16/08/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Réutilisation des eaux épurées dans l’agriculture: Un levier pour renforcer la sécurité alimentaire

Face à la pression croissante sur les ressources en eau conventionnelles, l’Algérie accélère sa politique de valorisation des eaux usées épurées, considérées désormais comme une ressource stratégique pour accompagner l’extension des superficies agricoles irriguées et renforcer la sécurité alimentaire. Cette orientation prend une importance particulière dans l’Ouest du pays, où les ressources superficielles sont davantage soumises au déficit hydrique.

En effet, une nouvelle étape vient d’être franchie à Sidi Bel-Abbès, où le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, a procédé, dans la commune de Ras El-Ma, à la pose de la première pierre d’un périmètre d’irrigation agricole d’une superficie de 100 hectares. Le projet sera entièrement alimenté par des eaux traitées issues de la station d’épuration des eaux usées de la commune.

À travers cette opération, les pouvoirs publics veulent démontrer que les eaux épurées peuvent constituer une source complémentaire pour l’agriculture, notamment dans les régions où les barrages et les nappes souterraines ne peuvent répondre, à eux, à seuls à la croissance des besoins. Pour le ministre, la diversification des sources d’approvisionnement et la valorisation des ressources non conventionnelles sont devenues indispensables à une gestion durable de l’eau.

L’Algérie dispose aujourd’hui d’un important parc de stations d’épuration. Selon les données avancées par le ministre de l’Hydraulique, 234 stations traitent actuellement quelque 1,1 milliard de mètres cubes d’eaux usées, avec un potentiel susceptible d’atteindre au moins 1,5 milliard de mètres cubes. Ce volume constitue un gisement hydrique important, dont une partie peut être récupérée pour l’irrigation après traitement adapté. Les capacités du pays continuent par ailleurs de progresser. Quelque 70 stations d’épuration sont actuellement en cours de réalisation dans différentes wilayas, dont 26 doivent être mises en service avant la fin de l’année. Elles viendront s’ajouter aux plus de 230 STEP déjà opérationnelles.

Le potentiel reste toutefois encore largement sous-exploité. Sur les volumes traités actuellement, seule une proportion limitée est réutilisée pour l’irrigation. Le secteur vise ainsi à doubler les volumes réutilisés à l’horizon 2030 et à atteindre progressivement un taux de réutilisation de 60 %, conformément aux objectifs fixés par les pouvoirs publics.

La nécessité d’accélérer cette politique apparaît particulièrement forte dans les wilayas de l’Ouest. À Tiaret, Saïda et Sidi Bel-Abbès, le ministre a insisté sur l’importance de récupérer les eaux traitées qui continuent, dans certains cas, à se déverser dans les oueds au lieu d’être valorisées.

À Tiaret, des instructions ont notamment été données pour mettre en place des dispositifs de récupération et de transfert des eaux épurées vers les périmètres agricoles. La région dispose en effet d’importantes terres agricoles dont l’exploitation est étroitement liée à la disponibilité de l’eau.

À Saïda, la réhabilitation de la station d’épuration d’Aïn Ezzerga, avec l’introduction d’un traitement tertiaire, doit également contribuer à développer la réutilisation des eaux traitées et à soutenir l’extension des surfaces irriguées. À Sidi Bel-Abbès, le projet de Ras El-Ma constitue une première concrétisation avec un périmètre de 100 hectares. Le ministre a également appelé à inscrire de nouvelles STEP à Sfisef et Telagh. Ces infrastructures devront contribuer à répondre aux besoins des populations, mais également à soutenir les activités agricoles et industrielles.

Pour l’agriculture, cette ressource complémentaire peut contribuer à sécuriser l’irrigation et à réduire la vulnérabilité des exploitations face aux variations des précipitations. Elle s’inscrit ainsi directement dans la stratégie d’augmentation des superficies agricoles et de renforcement de la production nationale. Sa généralisation nécessite toutefois des infrastructures adaptées : réseaux d’adduction, bassins de stockage, équipements de traitement complémentaire et systèmes de contrôle de la qualité. Le respect des normes sanitaires et environnementales demeure une condition essentielle à l’utilisation de ces eaux pour l’irrigation.

Par Réda Hadi

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