Quelques remarques issues du dernier rapport de la Banque Mondiale
Par Rachid MEKSEN (*)
Sans grande surprise, la dernière livraison périodique de la Banque Mondiale (BM) fait ressortir, brièvement, pour le 1er semestre 2023, les indications attendues en matière d’amélioration du solde courant, une percée dans les réserves de change couvrant 17,2 mois d’importation, une inflation élevée 9 ,7% concentrée sur les produits agricoles locaux, une reprise d’activité modeste soutenue par l’investissement privé dans l’industrie et la construction.
La BM relève aussi les espaces de vulnérabilité, en particulier « Les perspectives macroéconomiques demeurent tributaires des prix volatiles des hydrocarbures, et le contexte régional souligne la réalité des risques climatiques auxquels l’Algérie est également exposée »
Parmi les recommandations formulées par la BM, on cite l’importance de l’amélioration durable des équilibres macroéconomiques, et de la poursuite des efforts visant à encourager l’investissement privé, la croissance et la diversification.
Ce qui retient davantage notre attention, c’est moins les cycles des rebonds et de reflux de la croissance du PIB, de l’épargne budgétaire, du solde courant et de l’inflation que la pérennité des recommandations que distille la BM à l’endroit de la conjoncture économique nationale, comme si les mouvements de balancier des indicateurs n’avaient que pas ou peu de lien avec les actions réformatrices ou plus modestement correctrices décidées par les pouvoirs publics. Ainsi, on serait en face d’une situation inédite où des résultats changeants découleraient d’une politique uniforme en matière de climat des affaires, de relève assurée par l’investissement privé, et de resserrement des dépenses publiques. Les bons et moins bons résultats macroéconomiques constatés semestriellement seraient aléatoires, presque imprévisibles et déconnectés de plans d’action ciblés pour en assurer la maitrise à moyen et long termes.
Cette déduction peut paraitre hâtive sinon exagérée en quelque sorte, mais elle l’est moins au 2ème degré si l’on fait l’hypothèse que les fondamentaux sur lesquels se construit durablement une économie ne sont pas encore rassemblés, convergés et actifs pour agir sur le tissu économique et le corps social.
On s’explique : Le rebond économique, stable dans son contenu et durable dans ses effets, serait dans la politique d’innovation à construire et à démocratiser pour à la fois démultiplier les secteurs à atteindre et la faire partager par les institutions existantes (écoles, universités, centres de recherche, laboratoires d’excellence, pépinières….) mais qui nourrissent des relations distendues et approximatives entre elles.
Les politiques dites protectionnistes ou autoritairement planificatrices produisent des effets certains, mais uniquement à court terme, car des anticipations contraires naitront pour combler ce qui est du ressort des habitudes ou du vide laissé.
En veillant à intégrer les jeunes apprenants à la rigueur de la science, de la technologie et de l’apprentissage, on les éduque à la prise en charge des contingences diverses et à mieux maitriser les ressorts de l’activité économique. Des vocations naitraient de ces souches productives à qui reviendrait la conduite de leur destin, imaginé encore ailleurs sous d’autres cieux pour beaucoup d’entre eux .Enfin, ces germes mettraient en évidence les contours immédiats d’une gouvernance par l’innovation, incontournable pour survivre dans le concert des nations et s’incruster dans la dynamique des échanges moins déséquilibrés avec l’ « Ouest global », par rapport à ce nouveau lexique qui distingue le « Sud global ».
En saisissant au rebond, la volonté d’amplifier la numérisation des actes de gestion et d’administration, avec la création opportune d’un Haut commissariat dédié à cette cause impérative, la jonction avec l’innovation devrait être pensée à ce stade précoce pour pallier aux risques d’atermoiement et d’engloutissement de cette politique publique tant attendue. Un « sursaut numérique » (qui serait l’alliance entre le numérique et l’innovation) au service des chantiers de réformes, absorberait les énergies dormantes et éparpillées pour les canaliser au profit des jeunes pousses sur tout le territoire en les dotant de l’esprit scientifique dont ce siècle à tant besoin et en diversifiant l’économie, ce que les cycles économiques n’arrivent pas à satisfaire. A l’horizon de quelques années, on serait en droit d’en attendre une économie aérée et stable, une population jeune, fortifiée par des outils adéquats, un recul des inégalités et à l’opposé, un reflux des voies chimériques.
(*) Économiste, ancien directeur général au ministère de l’industrie