L’Algérie entre défis globaux et ambitions nationales: Vers une souveraineté affirmée
Face à un paysage international instable où les tensions géopolitiques et les perturbations logistiques pèsent sur les marchés mondiaux, l’Algérie se mobilise pour renforcer sa résilience. Ces défis globaux soulignent l’importance vitale de consolider la souveraineté nationale et d’accélérer les transformations internes. En s’appuyant sur ses capacités propres et en anticipant les mutations à venir, le pays s’efforce de bâtir un modèle de développement robuste capable de garantir son autonomie stratégique et sa stabilité économique dans un environnement de plus en plus imprévisible.
La reconfiguration actuelle des équilibres mondiaux place la maîtrise de l’énergie et de l’économie au centre de la résilience des États. Pour l’Algérie, cette période impose de consolider un modèle de développement moderne, garantissant sa stabilité intérieure et son influence extérieure dans un environnement international complexe.
Cette thématique a été au cœur de l’émission « Débat politique » de la « Chaîne III » de la radio nationale diffusée samedi dernier, avec la participation de Souhil Guessoum, président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), et de l’expert en énergie Baghdad Mendouche depuis Londres. Les intervenants ont exploré les solutions concrètes pour édifier une économie diversifiée et durable, visant une autonomie stratégique renforcée et une réduction progressive de la dépendance aux ressources énergétiques traditionnelles.
La flambée des prix de l’énergie illustre parfaitement cette nouvelle donne. Le pétrole, qui évoluait autour de 71 dollars le baril fin février 2026, a rapidement franchi la barre des 100 dollars, atteignant des niveaux compris entre 119 et 129 dollars. Dans le même temps, les prix du gaz sont passés de 28 dollars le mégawattheure à près de 92 dollars, confirmant une tendance haussière alimentée par les tensions affectant les grandes routes énergétiques mondiales, notamment dans la région du Golfe, par où transitent près de 20 % de la production mondiale estimée à 100 millions de barils par jour. Pour Baghdad Mendouche, cette conjoncture place l’Algérie dans une position stratégique privilégiée.
« L’Algérie bénéficie aujourd’hui d’un avantage comparatif indéniable. Sa proximité avec l’Europe, combinée à la fiabilité de ses engagements contractuels, en fait un partenaire énergétique de premier plan dans un environnement marqué par l’incertitude », a-t-il souligné, tout en mettant en garde contre le caractère conjoncturel de cette embellie. Selon lui, « les prix pourraient se stabiliser à moyen terme autour de 80 à 85 dollars le baril, avec un retour progressif à l’équilibre des marchés ».
Cette approche prudente rejoint celle de nombreux analystes, qui alertent sur les risques d’un ralentissement économique mondial susceptible de peser sur la demande énergétique. Dans ce contexte, la question centrale demeure celle de l’utilisation optimale de cette rente conjoncturelle. Pour Souhil Guessoum, la réponse passe par une accélération résolue des réformes structurelles.
«Nous disposons aujourd’hui d’une opportunité historique. En agissant sur trois leviers majeurs, le ciblage des subventions, l’intégration de l’informel et l’unification du taux de change, l’Algérie peut mobiliser entre 37 et 45 milliards de dollars supplémentaires dans son économie », a-t-il affirmé. Il rappelle que les subventions représentent à elles seules un coût de 44 milliards de dollars, dont une part importante pourrait être rationalisée, générant entre 12 et 15 milliards de dollars d’économies.
Par ailleurs, l’intégration de la sphère informelle permettrait d’injecter près de 20 milliards de dollars dans les circuits formels, tandis que la réforme du régime de change offrirait des gains estimés entre 12 et 15 milliards de dollars. « Ces ressources doivent être orientées vers l’investissement productif afin d’atteindre une croissance à deux chiffres et rompre définitivement avec la dépendance aux hydrocarbures », a-t-il insisté.
Parallèlement, plusieurs projets structurants viennent consolider cette dynamique de diversification économique. Le développement du gisement de fer de Gara Djebilet, le projet de phosphate de Bled El Hadba, l’exploitation du zinc à Amizour, ainsi que les grandes initiatives agricoles dans le Sud, traduisent une volonté affirmée de bâtir une économie plus résiliente et moins dépendante des hydrocarbures.
Par S. R.
