey, organisée par PwC en partenariat avec le CREA, décideurs publics et acteurs économiques ont esquissé les contours d’un nouveau cap pour l’économie nationale. Placée sous le thème « Souveraineté et Résilience : Une nouvelle trajectoire économique pour l’Algérie », cette rencontre a mis en lumière une ambition assumée : transformer les atouts énergétiques et miniers du pays en leviers durables de croissance et d’influence régionale.

L’Algérie dessine ainsi une stratégie globale fondée sur l’articulation entre énergie, mines et industrie, visant à renforcer la souveraineté nationale tout en consolidant la résilience de l’économie face aux mutations internationales. Au cœur des échanges, Mohamed Arkab a insisté sur la portée des mutations géopolitiques en cours, qu’il considère non pas comme une rupture, mais comme « une phase de rééquilibrage » des marchés énergétiques mondiaux.

« Ces transformations mettent en exergue l’importance de la sécurité et de la stabilité des approvisionnements », a-t-il souligné, rappelant que l’Algérie dispose d’atouts structurels solides. Entre réserves importantes d’hydrocarbures et infrastructures stratégiques, notamment les gazoducs reliant le pays à l’Europe, le responsable a affirmé que l’Algérie consolide sa position de « partenaire fiable sur le long terme ».

Dans cette dynamique, la stratégie nationale s’articule autour d’un triptyque clair : consolidation des partenariats historiques, diversification des débouchés et renforcement des infrastructures. Mohamed Arkab a notamment évoqué le développement des capacités de gaz naturel liquéfié pour accéder à de nouveaux marchés, ainsi que la poursuite de projets structurants, à l’image du gazoduc transsaharien, destiné à renforcer le rôle de l’Algérie en tant que hub énergétique régional et continental.

Le climat d’investissement constitue un autre axe central de cette trajectoire. Le lancement de l’appel d’offres « Algeria Bid Round 2026 » illustre, selon le ministre, la volonté de maintenir un secteur des hydrocarbures « ouvert, transparent et attractif ». « C’est un signal fort adressé aux investisseurs internationaux », a-t-il affirmé, mettant en avant un cadre législatif modernisé et numérisé.

Dans le même temps, l’exigence environnementale s’impose comme un pilier incontournable, avec l’intégration de mesures visant à réduire les émissions de méthane et le torchage des gaz. Cette vision énergétique s’inscrit dans une projection à l’horizon 2030, où l’Algérie ambitionne de devenir un pôle régional capable de générer davantage de valeur ajoutée à partir de ses ressources naturelles, tout en consolidant sa sécurité énergétique grâce à des partenariats durables.

En parallèle, la transition énergétique s’impose comme un chantier structurant. Mourad Adjal a défendu une approche résolument industrielle des énergies renouvelables. « Le défi majeur réside désormais dans l’intégration industrielle locale », a-t-il déclaré, appelant à produire en Algérie les équipements nécessaires, notamment les panneaux solaires, plutôt que de dépendre des importations. Cette orientation s’accompagne d’un effort de mobilisation des citoyens et des institutions, invités à généraliser l’usage des solutions photovoltaïques. Le ministre a rappelé l’ampleur du virage engagé.

Longtemps dominé par les énergies conventionnelles, le mix énergétique national amorce une transformation avec un objectif de 15 000 MW de capacités renouvelables. « Il y a peu de temps encore, plus de 99 % de notre production reposait sur des sources conventionnelles », a-t-il souligné, précisant que 3 200 MW sont déjà en cours de réalisation. L’ambition est claire : porter la part des renouvelables à plus de 15 % et positionner l’Algérie parmi les leaders africains du secteur.

Ce tournant s’appuie sur un potentiel solaire exceptionnel, avec des niveaux d’irradiation parmi les plus élevés au monde, mais aussi sur une réflexion globale autour de la consommation énergétique. « L’efficacité énergétique ne concerne pas un seul secteur, mais l’ensemble de l’économie », a insisté Mourad Adjal, annonçant l’élaboration prochaine d’une stratégie nationale dédiée. Celle-ci reposera notamment sur des audits énergétiques sectoriels et sur la mobilisation de l’industrie pour développer des équipements économes en énergie.

Dans le prolongement de cette vision, le secteur minier apparaît comme un autre levier stratégique de souveraineté économique. Mourad Hanifi a affiché une ambition claire : faire de l’Algérie « un producteur pour le marché local et un exportateur mondial propre ». Pour y parvenir, il plaide pour la construction d’une chaîne de valeur intégrée, allant de l’extraction à la transformation finale. « Notre pays possède les ressources, mais nous avons aussi besoin d’une grande capacité de développement », a-t-il affirmé, mettant en avant la nécessité de structurer un véritable « couloir énergétique et minier ».

L’objectif est d’atteindre, dans un délai de dix ans, une intégration industrielle complète, fondée sur des capitaux nationaux, afin de maximiser la valeur ajoutée locale avant d’envisager l’exportation. Le ministre a également insisté sur le rôle central de l’exploration, condition sine qua non du développement du secteur. « Pas de mines sans exploration », a-t-il martelé, annonçant une ouverture accrue aux investissements nationaux et internationaux dans ce domaine à forte intensité capitalistique. Cette dynamique sera soutenue par la mise à disposition de données géologiques et par le développement d’infrastructures logistiques, notamment portuaires.

Par Selma R.

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