23/08/2026
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Hydrogène vert et Power-to-X en Algérie: Un écosystème propice à l’investissement

Grâce à son gisement exceptionnel en énergies renouvelables et à sa proximité géographique avec l’Europe, l’Algérie consolide sa position de destination phare pour les investissements dans la transition énergétique. C’est ce qui ressort d’un guide récent publié par la Coopération internationale allemande (GIZ) et la Chambre de commerce et d’industrie algéro-allemande (AHK Algérie).

En effet, le guide d’investissement dans l’hydrogène vert et les applications Power-to-X (Pt-X) en Algérie, élaboré dans le cadre du programme international H2Uppp, met en lumière les atouts du pays, les objectifs fixés par les pouvoirs publics ainsi que les opportunités offertes aux investisseurs nationaux et étrangers. Il dessine les contours d’un secteur appelé à occuper une place croissante dans la stratégie énergétique et industrielle nationale. L’Algérie dispose, selon le document, d’un avantage particulier lié à son vaste territoire, à son fort ensoleillement et à son potentiel éolien, auxquels s’ajoutent des infrastructures énergétiques et de transport déjà développées, facilitant la connexion aux marchés extérieurs.  

Une stratégie nationale désormais structurée

Le gouvernement algérien a adopté en mars 2023 une stratégie dédiée au développement de la production d’hydrogène vert. Cette stratégie mobilise plusieurs secteurs institutionnels, notamment ceux chargés de l’énergie et des énergies renouvelables, des hydrocarbures ainsi que des mines et des industries minières. Le groupe Sonatrach est appelé à jouer un rôle central dans cette nouvelle filière. L’entreprise publique entend développer le secteur en association avec des partenaires et des investisseurs étrangers, avec, dans un premier temps, la mise en place de plusieurs installations pilotes d’électrolyseurs d’une capacité comprise entre 2 et 4 MW, ainsi qu’une installation de référence de 50 MW à l’horizon 2030, avec le soutien de la banque allemande KfW.

Ces premières unités doivent également permettre de développer des applications Power-to-X, notamment la production d’e-méthanol, d’e-kérosène et d’ammoniac vert. En parallèle, l’Algérie prévoit de renforcer la formation universitaire et professionnelle, de favoriser la fabrication locale de composants et de mettre en place un cadre juridique spécifique à la production et au transport de l’hydrogène vert et de ses dérivés.

Un objectif de 1,25 million de tonnes à l’horizon 2040

Le guide évoque un objectif de production de l’ordre de 40 TWh d’hydrogène vert entre 2030 et 2040, soit environ 1,25 million de tonnes d’hydrogène par an. Une partie importante de cette production pourrait être destinée au marché européen. Le projet d’acheminement vers l’Europe s’inscrit notamment dans la perspective du SoutH2 Corridor, qui doit relier l’Afrique du Nord à plusieurs pays européens à travers la Tunisie, l’Italie et l’Autriche jusqu’à l’Allemagne. Le document évoque également, pour les besoins de l’industrie nationale, le développement à terme de capacités pouvant atteindre 10 TWh/an d’hydrogène bleu.

30 GW de renouvelables pour alimenter 12 GW d’électrolyseurs

La réussite de cette stratégie repose toutefois sur un préalable majeur, à savoir le développement massif des capacités de production d’électricité renouvelable. Le guide souligne que la planification nationale prévoit d’atteindre 15.000 MW de capacités solaires installées d’ici 2035, sans que cet objectif ne prenne encore pleinement en compte les besoins spécifiques liés à la production d’hydrogène. Sonatrach envisage, à terme, de mobiliser 30 GW de capacités renouvelables, solaires et éoliennes, afin d’alimenter des électrolyseurs d’une capacité totale de 12 GW. Cette montée en puissance est déjà amorcée. Selon le guide, Sonelgaz a attribué 3.200 MW de projets solaires sous forme de contrats EPC. La construction a commencé et 400 MW avaient déjà été raccordés au réseau au premier semestre 2026, portant à plus d’un gigawatt les capacités renouvelables installées dans le pays à cette période.

Le marché algérien commence par ailleurs à susciter des manifestations d’intérêt concrètes de la part d’acteurs internationaux. Lors du NAPEC organisé à Oran en octobre 2024, deux protocoles d’accord ont notamment été conclus. Le premier concernait CEPSA, qui envisageait un projet intégré associant solaire, éolien et électrolyse, avec une capacité d’électrolyse de 200 MW.

Le second portait sur des études relatives à la production d’hydrogène vert destiné à alimenter le futur corridor SoutH2. Ce projet, associant notamment VNG, SNAM, Seacorridor et Verbund, a évolué en 2025 vers ALTEH2A, l’Alliance de l’Hydrogène Algérie-Europe, dont l’objectif est d’évaluer la faisabilité technique et économique d’une production d’hydrogène vert à grande échelle en Algérie.

Un potentiel considérable, mais des investissements lourds

Le passage à une production industrielle nécessite toutefois des investissements considérables. La réalisation des objectifs implique la construction d’unités d’électrolyse, de capacités renouvelables, mais également d’infrastructures de transport et de stockage de l’hydrogène et de ses dérivés. Le guide insiste ainsi sur la nécessité de mobiliser simultanément les financements publics et privés, de mettre en place des mécanismes de partage des risques et de garantir la « bancabilité » des projets. Pour les grands projets, la visibilité sur les débouchés commerciaux et les mécanismes de soutien au marché seront déterminants pour permettre aux investisseurs et aux établissements financiers de prendre des décisions à long terme.

L’Algérie dispose néanmoins d’un argument de poids : le coût relativement avantageux de l’énergie et l’abondance des ressources renouvelables. Le guide estime que l’exploitation de zones présentant de moins bonnes conditions d’ensoleillement ou de vent pourrait encore offrir un potentiel de production très important, même avec un coût complet estimé entre 3,5 et 4 dollars par kilogramme d’hydrogène.

Un cadre d’investissement plus attractif

Pour accompagner cette nouvelle filière, l’Algérie s’appuie également sur la réforme de son cadre d’investissement. La loi n°22-18 du 24 juillet 2022 relative à la promotion de l’investissement vise notamment à faciliter l’implantation des investisseurs nationaux et étrangers et à lever plusieurs obstacles administratifs. L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) constitue désormais l’interlocuteur central pour l’accompagnement des projets. Le dispositif prévoit notamment plusieurs régimes d’incitation, dont un régime sectoriel applicable aux énergies renouvelables, un régime destiné aux investissements réalisés dans certaines zones du pays et un régime réservé aux investissements structurants. Pour les projets éligibles, des avantages fiscaux et douaniers peuvent également être accordés, notamment des exonérations douanières et de TVA durant certaines phases du projet. Le guide rappelle par ailleurs que la réforme du cadre d’investissement a supprimé, dans la majorité des secteurs, l’ancienne limitation de la participation étrangère à 49 %, permettant désormais aux entreprises étrangères de détenir jusqu’à 100 % du capital, à l’exception des secteurs considérés comme stratégiques.

Par Z R.

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