Exploration des hydrocarbures: ENI consolide sa position en Afrique du Nord
Par sa stratégie ambitieuse d’exploration et de production, le géant énergétique italien ENI renforce sa présence en Afrique du Nord, avec une attention croissante portée à l’Algérie. Dans un contexte mondial marqué par la quête de sécurité énergétique et la transition vers une énergie plus propre, le groupe mise sur une diversification de ses actifs et une augmentation significative de sa production de gaz, notamment sur le sol algérien.
L’Algérie occupe une place stratégique dans la nouvelle cartographie énergétique d’ENI. Profitant de l’ouverture accrue du secteur énergétique algérien aux partenariats internationaux, l’entreprise a remporté récemment un appel d’offres pour le développement d’actifs gaziers, en coopération avec la société thaïlandaise PTT. Elle a également scellé un nouvel accord avec Sonatrach, renforçant l’exploration dans la région prometteuse de Zemoul. Ces opérations illustrent la volonté d’ENI d’approfondir son ancrage dans un pays riche en ressources et à proximité du marché européen. Le retour à une coopération plus soutenue avec Sonatrach témoigne d’une confiance renouvelée et d’une stratégie de développement à long terme dans l’amont pétrolier et gazier.
L’orientation stratégique d’ENI vise à faire du gaz naturel 60 % de son portefeuille énergétique d’ici 2030, contre 54 % actuellement, avec un objectif de 90 % à l’horizon 2050. Dans cette dynamique, l’Algérie, déjà fournisseur historique de l’Europe via ses gazoducs et terminaux de GNL, représente un pilier essentiel pour les ambitions d’ENI. L’accord conclu avec Sonatrach intervient dans un contexte où l’Italie cherche à renforcer sa sécurité énergétique en diversifiant ses sources d’approvisionnement hors de Russie. En ce sens, l’Algérie, partenaire fiable et géographiquement proche, s’impose naturellement comme un levier géostratégique de premier plan pour ENI.
La force d’ENI réside dans sa « politique d’exploration double », un modèle qui consiste à initier seule les travaux d’exploration puis à ouvrir le capital des projets à des partenaires financiers et technologiques, tout en conservant son rôle d’opérateur. Cette méthode, appliquée à divers projets en Afrique, a permis à l’entreprise de découvrir depuis 2014 plus de 9 milliards de barils équivalent pétrole, dont 1,2 milliard rien qu’en 2023. Elle s’est déjà illustrée en Égypte avec le mégachamp gazier de Zohr, et en Côte d’Ivoire avec le champ offshore Baleine. En Algérie, ce modèle pourrait ouvrir la voie à de nouveaux développements rapides et à un partage optimisé des risques financiers, dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Outre l’Algérie, ENI mise également sur la Libye, où elle a repris ses activités dans le bassin de Ghadamès après une décennie d’interruption, et se prépare à forer un puits profond dans le bassin de Syrte en 2025. L’Égypte reste également un axe majeur de croissance. Cette concentration sur l’Afrique du Nord reflète non seulement la richesse du sous-sol mais aussi la volonté d’ENI de sécuriser des ressources à proximité de ses marchés européens.
Par Mourad A.
