Le commerce électronique avance à pas sûrs
Longtemps perçu comme un segment marginal de l’activité commerciale, le commerce électronique s’impose désormais comme l’un des leviers les plus visibles de la transition numérique en Algérie. En 2023, sa valeur a atteint 1,9 milliard de dollars, selon les estimations de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), traduisant une dynamique en nette progression et une intégration graduelle du pays dans l’économie numérique mondiale.

Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans une orientation politique clairement affirmée, notamment lors du Conseil des ministres du 14 décembre 2025, au cours duquel le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a qualifié le commerce électronique de « défi majeur » appelant à la mobilisation de l’ensemble des acteurs pour renforcer la transparence des transactions et moderniser les pratiques commerciales. Pour Wahiba Zaknoune, sous-directrice du commerce électronique au ministère du Commerce intérieur et de la régulation du marché, cette orientation traduit une volonté politique assumée. « Les décisions issues de ce Conseil des ministres constituent un modèle d’une volonté politique forte, inscrite dans une démarche globale de transformation numérique », a-t-elle souligné, en précisant que « l’Algérie avance aujourd’hui à pas sûrs vers l’économie numérique, avec des résultats désormais visibles sur le terrain ».
Ces résultats se sont notamment matérialisés à travers l’organisation du Salon national du commerce électronique, tenu du 15 au 18 octobre 2025. Dans sa quatrième édition, l’événement s’est imposé comme le plus important du genre en Afrique, attirant plus de 140 000 visiteurs et réunissant plus de 300 exposants. Pour la responsable du ministère, ce salon a constitué « une image fidèle de la mutation que connaît le pays », mettant en lumière une nouvelle génération de jeunes porteurs de projets. « Nous avons constaté un passage concret du statut de simples diplômés à celui d’entrepreneurs, grâce aux opportunités offertes par le commerce électronique », a-t-elle affirmé. Au-delà de la vitrine nationale, cette dynamique a également été reconnue à l’échelle internationale.
En juin 2025, lors du Sommet mondial de l’entrepreneuriat organisé aux États-Unis, l’Algérie s’est hissée à la première place mondiale en tant que meilleur catalyseur de politiques publiques favorables à l’entrepreneuriat. Un classement qui, selon Wahiba Zaknoune, « reflète l’amélioration du climat des affaires et la crédibilité croissante de l’écosystème numérique algérien ». Les indicateurs internationaux confirment cette tendance. Dans les classements de préparation au commerce électronique, l’Algérie a progressé de 29 places au niveau mondial et occupe désormais la quatrième position en Afrique, derrière Maurice, l’Afrique du Sud et la Tunisie. « Ces rapports internationaux démontrent que l’Algérie dispose aujourd’hui de véritables atouts et d’un socle solide pour accélérer sa transition numérique », a expliqué la sous-directrice.
L’essor du commerce électronique est étroitement lié au développement du paiement électronique, considéré comme l’un de ses piliers fondamentaux. Entre 2024 et 2025, les transactions électroniques ont enregistré une hausse de 50 %, tant en volume qu’en valeur. Une évolution rendue possible, selon Wahiba Zaknoune, par « l’amélioration continue des infrastructures monétiques, l’interopérabilité entre les banques et Algérie Poste, ainsi que par le renforcement des services logistiques ».
À ce titre, elle a souligné que la livraison de marchandises du nord au sud du pays peut désormais s’effectuer dans un délai ne dépassant pas 48 heures, un facteur déterminant pour la confiance des consommateurs. L’adhésion progressive des commerçants constitue un autre indicateur clé. Entre 2020 et 2024, plus de 92 % des commerçants se sont engagés dans le commerce électronique, portés par une approche fondée sur l’accompagnement et la sensibilisation plutôt que sur la contrainte. « La stratégie adoptée repose avant tout sur la pédagogie. Il n’y a pas de sanctions à l’encontre des commerçants non équipés, mais un effort constant pour les informer et les rassurer », a insisté Wahiba Zaknoune.
Dans cette optique, les campagnes de sensibilisation menées en 2024 ont touché plus de 180 000 commerçants et consommateurs, à travers des émissions radiophoniques et télévisées, des journées d’information et des actions de communication de proximité. Parallèlement, l’État a renforcé les mesures incitatives, notamment en prenant en charge, à travers la loi de finances 2025, les commissions liées au paiement électronique.
« Contrairement aux idées reçues, le paiement électronique n’entraîne aucune commission pour le commerçant ou le consommateur. Au contraire, il est aujourd’hui plus avantageux que le recours au cash », a-t-elle précisé. Wahiba Zaknoune a conclu : « le commerce électronique algérien avance avec confiance et détermination vers un modèle plus moderne, plus transparent et plus inclusif ».
Par Adem A.
