Gazoduc transsaharien: « Un projet stratégique jugé plus crédible »
Le président de North Africa Risk Consulting (NARCO), Jeff Porter, a détaillé les facteurs qui rendent le projet de gazoduc transsaharien algérien plus attractif que le projet marocain.
Il a déclaré dans une interview accordée à la plateforme « L’Énergie », publiée hier dilanche, que le projet de gazoduc transsaharien algérien est plus viable que le projet de gazoduc atlantique africain marocain.
Selon lui, le gazoduc transsaharien, reliant l’Algérie, le Niger et le Nigeria, se distingue par sa courte distance, sa faible complexité technique et son recours à des infrastructures existantes. En revanche, le second projet serait coûteux, techniquement complexe, soumis à de nombreuses contraintes juridiques, et sa viabilité resterait incertaine.
Dans le même contexte, l’expert stratégique, Jeff Porter, a indiqué que le Sénégal est devenu, à l’heure actuelle, moins enclin aux initiatives marocaines, en raison de la détérioration récente de leurs relations, malgré le fait que le Sénégal constitue un point d’ancrage du projet marocain. Le projet de gazoduc transsaharien, considéré comme le plus important de ce type en Afrique, devrait entrer prochainement dans sa phase opérationnelle, conformément aux instructions du président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune.
Il vise à transporter entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an depuis le Nigeria vers l’Europe, en passant par le Niger et l’Algérie.
L’Algérie affirme que ce projet vise à renforcer l’intégration énergétique africaine, à soutenir le développement économique des pays concernés et à permettre au gaz africain d’accéder aux marchés européens, en s’appuyant sur les infrastructures développées dont dispose le pays. Le gazoduc s’étend sur une distance de 4 128 kilomètres. La société Sonatrach sera chargée du lancement des travaux préliminaires pour la pose de l’oléoduc à travers le territoire nigérien.
Au-delà de sa dimension économique, ce projet constitue également un levier de développement pour les pays traversés, notamment le Niger, en favorisant les investissements, la création d’emplois et le développement des infrastructures. La compagnie nationale Sonatrach jouera un rôle central dans la mise en œuvre des travaux, notamment pour la phase initiale de pose du pipeline sur le territoire nigérien. Cette dynamique intervient dans un contexte mondial bouleversé par les tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran, qui a fortement perturbé les marchés énergétiques.
La volatilité des prix du pétrole et du gaz, accentuée par les incertitudes liées au respect des cessez-le-feu, a mis en lumière la nécessité pour les pays importateurs de diversifier leurs sources d’approvisionnement. Par ailleurs, en s’appuyant sur ses atouts géographiques, ses infrastructures et son expertise, l’Algérie ambitionne ainsi de consolider son rôle de hub énergétique incontournable entre l’Afrique et l’Europe. L’analyse de Jeff Porter confirme ainsi une tendance de fond : face aux incertitudes globales, les projets les plus simples, les mieux intégrés et les plus rapidement réalisables sont ceux qui ont le plus de chances d’aboutir. À ce titre, le gazoduc transsaharien algérien semble aujourd’hui en position de force pour devenir l’un des projets énergétiques majeurs du continent au cours des prochaines décennies.
Par Reda Hadi
