L’importation d’un million de têtes pour l’Aïd approuvée: Vers une baisse des prix des moutons
Face à la flambée des prix des moutons observée l’année dernière, les autorités algériennes ont décidé de prendre des mesures fortes en annonçant l’importation d’un million de têtes de moutons pour l’Aïd al-Adha. Cette décision vise à soulager les ménages et garantir l’accessibilité de cet achat symbolique à un large nombre de familles.
Approuvée lors du dernier Conseil des ministres, cette mesure prévoit l’importation de moutons en provenance de trois pays, dont les noms n’ont pas encore été révélés. Selon Ali Daoudi, agroéconomiste et enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure d’agronomie (ENSA), cette initiative aura un impact positif indéniable sur les prix pratiqués sur le marché national. « Cette décision aura sans aucun doute un effet bénéfique sur le consommateur et sur l’accessibilité du mouton, surtout après la forte hausse des prix l’année dernière », a-t-il déclaré lors de son intervention sur les ondes de la « Chaîne III » de la radio nationale.
L’importation massive de moutons devrait répondre à environ 20 à 25 % de la demande nationale pour l’Aïd, un volume substantiel qui devrait exercer une pression à la baisse sur les prix. Pour M. Daoudi, « si l’Algérie parvient à importer ce volume en si peu de temps, l’effet sur les prix sera forcément considérable ». En introduisant des moutons à des prix administrés et plus abordables, les autorités espèrent atténuer la tension sur le marché. Cependant, l’expert met en garde contre un potentiel effet rebond : l’attractivité des prix bas pourrait inciter davantage de ménages à acheter un mouton pour l’Aïd, même s’ils n’en avaient pas l’habitude auparavant. Cette nouvelle demande pourrait, à terme, limiter l’impact sur les prix du marché local.
Mais cette initiative ne se limite pas à garantir des prix abordables pour l’Aïd ; elle vise également à préserver le cheptel national, souvent mis à mal pendant cette période. En effet, ces dernières années, la demande croissante a entraîné une pression excessive sur les femelles reproductrices, cruciales pour maintenir l’effectif du cheptel. L’importation massive permettra donc de réduire cette pression et de limiter l’abattage des brebis. « Si les prix sont plus abordables, moins de femelles seront sacrifiées pendant l’Aïd. Même si le lien n’est pas direct, l’effet global sera bénéfique pour la préservation du cheptel national », a souligné M. Daoudi.
Si les trois pays sélectionnés pour l’importation restent inconnus, l’expert a suggéré d’explorer les marchés des pays sahéliens, tels que le Mali, grands producteurs de cheptel. « Ces pays représentent un potentiel intéressant pour soulager la pression sur le cheptel national, à condition de mettre en place les dispositifs vétérinaires et sanitaires nécessaires », a-t-il précisé. La coopération avec les pays africains dans le domaine de l’élevage pourrait non seulement garantir un approvisionnement stable pendant l’Aïd, mais aussi favoriser une intégration régionale plus étroite.
Malgré ses avantages évidents pour les consommateurs et la filière ovine nationale, l’importation massive de moutons soulève des interrogations concernant sa durabilité économique. L’élevage pastoral algérien, déjà fragilisé par la sécheresse et la dégradation des parcours, pourrait souffrir d’une concurrence accrue avec les importations. Pour M. Daoudi, il est crucial de ne pas négliger le développement durable de la filière ovine locale parallèlement à ces importations. « L’objectif à long terme doit être la consolidation de la production locale afin d’éviter une dépendance persistante vis-à-vis des importations », a-t-il insisté.
En attendant, l’arrivée massive de ces moutons est perçue comme une bouffée d’oxygène pour les consommateurs algériens, qui espèrent retrouver des prix plus raisonnables pour l’Aïd. Les autorités, quant à elles, misent sur une régulation efficace afin de garantir que cet approvisionnement exceptionnel atteigne pleinement ses objectifs.
Par Mourad A.