Marché gazier européen: L’Algérie renforce sa position
Le marché européen du gaz par gazoduc a retrouvé des couleurs en juillet 2026, et l’Algérie y occupe une place centrale. Selon les données du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), les livraisons algériennes constituent en effet le principal moteur de la croissance des approvisionnements européens depuis le début de l’année.
Les importations européennes de gaz par gazoduc ont atteint 12,7 milliards de mètres cubes en juillet 2026, soit environ 411 millions de m³ par jour. Ce volume traduit une progression de 2 % sur un an et un bond de 6,7 % par rapport au mois de juin, où 11,9 milliards de m³ avaient été acheminés. Sur l’ensemble des sept premiers mois de 2026, le total importé s’élève ainsi à 86 milliards de m³, en hausse de 3 % en rythme annuel.
Or le rapport est sans ambiguïté sur l’origine de cette dynamique, puisque c’est l’augmentation continue des approvisionnements en provenance d’Algérie qui tire la croissance nette des importations européennes tout au long de l’année. Ces volumes demeurent toutefois très inférieurs à ceux enregistrés sur la même période en 2021, avant le déclenchement du conflit russo-ukrainien, ce qui montre que le marché européen n’a pas encore totalement compensé la rupture des approvisionnements russes.
Cette dynamique se confirme à l’échelle régionale, où la performance algérienne tranche nettement avec celle de son voisin libyen. Alger a en effet vu ses livraisons par gazoduc progresser de 13 % vers l’Espagne et de 5 % vers l’Italie, deux marchés stratégiques pour ses exportations gazières, tandis que la Libye a subi à l’inverse un effondrement de ses flux vers l’Italie, en chute de 61 %. Ce contraste accentue encore le poids relatif de l’Algérie parmi les fournisseurs nord-africains de l’Union européenne.
Cette montée en puissance s’inscrit par ailleurs dans un paysage où la Norvège reste également active, avec une croissance de 10 % de ses exportations vers la Pologne et la France, une quasi-stabilité vers l’Allemagne et la Belgique, mais un recul de 12 % vers les Pays-Bas. La Russie, de son côté, a vu ses livraisons progresser de 3 % sur les sept premiers mois, tandis que l’Azerbaïdjan enregistre une hausse de 2 %. Le Royaume-Uni a quant à lui acheminé près de 5 milliards de m³ de gaz regazéifié vers le continent via ses interconnexions transfrontalières, en progression de 17 % sur un an.
Du côté des pays receveurs, l’Allemagne conserve sa place de premier importateur de gaz par gazoduc de l’Union européenne. Fait notable, la France est quant à elle passée devant la Belgique pour devenir le deuxième point d’entrée majeur du gaz par gazoduc sur les sept premiers mois de l’année. De manière générale, les importations ont progressé sur la quasi-totalité des points d’entrée régionaux, à la seule exception notable des Pays-Bas, où plusieurs fournisseurs, dont la Norvège, ont réduit leurs volumes.
Si les approvisionnements par gazoduc progressent ainsi nettement, la situation des réserves européennes reste néanmoins préoccupante. Au 15 août 2026, le niveau de remplissage des stocks de gaz de l’Union européenne a certes dépassé 60 %, mais ce niveau demeure inférieur aux moyennes des cinq dernières années à la même période.
Deux facteurs expliquent ces difficultés de remplissage. D’une part, les importations de GNL ont stagné, voire légèrement reculé, à 65,96 millions de tonnes, soit environ 90 milliards de m³, au premier semestre 2026, contre 65,24 millions de tonnes un an plus tôt, pénalisées notamment par la baisse prolongée des livraisons qataries. D’autre part, l’aplatissement de la courbe des prix à terme réduit la marge financière des opérateurs, ce qui limite l’incitation à acheter du gaz aujourd’hui pour le stocker en vue de l’hiver.
Face à ces contraintes, la Commission européenne a dû revoir ses ambitions à la baisse en abaissant son objectif de remplissage des stocks de 90 % à 80 %. Même ce nouvel objectif suscite le scepticisme, puisque selon les estimations du marché, il sera difficile de dépasser sensiblement 70 % d’ici novembre. S&P Global Energy table quant à lui sur un taux de remplissage maximal d’environ 75 % à la fin du mois d’octobre 2026.
Par Selma R.
