23/04/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Sécurité alimentaire: La préservation du foncier agricole, un impératif

La question du foncier agricole revient avec force au cœur du débat national. Lors du Conseil des ministres du 5 octobre 2025, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fermement instruit le gouvernement de ne pas détourner les terres agricoles de leur vocation initiale, même pour la création de projets publics. Une position claire, motivée par la nécessité de protéger un patrimoine stratégique déjà fragilisé par la pression démographique, l’urbanisation et la dégradation des sols.

Le chef de l’État a appelé à trouver d’autres mécanismes pour implanter les infrastructures publiques sur des assiettes non arables. « Les terres agricoles doivent rester consacrées à la production », a-t-il insisté. Cette directive intervient dans un contexte où la raréfaction des surfaces cultivables inquiète les experts du secteur, à l’image de Mustapha Benaoui, ancien cadre du ministère de l’Agriculture, qui alerte depuis plusieurs années sur la fragilité structurelle du foncier agricole en Algérie.

Invité de la « Chaîne III » de la radio nationale, M. Benaoui a dressé un diagnostic sans concession : « L’Algérie dispose d’une Surface Agricole Totale (SAT) estimée à 45 millions d’hectares, mais seulement 8,5 millions d’hectares sont effectivement considérés comme Surface Agricole Utile (SAU). Le reste du territoire est composé de 4,5 millions d’hectares de forêts et de 32 à 33 millions d’hectares de parcours steppiques ». Pour l’expert, ces chiffres révèlent un déséquilibre profond entre le potentiel foncier du pays et sa mise en valeur réelle. Il a rappelé que dans les années 1970, l’Algérie comptait 1,6 hectare de SAU par habitant, un chiffre aujourd’hui en forte baisse sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation galopante, notamment sur les terres les plus fertiles du Nord. « Nous avons concentré 87 % de la population sur 13 % du territoire. C’est une pression insoutenable pour un foncier déjà limité », a-t-il averti.

La mise en garde du président Tebboune trouve ici tout son sens : détourner ces terres, déjà menacées par l’étalement urbain, reviendrait à affaiblir davantage la souveraineté alimentaire nationale. M. Benaoui abonde dans le même sens : « Chaque hectare perdu est une part de notre sécurité alimentaire qui s’effrite. Nous ne pouvons plus nous permettre de sacrifier des terres arables pour des projets administratifs ou industriels ».

L’expert met également en lumière un autre paradoxe : près de 36 % de la SAU nationale, soit plus de 3 millions d’hectares, sont actuellement en jachère. Ce taux, l’un des plus élevés au monde, contraste avec les 6 à 7 % de moyenne mondiale et les 4 à 5 % observés en Tunisie. Pour lui, au lieu de chercher de nouvelles assiettes foncières, il faut valoriser ce potentiel inexploité. « La jachère pourrait être partiellement reconvertie en cultures légumineuses, qui enrichissent les sols, réduisent les importations et consolident la souveraineté alimentaire », a-t-il proposé.

En liant la protection du foncier agricole à une gestion plus rationnelle des terres existantes, les propos de M. Benaoui rejoignent parfaitement la vision exprimée par le président Tebboune. Tous deux plaident pour une politique cohérente d’aménagement du territoire, où chaque hectare agricole est préservé, valorisé et intégré à une stratégie de développement durable.

La directive présidentielle marque ainsi un tournant décisif : l’Algérie entend désormais bâtir ses infrastructures sans sacrifier ses ressources agricoles. Et pour y parvenir, la planification territoriale, la numérisation du foncier et la concertation entre acteurs locaux apparaissent comme des leviers indispensables. « Le foncier agricole, c’est notre capital vital », a conclu M. Benaoui. « Le préserver, c’est préserver l’avenir ».

Par Mourad A.

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