Partenariat Algérie-Allemagne: De l’échange commercial au codéveloppement
La visite d’État du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en Allemagne consacre une nouvelle vision de la coopération bilatérale entre Alger et Berlin. Les accords signés à cette occasion traduisent la volonté des deux pays de bâtir une relation fondée sur la complémentarité industrielle, l’innovation et la création de valeur.
Cette nouvelle orientation rompt avec une approche centrée sur les échanges commerciaux traditionnels et ouvre la voie à un véritable modèle de codéveloppement, susceptible d’insérer durablement l’économie nationale dans les chaînes de valeur industrielles européennes tout en renforçant sa souveraineté économique.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte international marqué par la recomposition des chaînes de valeur mondiales. Les deux pays entendent ainsi bâtir un partenariat stratégique de nouvelle génération, dépassant la simple logique commerciale. Invité de la « Chaîne I » de la Radio nationale, l’expert en développement économique Abderrahmane Hadef a expliqué que « les crises successives, de la pandémie de Covid-19 au conflit russo-ukrainien, ont conduit les grandes économies européennes, notamment l’Allemagne, à rechercher des partenaires fiables et géographiquement proches afin de sécuriser leurs approvisionnements et de relocaliser une partie de leurs investissements ».
Dans cette nouvelle configuration, l’Algérie ne se limite plus à son rôle traditionnel de fournisseur d’énergie. « Nous passons d’une relation basée sur l’achat et la vente à une relation fondée sur l’investissement et le développement commun », a-t-il souligné, estimant que Berlin considère désormais l’Algérie comme une plateforme stratégique reliant l’Europe au continent africain. Selon lui, cette évolution s’inscrit dans l’ambition de l’Algérie de devenir une économie émergente à l’horizon 2030, grâce au renforcement du contenu local, au développement d’une véritable base industrielle et au transfert des savoir-faire technologiques.
Les accords conclus à Berlin ouvrent des perspectives dans plusieurs secteurs stratégiques. L’énergie figure au premier rang, notamment avec le développement de l’hydrogène vert. « L’Algérie participe aux études du Corridor Sud de l’hydrogène et dispose d’infrastructures lui permettant d’atteindre un taux d’intégration locale de 50 à 60 % d’ici cinq ans », a rappelé Abderrahmane Hadef, citant les partenariats entre Sonatrach et Bosch pour la fabrication locale d’électrolyseurs, ainsi que les projets liés au stockage de l’énergie et aux batteries. Le secteur minier constitue également un axe majeur de coopération.
Face aux besoins européens en matières premières critiques et en terres rares, l’Algérie entend accélérer la transformation locale de ses ressources afin de produire des matériaux à plus forte valeur ajoutée. L’expert met également en avant le potentiel de la métallurgie et des matériaux de construction. « Le pays produit 41 millions de tonnes de ciment pour une consommation de 18 à 20 millions de tonnes, tandis que l’industrie des câbles électriques n’exploite qu’environ 30 % de ses capacités », a-t-il rappelé.
La coopération devrait également s’étendre aux technologies de la santé, à l’industrie pharmaceutique et à l’économie numérique. Évoquant l’arrivée annoncée d’Opel, l’expert estime que ce projet traduit la nouvelle philosophie du partenariat. « Il ne s’agit plus de faire du simple montage, mais de bâtir une véritable industrie automobile intégrée », a-t-il déclaré, soulignant que la fabrication de moteurs en Algérie constitue un signal fort en faveur du transfert de technologie.
Il reconnaît que la faiblesse actuelle du tissu de sous-traitance demeure un défi, mais estime qu’il peut être surmonté en un à deux ans grâce à des coentreprises entre PME algériennes et allemandes.
Par Selma R.
