Développement durable: L’Algérie accélère sa marche vers les ODD
L’Algérie aborde une nouvelle phase de son engagement en faveur du développement durable. Dans son Rapport national volontaire (VNR) 2026, présenté dans le cadre du suivi de l’Agenda 2030 des Nations unies, le pays met en avant les avancées réalisées depuis une décennie tout en définissant une feuille de route détaillée pour la période 2026-2030. Le document considère cette échéance comme décisive pour consolider les acquis, accélérer les réformes structurelles et renforcer la résilience économique, sociale et environnementale du pays.
Le rapport souligne que le VNR ne se limite plus à un exercice de présentation des progrès accomplis devant les instances internationales. Il devient un véritable instrument de gouvernance destiné à orienter l’action publique, améliorer la planification stratégique et assurer une meilleure cohérence entre les politiques sectorielles et les Objectifs de développement durable.
Les recommandations issues de cette évaluation seront ainsi intégrées dans les cycles nationaux de planification, de programmation et de budgétisation afin de permettre un suivi permanent des performances publiques. Le gouvernement entend faire du VNR un mécanisme d’apprentissage continu, fondé sur l’évaluation régulière des résultats, l’ajustement des programmes et la mobilisation de l’ensemble des acteurs institutionnels, économiques et sociaux.
Un nouveau mode de gouvernance
Le VNR insiste sur la volonté des pouvoirs publics de renforcer les outils de pilotage de l’action publique. Parmi les principales mesures prévues figurent la généralisation de la budgétisation par programme conformément à la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF), l’amélioration du Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) ainsi que le renforcement du Système statistique national.
L’objectif est de disposer d’indicateurs plus précis, davantage désagrégés selon les territoires, le genre ou les catégories sociales, afin d’améliorer l’évaluation des politiques publiques et de mieux orienter les décisions gouvernementales. Le document prévoit également une territorialisation systématique des Objectifs de développement durable. Les ODD seront désormais intégrés dans les plans communaux, les programmes de wilaya, les schémas régionaux d’aménagement ainsi que dans les différents documents de planification territoriale. Cette approche vise à rapprocher davantage les politiques nationales des réalités locales et à renforcer le rôle des collectivités territoriales dans la mise en œuvre des programmes de développement.
Dans cette perspective, des programmes de formation et d’accompagnement technique seront mis en place au profit des cadres locaux afin de renforcer leurs capacités de planification, de suivi et d’évaluation. Les recommandations du VNR seront progressivement traduites en feuilles de route opérationnelles comportant des objectifs, des indicateurs de performance, des échéances précises et des responsabilités clairement identifiées.
Une diversification économique appelée à s’accélérer
Le rapport estime que les quatre prochaines années devront permettre de consolider les transformations engagées depuis plusieurs années en matière de diversification économique.
L’industrie manufacturière devrait poursuivre sa progression pour atteindre 12 % du PIB à l’horizon 2030, grâce au développement des filières jugées stratégiques, notamment l’agroalimentaire, la pharmacie, les matériaux de construction, les équipements liés aux énergies renouvelables, l’industrie automobile ainsi que l’électronique.
Le document prévoit également une montée en puissance de l’écosystème entrepreneurial avec un objectif de 5 000 start-up labellisées d’ici à 2030. Les dépenses nationales consacrées à la recherche et au développement devraient atteindre 1,5 % du PIB afin de soutenir l’innovation et la compétitivité. La croissance hors hydrocarbures devrait, quant à elle, se maintenir entre 4 % et 5 % par an grâce à la poursuite des investissements publics structurants, au développement de l’investissement privé ainsi qu’à l’amélioration progressive des exportations hors hydrocarbures, notamment dans les secteurs agroalimentaire, pharmaceutique et des services numériques.
Une transition énergétique plus ambitieuse
Le VNR 2026 place la transition énergétique parmi les principaux leviers de transformation de l’économie nationale. La capacité nationale en énergies renouvelables, aujourd’hui estimée à près de 700 MW, devrait être multipliée par cinq à dix d’ici à 2030. Le solaire photovoltaïque constituera le pilier central de cette stratégie grâce au potentiel exceptionnel du Sahara. Parallèlement, les politiques d’efficacité énergétique seront renforcées à travers la généralisation des normes thermiques dans les bâtiments, le développement de l’éclairage public LED, l’étiquetage énergétique des équipements ainsi que les dispositifs d’aide à l’isolation.
Le rapport évoque également l’émergence progressive d’une filière nationale de l’hydrogène vert. Les premiers projets pilotes devraient être lancés entre 2026 et 2027 avec, à moyen terme, l’ambition de positionner l’Algérie comme futur exportateur d’énergie décarbonée vers les marchés européens.
Sécurité hydrique : le dessalement au cœur de la stratégie
Face au stress hydrique structurel, le gouvernement entend accélérer les investissements dans les ressources en eau non conventionnelles.
La capacité nationale de dessalement sera portée à 5 millions de mètres cubes par jour afin de couvrir l’essentiel des besoins en eau potable des régions du Nord.
Le rapport prévoit également de porter la réutilisation des eaux usées épurées à 300 millions de mètres cubes par an, de poursuivre les grands transferts hydrauliques entre régions et d’améliorer le rendement des réseaux de distribution afin de réduire significativement les pertes d’eau.
Le couplage entre les stations de dessalement et les installations photovoltaïques figure également parmi les innovations envisagées pour réduire les coûts énergétiques et limiter l’empreinte carbone des infrastructures hydrauliques.
Renforcer la résilience climatique
Le document rappelle que l’Algérie poursuivra la mise en œuvre de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN) avec un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pouvant atteindre 22 % à l’horizon 2030, sous réserve de la mobilisation des financements internationaux.
L’extension du Barrage Vert, la protection accrue de la biodiversité, la généralisation des plans territoriaux d’adaptation ainsi que le développement des systèmes d’alerte précoce figurent parmi les principales actions retenues pour renforcer la résilience des territoires face aux effets du changement climatique. Les wilayas du Sud, les Hauts Plateaux ainsi que les zones côtières sont identifiées comme les territoires les plus vulnérables et feront l’objet de programmes spécifiques.
Inclusion sociale et transformation numérique
Sur le plan social, le VNR prévoit de poursuivre l’élargissement de la protection sociale, de favoriser l’insertion économique des jeunes, d’améliorer le taux d’activité des femmes et d’étendre progressivement la couverture sociale aux travailleurs indépendants et au secteur informel.
Le ciblage des aides sociales reposera progressivement sur le registre social unique et l’identifiant national unique afin d’améliorer l’efficacité des transferts publics.
La transformation numérique constitue également un chantier majeur. Le gouvernement ambitionne de rendre plus de 80 % des démarches administratives accessibles en ligne d’ici à 2030, tout en poursuivant la digitalisation de la justice, de l’état civil et des principaux services publics.
Une ambition au-delà de 2030
Le rapport conclut que les progrès enregistrés dans la quasi-totalité des Objectifs de développement durable témoignent de la solidité du modèle de développement algérien et de sa capacité de résilience face aux crises successives. Tout en maintenant l’horizon 2030 comme objectif principal, l’Algérie annonce son intention de contribuer activement, dès 2028, aux réflexions internationales sur l’agenda mondial de développement post-2030. Cette contribution s’appuiera notamment sur les enseignements tirés du cycle 2015-2030, avec un accent particulier sur la transition énergétique, l’intelligence artificielle, la justice climatique, le financement du développement et le renforcement de la coopération Sud-Sud.
Synthèse Z R.
