Transition énergétique: L’intégration industrielle, clef de voûte de la souveraineté énergétique
Face aux mutations énergétiques mondiales et à l’instabilité des circuits logistiques, l’Algérie érige l’intégration industrielle nationale en priorité stratégique. Ce choix politique devient ainsi le fondement d’une autonomie étatique consolidée. Lors de son intervention à l’émission « Forum El Oula », Nabil Kafi, Secrétaire général du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, a exposé la feuille de route visant à conjuguer l’essor des énergies propres, la production locale d’équipements et la maîtrise technologique.
L’Algérie dispose d’atouts structurels majeurs : une capacité électrique dépassant 27 000 MW et un réseau de transport de 36 000 km. Le défi est désormais de diversifier un mix électrique dépendant du gaz à 99 %. Pour ce faire, le plan d’action 2026-2028 repose sur la digitalisation, l’efficacité énergétique et la création d’un tissu industriel local.
Comme l’a souligné Nabil Kafi : « L’enjeu est d’opérer une transition énergétique réussie, fondée sur un mix équilibré, durable et compétitif, tout en garantissant notre sécurité énergétique nationale ». Cette volonté de localisation s’illustre par le programme de 3 200 MW d’énergie solaire photovoltaïque, prévu pour 2026. Ce déploiement comprend 21 centrales réparties sur 14 wilayas, avec une exigence de taux d’intégration nationale minimal de 35 %. Le responsable a précisé : « Dans le cadre du programme 3 200 MW, des incitations ont été accordées aux entreprises nationales.
Elles ont obtenu une part importante des projets, soit environ 900 MW, qui seront réalisés par des sociétés algériennes, y compris avec des panneaux solaires fabriqués localement ». Ce seuil de 35 % n’est qu’un premier palier. Le Secrétaire général a ajouté : « Avec la montée en puissance des capacités des entreprises nationales, nous espérons que ce taux augmentera dans le futur ».
Pour projeter cette dynamique à l’échelle internationale, Sonelgaz Internationale a été créée pour porter l’expertise algérienne, notamment en Afrique. « Sonelgaz Internationale ne travaillera pas seule. Elle sera la locomotive qui entraînera avec elle l’expertise nationale, à travers des entreprises et opérateurs nationaux, afin d’exporter le produit national et le savoir-faire algérien », a expliqué Nabil Kafi. Avec des exportations dépassant 200 millions d’euros par an entre 2022 et 2025, le groupe est désormais apte à intervenir sur toute la chaîne de valeur, de l’ingénierie à la maintenance.
Parallèlement, l’Algérie investit dans l’hydrogène vert, visant la production d’un million de tonnes d’ici 2045. Le représentant du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables a détaillé cette vision : « L’Algérie aspire à jouer un rôle majeur sur le marché de l’hydrogène vert, à travers la production et l’exportation à moyen et long terme. Cela passe par la maîtrise de toute la chaîne de valeur : production, stockage, transport et applications ». Un projet pilote de 50 MW à Arzew servira de premier jalon concret.
Enfin, la réussite de cette transition repose sur l’humain. « Tout pays visant l’indépendance énergétique doit travailler sur la localisation et la maîtrise de la technologie. Cela passe par un plan national mobilisant toutes les ressources disponibles : compétences, recherche, formation et industrie », a affirmé Nabil Kafi. À travers ses écoles d’excellence formant des cadres de 14 pays africains, l’Algérie dessine les contours d’une puissance énergétique moderne. Comme l’a conclu le Secrétaire général : « La sécurité énergétique future passe par la maîtrise de la technologie. C’est une nécessité absolue ».
Par Selma R.
