07/07/2026
ACTUINTERNATIONAL

Gaz naturel: L’AIE prévoit un recul de la demande mondiale en 2026

Après plusieurs années de croissance, la demande mondiale de gaz devrait enregistrer un recul en 2026, une première depuis quatre ans, sous l’effet des tensions géopolitiques, de la flambée des prix et des difficultés d’approvisionnement. Dans son dernier « Gas Market Report » consacré au troisième trimestre 2026, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la consommation mondiale de gaz diminuera de 0,5 % cette année, soit près de 20 milliards de mètres cubes.

Cette contraction intervient dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient, qui a profondément bouleversé les équilibres du marché mondial. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz, à la suite du déclenchement du conflit fin février, a privé le marché d’une voie de transit essentielle par laquelle transitaient près de 20 % des échanges mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL). Entre mars et juin, les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis ont ainsi chuté de 35 milliards de mètres cubes par rapport à la même période de 2025.

Face à cette situation, les principaux producteurs situés hors du Golfe ont rapidement accru leurs livraisons. L’AIE indique que la production de GNL hors-Golfe a progressé de 18 % durant cette période, grâce notamment à la mise en service de nouvelles capacités en Amérique du Nord et en Afrique, ainsi qu’à une meilleure disponibilité du gaz chez plusieurs producteurs historiques. Ces volumes supplémentaires ont permis de compenser près des trois quarts des pertes enregistrées au Moyen-Orient. Malgré ces efforts, la production mondiale de GNL a tout de même reculé de 4 % entre mars et juin.

Cette contraction de l’offre s’est immédiatement répercutée sur les marchés internationaux. Les prix du gaz ont atteint en mars leurs niveaux les plus élevés depuis le début de l’année 2023 avant de se stabiliser progressivement au deuxième trimestre, tout en restant largement supérieurs à ceux de 2025. En Europe, le prix moyen du gaz sur l’indice TTF s’est établi autour de 16 dollars par MBtu, en hausse de 32 % sur un an. En Asie, l’indice JKM a atteint 17,5 dollars par MBtu, soit une progression de 45 %. La prime de prix observée sur les marchés asiatiques a favorisé le redéploiement d’une partie des cargaisons de GNL destinées initialement à l’Europe.

Selon l’AIE, ces tensions ont directement pesé sur la consommation mondiale. Le Moyen-Orient devrait enregistrer une baisse de 4 % de sa demande, une première depuis plus de trois décennies, en raison des destructions d’infrastructures énergétiques. En Asie-Pacifique, la hausse des prix pousse plusieurs pays à substituer le gaz par le charbon dans la production d’électricité, tandis que les industries les plus énergivores réduisent leur activité. En Chine, la demande apparente de gaz a reculé de 4 % entre mars et juin, entraînant une baisse de 12 % des importations de GNL. En Europe, la consommation devrait diminuer de 2 %, portée par la progression des énergies renouvelables et par le ralentissement de la demande industrielle.

Les répercussions dépassent le seul secteur énergétique. L’AIE souligne que la flambée des prix du gaz a fortement perturbé la production mondiale d’engrais, le gaz représentant jusqu’à 80 % des coûts de fabrication de l’ammoniac et de l’urée. Les exportations d’engrais en provenance du Golfe ont été interrompues, tandis que le prix de l’urée a plus que doublé entre mars et mai, frôlant les 800 dollars la tonne. L’agence met en garde contre un risque accru de tensions sur la sécurité alimentaire, notamment dans les pays africains les plus dépendants des importations.

Synthèse S. R.

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