Chronique Eco ———————————————— L’Algérie, une géographie, un territoire
L’Algérie est gâtée par sa géographie, située au centre du Maghreb, projetée en Afrique sahélienne et adossée à la méditerranée. Avec sept frontières, rares les pays qui ont cette géographie. Les pays avec un ou deux pays frontaliers sont souvent dans des relations de fragilité. Un pays ouvert sur plusieurs autres pays a cet avantage de ne pas subir le chantage ou les nuisances d’un pays. Avec ces ouvertures, l’Algérie ne partage pas avec ses voisins une rivière ou un lac. Le bassin ou le réservoir albien (SAS) est partagé entre trois pays (Algérie, Libye et Tunisie) et les mécanismes mis en place sont aujourd’hui suffisants pour réguler l’usage collectif de cette ressource. Il demeure, toutefois, que les niveaux de développement des pays limitrophes et les options sociales des Etats laissent apparaitre des phénomènes économiquement coûteux pour le pays. Ce sont les phénomènes de fuite de produits aux frontières, de contrebandes, de trafics illicites de tout genre, etc. Une telle densité de pays frontaliers impose, bien évidemment, une diplomatie dynamique et des politiques de bon voisinage équilibrées au moins au plan commercial. Les prix des produits de base en Algérie sont très bas, grâce à des subventions, par rapport à ceux des pays voisins. Une économie informelle s’est installée aux frontières dont l’Algérie est le pays le plus impacté. En effet, l’Algérie se trouve à subventionner des opérateurs informels accumulant des fortunes colossales en Algérie et dans les pays voisins, alors que dans les usages de bon voisinage, les bénéfices tirés par les frontaliers sont admis lorsque ces derniers restent dans le domaine de la consommation domestique privée.
La taille du pays et la densité de ses frontières laissent suggérer que le territoire doit être aménagé pour faire de cette géographie naturelle et généreuse un facteur de développement, de bon voisinage et surtout de sécurité. Il n’y a pas meilleure sécurité pour un territoire que celle assurée par ses occupants.
L’aménagement du territoire peut paraitre une notion dépassée si l’on considère les nouvelles approches des problèmes de localisation des activités, de la mobilité de la population, de la transition écologique, des nouvelles énergies et surtout du développement du numérique. Ce dernier a effectivement un impact sur tous ces facteurs et peut parfois remplacer tout ou partie des infrastructures chères aux aménageurs du 19ème et 20ème siècle.
L’Algérie fait face au défi de relier le Nord peuplé et le Sud sous-peuplé et riche.
2,38 millions de km², 7 frontières, 90% de la population concentrée sur 12% du territoire. L’Algérie paie le prix de sa géographie. Entre saturation au nord et potentiel inexploité au sud, l’aménagement du territoire est devenu l’équation centrale pour la diversification économique et la cohésion nationale. Mais ce prix est largement compensé par son potentiel naturel, sa démographie et son capital géopolitique.
Comment relier le Nord au Sud ? ou réduire la fracture géographique.
Le Tell abrite 40 millions d’habitants sur 300 000 km². Résultat : saturation des villes, pression sur l’eau, le logement, l’emploi.
Le Sud, occupe 78% du territoire et 2% de la population. Pourtant il concentre 90% des réserves en hydrocarbures, le plus grand gisement solaire au monde, et des nappes d’eau fossiles estimées à plus de 50.000 Mds de m².
Le coût de la distance : 2000 km entre Alger et Tamanrasset. Surcoût logistique, inégalités d’accès aux services publics, exode des jeunes vers le nord.
Le Barrage Vert, 3 millions d’ha pour freiner la désertification des Hauts Plateaux. Ce sont des défis à la portée de l’Algérie.
Pour cela, les leviers de l’Etat consisteront à connecter les réseaux, décentraliser la décision et valoriser les potentialités.
Connecter : Les grands projets structurants
Organiser les corridors interne et inter pays de la Transsaharienne Alger-Lagos, déploiement de la fibre optique, densifier le réseau ferroviaire Nord-Sud, organiser les aéroports. L’objectif étant de réduire le temps et le coût de la distance.
Décentraliser : Créer des grands pôles urbains, scientifiques et économiques aux limites du désert : Grandes métropoles à Ouargla, Boughzoul-Djelfa et Bechar, pôles universitaires et industriels.
Valoriser : Faire du Sud une richesse et pas une charge :
Agriculture saharienne irriguée ;
Exploitation rationnelle des réservoirs albiens (SAS) ;
Énergie solaire : projet de 15 000 MW à l’horizon 2035 pour l’exploitation de l’hydrogène vert ;
Mines : Fer de Gara Djebilet, phosphate de Tébessa pour l’industrie et l’agriculture.
Les enjeux économiques : comment transformer la rente géopolitique en puissance continentale ?
Diversification : Sortir du tout-pétrole en créant de la valeur ajoutée dans le sud : agro-industrie, solaire, tourisme saharien, mines.
Sécurité et stabilité : Développer les zones frontalières = lutter contre la contrebande et fixer les populations. Un territoire occupé est un territoire sécurisé.
Le pari de l’Algérie-Afrique : Avec la ZLECAF, l’Algérie peut devenir le hub logistique et énergétique vers le Sahel. Mais seulement si le sud est aménagé.
L’aménagement du territoire n’est plus une question d’urbanisme. C’est une stratégie économique.
La réussite de l’Algérie dans les 20 prochaines années se jouera sur sa capacité à transformer son « potentiel géographique » en atout grâce à une politique volontariste d’aménagement du territoire : un pays-continent, relié, équilibré, et tourné vers l’Afrique.
Le défi : passer d’une Algérie « littorale » à une Algérie « continentale ».
