18/06/2026
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Chronique Eco —————————————————————– Energie, IA et géopolitique

Par Anouar el Andaloussi

L’avènement de l’IA a été l’évènement majeur de ce début du 21ème siècle. Il est comparé à celui de l’internet à la fin du siècle dernier ; c’est à dire une révolution technologique globale, impactant à la fois l’économie et la société, en particulier les systèmes éducatifs, la RD, la santé et même les relations interpersonnelles et institutionnelles. L’IA n’a pas que des aspects positifs, qui sont nombreux, elle a aussi des aspects moins positifs comme la consommation de l’énergie et les impacts sur les valeurs sociales, l’éthique et de manière générale la vie privée des personnes.  L’IA structure la pensée, les institutions, les systèmes productifs ; elle est au centre de toutes les stratégies, nationales ou d’entreprise. Ceux qui élaborent ces stratégies accordent peu d’importance au facteur « énergie » ; ceci est encore plus vrai dans les pays dotés de ressources énergétiques abondantes.

Aujourd’hui, on ne peut plus parler d’IA comme seulement une technologie ou comme système complexe de traitement des données, elle est devenue une infrastructure stratégique comme le pétrole ou le gaz ou l’uranium, ou même l’agriculture, indispensable pour le fonctionnement de tous les systèmes de la vie économique et sociale. Comme système complexe, elle est grande consommatrice d’énergie (l’électricité). Celui qui a l’électricité gagne la bataille de l’IA.

L’avantage des USA n’est pas seulement dans la technologie du calcul massif et plateformes informatiques et internet, ils sont aussi grands producteurs d’énergie. La Chine avance sur la technologie des données, mais demeure handicapée par l’énergie, c’est pourquoi elle investit dans le renouvelable et le nucléaire. La France joue sa carte nucléaire et attire des investisseurs IA de références. Les sites alimentés en énergies disponibles et bon marché sont très demandés ; l’électricité devient un facteur critique pour le développement IA.

D’ailleurs maintenant l’électricité et l’IA ont fusionné. L’embargo américain sur les puces Nvidia à destination de la Chine procède de cette compétition internationale entre les deux pays. Une puce Nvidia GPU c’est 700W.

Des blocs commencent à se structurer : le bloc US (investissements projetés 1500 Mds $) autour de Nvidia, Open AI, Microsoft, Google et avec l’appui des centrales électriques au Gaz ou nucléaires.  Le bloc Chine (600 Mds $) autour de Huawei, Alibaba…, adossé au charbon et nucléaire. Le Bloc UE/France+ investisseurs internationaux (500 Mds $) attirés par l’énergie nucléaire française.

Le bloc des pays du Golf : les EAU(700 Mds $) et l’Arabie Saoudite (600 Mds $) achètent des Datacenters à tour de bras grâce à une disponibilité de l’énergie à bas prix et surtout aux capitaux du pétrole. Chacun de ces blocs cherchent à se positionner avantageusement sur le segment IA. De nouvelles reconfigurations géopolitiques émergeront dans les années à venir sur la base de l’énergie électrique et de la technologie des données.

Le rapprochement de la Chine (technologie) avec la Russie (énergie) est en préparation, de même l’alliance entre l’Inde (potentiel humain hautement qualifié) et les EAU (énergie) est en voie de constitution. Celui qui a l’énergie a au moins un facteur clé pour réussir l’IA, et celui qui contrôle l’IA dominera l’économie à partir de 2030.  

Pour l’Algérie, le Binôme de succès Electricité+ IA est une vraie opportunité pour le développement économique. Disposant de grands potentiels en Gaz et en Solaire, l’Algérie doit utiliser ce facteur pour attirer les investisseurs en IA et la construction de Datacenters. Sa proximité avec l’Europe est un autre atout pour valoriser son gaz et son soleil en les transformant en électricité pour les besoins de l’IA en Europe. Un plan stratégique autour de ces deux dimensions (énergie et IA) doit être mis en place pour opérer une véritable révolution industrielle visant l’objectif d’une diversification intelligente et de qualité et sortir des sentiers battus : pompez des hydrocarbures, les vendre sur le marché international (prix volatile) et consommer la rente dans les biens et services finals.

Cette démarche n’a aucune vertu de croissance ou de diversification.   L’Algérie doit, et sans délai, s’engager dans des partenariats internationaux solides et ambitieux dans le domaine de l’IA ; mais au préalable, il faut investir massivement dans les infrastructures énergie et IA pour attirer les bons investisseurs technologiques. Ainsi le Bloc Algérie + Investisseurs, qui sera orienté sur l’Afrique et la méditerranée, complètera la liste des blocs cités plus haut.  Être un acteur de la géopolitique ne peut se résumer à une déclaration, ou même une diplomatie active ; la voix portera plus lorsqu’elle est soutenue par des supports concrets, économiques, technologiques et même démographiques.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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