Pedro Sánchez attendu lundi à Alger: L’énergie et l’économie au cœur de la visite
Énergie, commerce, investissements et coopération régionale au cœur d’un rapprochement appelé à redynamiser les relations bilatérales entre l’Algérie et l’Espagne. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, est attendu, ce lundi à Alger, pour une visite officielle qui marque une nouvelle étape dans le réchauffement des relations entre l’Algérie et l’Espagne.
Après plusieurs mois de tensions diplomatiques consécutives au revirement de Madrid sur la question du Sahara occidental en 2022, les deux capitales affichent désormais leur volonté de reconstruire un partenariat fondé sur la confiance, les intérêts économiques communs et la stabilité régionale.
Cette visite revêt une importance particulière dans un contexte international marqué par les bouleversements énergétiques et les recompositions géopolitiques en Méditerranée. Si le dossier du gaz constitue naturellement le principal point des discussions, les responsables des deux pays devraient également examiner les perspectives de coopération dans les domaines du commerce, des investissements, des infrastructures, de l’industrie, des énergies renouvelables et de la coordination politique sur les principaux dossiers régionaux. L’Espagne demeure l’un des principaux clients du gaz algérien. Grâce notamment au gazoduc Medgaz reliant directement Beni Saf à Almería, l’Algérie occupe une place stratégique dans la sécurité énergétique espagnole.
Face aux incertitudes pesant sur les marchés internationaux et à la réduction des importations européennes de gaz russe, Madrid souhaite renforcer davantage son partenariat énergétique avec Sonatrach. Selon plusieurs médias espagnols, le gouvernement de Pedro Sánchez ambitionne d’obtenir une augmentation d’environ 10 % des livraisons de gaz ainsi qu’un doublement des volumes de gaz naturel liquéfié (GNL). La présence au sein de la délégation espagnole de dirigeants de grandes entreprises énergétiques témoigne de l’importance accordée à ce volet.
Outre des approvisionnements gaziers, Alger entend mettre en avant les nouvelles opportunités d’investissement qu’offre son économie. Les importantes réformes engagées ces dernières années, l’amélioration du climat des affaires, la nouvelle loi sur l’investissement ainsi que les nombreux projets structurants lancés dans les secteurs de l’industrie, des mines, de l’agriculture et des infrastructures constituent autant d’atouts susceptibles d’attirer davantage d’entreprises espagnoles. Les échanges devraient ainsi porter sur plusieurs secteurs considérés comme prioritaires : les travaux publics, les infrastructures portuaires et ferroviaires, la gestion des ressources hydriques, le dessalement de l’eau de mer, l’industrie agroalimentaire, la pêche, les technologies de l’eau, les matériaux de construction, ainsi que les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, domaine dans lequel les deux pays disposent d’importants atouts complémentaires.
Le volet commercial occupera également une place importante dans les discussions. L’Espagne figure traditionnellement parmi les premiers partenaires commerciaux de l’Algérie, aux côtés de l’Italie et de la Chine. Après avoir fortement reculé durant la crise diplomatique de 2022-2023, les échanges commerciaux connaissent une reprise progressive depuis la normalisation des relations. Les exportations algériennes vers l’Espagne restent largement dominées par les hydrocarbures, tandis que les entreprises espagnoles exportent principalement des équipements industriels, des machines, des produits métallurgiques, des biens d’équipement, des produits chimiques et des denrées alimentaires.
Avant la crise diplomatique, le volume des échanges bilatéraux dépassait régulièrement les 8 à 10 milliards d’euros par an, faisant de l’Espagne l’un des principaux débouchés commerciaux de l’Algérie en Europe. La balance commerciale demeure largement excédentaire en faveur d’Alger grâce aux exportations d’hydrocarbures, qui représentent l’essentiel des ventes algériennes vers le marché espagnol. Les deux gouvernements souhaitent désormais retrouver, voire dépasser, les niveaux d’échanges d’avant 2022 en diversifiant davantage les flux commerciaux hors hydrocarbures.
Sur le plan politique, cette visite constitue également un test important pour la solidité du rapprochement engagé entre les deux pays. Les discussions devraient aborder les principaux dossiers méditerranéens, la coopération en matière de sécurité, la lutte contre le terrorisme, les migrations irrégulières ainsi que les crises au Sahel et en Libye. Les deux partenaires partagent un intérêt commun pour la stabilité de leur voisinage et pour le renforcement du dialogue euro-méditerranéen.
La question du Sahara occidental devrait également être évoquée, alors que Madrid prépare un projet de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour certains Sahraouis nés avant 1977. Ce dossier est suivi avec attention par Alger, qui continue de défendre le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination conformément aux résolutions des Nations unies. Enfin, cette visite pourrait déboucher sur plusieurs accords de coopération et préparer la tenue, avant la fin de l’année, d’une Réunion de haut niveau (RHN) entre les deux gouvernements, la première depuis 2018.
Un tel rendez-vous permettrait de relancer durablement le dialogue politique, d’accélérer les projets économiques communs et de donner une nouvelle impulsion à un partenariat stratégique appelé à jouer un rôle majeur dans l’espace euro-méditerranéen.
Par Réda Hadi
