Nouvelle stratégie énergétique euro-méditerranéenne : L’Algérie, acteur clé de l’initiative T-MED
Inscrite dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée adopté en 2025, l’Union européenne (UE) a lancé sa nouvelle initiative de coopération énergétique baptisée « Trans-Mediterranean Renewable Energy and Clean Tech Cooperation » (T-MED). Cette feuille de route ambitieuse vise à accélérer le développement des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert et des technologies propres à l’échelle du bassin méditerranéen. Si ce programme concerne l’ensemble des pays partenaires du sud de la Méditerranée, l’Algérie apparaît déjà comme l’un des acteurs les plus stratégiques de cette nouvelle vision énergétique portée par Bruxelles.
L’initiative T-MED ambitionne de mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements à l’horizon 2035, grâce notamment à plus de 5 milliards d’euros de garanties accordées par la Commission européenne dans le cadre du Fonds européen pour le développement durable Plus (FEDD+). L’objectif est de contribuer au développement de 15 gigawatts de nouvelles capacités d’énergies renouvelables et de créer plus de 100 000 emplois dans les secteurs des technologies propres. Pour l’Union européenne, les enjeux dépassent largement le cadre de la transition énergétique.
Face aux tensions géopolitiques, à la volatilité des marchés des hydrocarbures et aux impératifs de décarbonation, Bruxelles cherche à renforcer sa sécurité énergétique en s’appuyant sur les immenses ressources renouvelables du sud de la Méditerranée. Dans cette stratégie, l’Algérie occupe une place de choix. Les responsables européens mettent en avant les atouts exceptionnels du pays. Avec l’un des plus vastes territoires du continent africain, un ensoleillement parmi les plus élevés au monde et d’importantes ressources éoliennes, l’Algérie dispose d’un potentiel susceptible de transformer durablement la carte énergétique régionale. Une déclaration relayée par des responsables européens illustre l’ampleur des attentes placées dans le pays : « Avec une portion du seul territoire algérien, vous pouvez couvrir tous les besoins énergétiques de l’Europe ».
Cette reconnaissance intervient alors que l’Algérie accélère sa propre transition énergétique. À travers son Programme national de développement des énergies renouvelables, le pays ambitionne d’atteindre 15 000 MW de capacités renouvelables installées d’ici 2035. Le solaire photovoltaïque constitue le principal pilier de cette stratégie, avec près de 14 000 MW prévus. Cette orientation vise à réduire la consommation nationale de gaz naturel, à préserver davantage de volumes destinés à l’exportation et à renforcer la sécurité énergétique du pays. Le programme « Solar 1000 MW » illustre cette dynamique.
Réparti sur plusieurs wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux, il constitue la première étape d’un vaste déploiement de centrales photovoltaïques appelées à modifier progressivement le mix énergétique national. Pour l’Algérie, l’initiative T-MED pourrait accélérer cette trajectoire en facilitant l’accès aux financements, aux technologies et aux partenariats industriels. L’un des principaux intérêts de T-MED réside d’ailleurs dans son approche globale.
Le programme ne se limite pas à la production d’électricité verte. Il s’articule autour de cinq axes complémentaires : la mobilisation des investissements, la coopération réglementaire, le développement des compétences, la modernisation des infrastructures énergétiques et le renforcement de la coopération industrielle dans les technologies propres.
Vers un hub énergétique régional
Pour l’Algérie, ces différents volets ouvrent des perspectives considérables. Le développement d’une industrie locale liée aux panneaux photovoltaïques, aux équipements électriques, aux systèmes de stockage ou encore aux infrastructures énergétiques pourrait favoriser une montée en intégration industrielle et générer des milliers d’emplois qualifiés.
L’«Agenda des compétences T-MED » annoncé par Bruxelles constitue également une opportunité pour renforcer la formation des ingénieurs, techniciens et spécialistes des métiers de la transition énergétique. L’autre grande perspective concerne l’hydrogène vert, considéré comme l’un des marchés énergétiques les plus prometteurs des prochaines décennies.
Grâce à son potentiel solaire exceptionnel et à ses vastes espaces sahariens, l’Algérie dispose des conditions nécessaires pour produire à grande échelle un hydrogène compétitif destiné aussi bien à son marché intérieur qu’à l’exportation. Le projet SoutH2 Corridor, qui vise à acheminer l’hydrogène vert d’Afrique du Nord vers l’Europe, illustre cette ambition et place l’Algérie parmi les futurs fournisseurs potentiels du continent européen.
Parallèlement, l’amélioration des réseaux électriques, le développement des échanges transfrontaliers d’électricité verte et l’intégration de technologies intelligentes figurent parmi les priorités de T-MED. Ces investissements pourraient renforcer le rôle de l’Algérie comme plateforme énergétique reliant l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Cette ambition se traduit déjà par plusieurs projets structurants. Parmi eux figure le projet d’interconnexion électrique sous-marine entre l’Algérie et l’Italie, développé par Sonelgaz et le gestionnaire italien Terna.
Cette infrastructure permettrait, à terme, d’acheminer vers l’Europe l’électricité produite par les futures centrales solaires algériennes. Souvent présenté comme le prolongement électrique des grands gazoducs reliant déjà l’Algérie au continent européen, ce projet pourrait devenir l’un des piliers de l’intégration énergétique euro-méditerranéenne. Alors que la première réunion opérationnelle de la plateforme d’investissement T-MED est prévue pour octobre 2026 et que les premières coopérations industrielles devraient émerger dès 2027, l’Algérie semble disposer d’une occasion historique pour consolider son statut de puissance énergétique régionale.
Dans la nouvelle géographie énergétique que cherche à bâtir l’Union européenne, le Sahara algérien pourrait ainsi devenir l’un des principaux pôles de production d’énergie propre de la Méditerranée et un moteur majeur de la transition énergétique régionale.
Par Selma R.
