Les réservoirs de gaz allemands sonnent l’alarme. Avec un taux de remplissage de seulement 53 % en 2026, contre plus de 70 % à la même période l’an dernier, Berlin voit ses marges de manœuvre énergétiques se réduire dangereusement à l’approche de l’hiver.
Dans ce contexte tendu, marqué par la flambée des prix liée aux incertitudes géopolitiques autour de l’Iran, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s’est rendu en Algérie pour tenter de sécuriser de nouveaux contrats de livraison sur le long terme.
Cette démarche s’inscrit dans un effort engagé depuis quatre ans : depuis l’arrêt total des livraisons de gaz russe en 2022, l’Allemagne cherche en effet à diversifier ses sources d’approvisionnement, un chantier que la crise actuelle rend plus pressant que jamais. Interrogé lors d’une interview en direct sur la chaîne allemande ZDF, le chef de la diplomatie allemande a d’ailleurs été sans détour sur l’objectif de son déplacement en Afrique du Nord. « Notre priorité absolue est de conclure des contrats de livraison de gaz sur le long terme », a-t-il déclaré, précisant qu’il était accompagné d’entreprises allemandes venues rencontrer le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab.
Pour justifier ce choix, Johann Wadephul n’a d’ailleurs pas tari d’éloges sur son partenaire. « L’Algérie est un partenaire fiable, elle l’a prouvé avec l’Espagne et l’Italie », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que ce pays représentait pour Berlin un acteur stratégique pour sécuriser une partie de son approvisionnement énergétique. Le ministre a par ailleurs tenu à inscrire cette démarche dans la durée, en rappelant la profondeur des liens entre les deux pays : « Nos relations sont profondes et historiques, l’Allemagne a été l’un des premiers États à reconnaître l’indépendance algérienne », a-t-il rappelé, évoquant à l’appui la récente visite du président algérien auprès du président fédéral Frank-Walter Steinmeier, preuve selon lui d’un lien renforcé entre les deux capitales.

Le choix de Berlin ne doit d’ailleurs rien au hasard, tant l’Algérie occupe une place de choix dans la recomposition du marché gazier européen. Depuis 2021, la part du gaz russe dans les importations de l’Union européenne s’est en effet effondrée, passant de 45 % à 13 % en 2025, au profit notamment de la Norvège, avec environ 31 %, des États-Unis, avec 28 %, et de l’Algérie, qui maintient depuis quatre ans une part stable de 13 à 14 % du gaz total importé par l’UE. Cette position s’appuie sur des infrastructures solides, à commencer par le gazoduc Medgaz vers l’Espagne et le Transmed vers l’Italie via la Tunisie, auxquels s’ajoutent des capacités de liquéfaction pour l’export de GNL.
Cette place de choix ne va cependant pas sans fragilités. En 2025, les exportations algériennes par canalisation sont ainsi passées sous les 30 milliards de m³, contre 30,8 milliards l’année précédente, tandis que le GNL exporté a chuté à 9,5 millions de tonnes, contre 11,6 millions en 2024. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs conjugués : une production brute en léger repli après le pic de 101,5 milliards de m³ enregistré en 2023, une consommation intérieure croissante, ainsi que des opérations de maintenance sur les sites de liquéfaction. Pour inverser la tendance, Alger a néanmoins annoncé un plan d’investissement de plus de 8 milliards de dollars destiné à développer de nouveaux gisements, avec l’ambition d’augmenter la production de 5,5 milliards de m³ par an d’ici 2028, un calendrier qui coïncide précisément avec les besoins pressants exprimés par Berlin.
Les discussions entre les deux ministres ne se limitent d’ailleurs pas aux hydrocarbures classiques. Elles portent aussi sur la décarbonation de la chaîne gazière et sur la réduction des émissions de méthane, mais également sur des projets conjoints autour de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert, incluant la fabrication d’équipements comme les électrolyseurs. C’est dans ce cadre que Johann Wadephul a exprimé l’intérêt de son pays pour le SoutH2 Corridor, ce projet d’infrastructure trans-méditerranéen sur lequel Berlin affiche des ambitions claires : « Nos entreprises souhaitent s’impliquer pleinement dans le corridor d’hydrogène qui doit relier l’Afrique du Nord à l’Europe », a-t-il déclaré.
Par Selma R.



