30/06/2026
AGRICULTURE/PÊCHE

Conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture : L’Algérie mise sur la science et la technologie

L’Algérie aborde un tournant décisif dans la transformation de son agriculture. À l’heure où les défis du changement climatique, de la rareté de l’eau et de la croissance démographique s’intensifient, le pays mise sur la science, la technologie et l’innovation pour bâtir un modèle agricole durable et performant. C’est dans cet esprit qu’a été lancée lundi la Conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture au Centre International des Conférences (CIC) d’Alger, sous la présidence du ministre Yacine El Mehdi Oualid.

Dès l’ouverture des travaux, le ministre a donné le ton : « Notre ambition est de bâtir une Algérie capable de nourrir 65 millions d’habitants et de devenir un leader régional dans les cultures sahariennes et les technologies hydriques ». Pour lui, la modernisation du secteur repose sur un triptyque essentiel : la recherche scientifique, la digitalisation et l’efficacité hydrique. « La sécurité alimentaire ne peut être atteinte que par la science et la connaissance », a-t-il insisté, appelant à un changement profond dans les pratiques et les mentalités. La transition numérique du secteur agricole est considérée comme le levier central de la modernisation du monde rural.

Le ministre de l’Agriculture, Yacine El Mehdi Oualid, a annoncé à cette occasion que huit ateliers seront consacrés à l’examen des voies et moyens de la numérisation du secteur agricole. Ces travaux devront permettre d’explorer les différentes dimensions de cette mutation technologique : de la mécanisation et de la modernisation du matériel agricole à la mise en place d’un système d’information intégré capable de suivre en temps réel la production et les ressources. Ils aborderont également la gestion numérique du foncier et des exploitations, la réforme institutionnelle du ministère, la transition numérique des marchés, ainsi que la question du financement et de la couverture sociale des agriculteurs. L’ensemble vise à créer un écosystème agricole connecté où la planification des cultures s’appuiera sur les outils de l’intelligence artificielle et sur une meilleure gouvernance des données.

Selon le ministre, « la technologie ne doit plus être un luxe, mais un outil quotidien dans les champs algériens ». Le numérique, a-t-il ajouté, « permettra de connecter l’agriculteur, le chercheur et l’administration dans une même dynamique de performance et de transparence ».

Céréales : vers un rendement de 35 quintaux à l’hectare

Au cœur de la transformation visée par le secteur figure également une « véritable révolution » dans la gestion de l’eau, à travers l’augmentation du recours à l’irrigation goutte-à-goutte et à l’utilisation des eaux usées traitées en agriculture », a souligné M. Oualid, précisant que seulement 7 % des 100 milliards de mètres cubes de précipitations annuelles sont actuellement exploités. Concernant la filière céréalière, le ministre a indiqué que l’objectif est de porter le rendement moyen à 35 quintaux à l’hectare au cours des cinq prochaines années, un objectif « réalisable grâce à l’utilisation de semences améliorées à haut rendement, au recours à l’agriculture de précision, aux technologies d’intelligence artificielle et à l’amélioration de la fertilité des sols à travers des programmes scientifiques rigoureux ».

Concernant l’agriculture saharienne, le ministre a mis en avant les superficies exploitables estimées à un million d’hectares pour les cultures stratégiques, ainsi que les importantes réserves en eaux souterraines, qualifiant cette agriculture de « réservoir stratégique de la sécurité alimentaire nationale ». Il a également évoqué le potentiel agricole des Hauts Plateaux, où son département a recensé près de 20 millions d’hectares propices au pâturage et à la culture fourragère, en plus d’un fort potentiel pour le développement des cultures sous serre alimentées par l’énergie solaire.

Selon le ministre, l’ensemble de ces facteurs confère à l’Algérie les moyens de devenir « une puissance agricole régionale à part entière ». Il a indiqué que l’ambition, pour les années à venir, est d’investir massivement, notamment dans les wilayas du Sud, afin d’assurer la sécurité alimentaire d’une « Algérie de 65 millions d’habitants », d’accroître les exportations agricoles et de consolider « un modèle agricole intelligent et durable, faisant de l’Algérie une puissance régionale dans les industries agroalimentaires à haute valeur ajoutée ».

Installation du Conseil scientifique national pour la sécurité alimentaire

En parallèle de ces travaux, le ministre de l’Agriculture et son homologue de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, ont procédé à l’installation du Conseil scientifique national pour la sécurité alimentaire, présidé par Amar Azzion, directeur du Centre de recherche en biotechnologie de Constantine.

Ce conseil, composé de 34 chercheurs et experts, accompagnera la modernisation du secteur agricole à travers la recherche, l’innovation et la formation scientifique. Amar Azzion a affirmé que « les universités et les centres de recherche doivent être le socle scientifique de la nouvelle agriculture algérienne », soulignant que les défis climatiques exigent désormais des solutions fondées sur la science.

Par Adem A.

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