29/06/2026
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Le Développementalisme Algérien

« Pour une Stratégie Autonome de Rattrapage Économique2025-2055 » (*)

(Pour un essai de compréhension et de vulgarisation de l’ouvrage)

Par Rachid  MEKSEN (*)

Dans son essai ambitieux intitulé Le développementalisme, que nous avons  découvert par hasard puis exploité par curiosité et fidélité envers les nouveautés, Khaled El Maymoun propose une feuille de route détaillée pour l’Algérie, visant à réduire la dépendance à la rente des hydrocarbures et à réaliser un saut industriel significatif  sur la période 2025-2055. Ce document généreux par son volume (400 pages) et étoffé par son contenu, présente une stratégie chiffrée et opérationnelle sur 30 ans, inspirée des modèles de développement réussis en Asie de l’Est, la Corée du Sud, la Chine et le Vietnam.

Dans le souci de partager d’abord l’existence de cet essai, nous avons également cherché à livrer certains aspects de sa problématique et discuter de leur portée sinon de leur pertinence. Peu de travaux assis sur une méthodologie éprouvée sont publiés sur l’Algérie, passer sous silence cet essai serait abonder dans cette dynamique de repli que tout le monde pourtant déplore avec force.

D’emblée, l’auteur manifeste son parti pris pour l’étatisme précisé selon lui non pas pour ses penchants idéologiques mais comme nécessité historique.

En effet l’auteur écarte l’idée que le secteur privé puisse être le moteur immédiat de l’économie algérienne. Pour lui, faire appel à un État stratège et planificateur n’est pas un choix idéologique, mais une nécessité historique. La colonisation française a laissé l’Algérie avec un vide entrepreneurial, détruisant les structures économiques locales et laissant le pays sans base solide à son indépendance en 1962.

On ne peut occulter en effet que la dévastation  causée par la colonisation a créé un véritable désert entrepreneurial en Algérie. Contrairement à des pays comme la Corée du Sud ou Taïwan, qui avaient des classes commerçantes établies avant leur décollage économique, l’Algérie doit bâtir sa classe de créateurs de valeur à partir de rien.

Pour étayer le choix préalable d’un Etat omniprésent, l’auteur de l’essai estime quesoixante ans après l’indépendance, le secteur privé algérien ne se serait toujours pas renforcé mais dominé par une recherche de rente et un commerce d’importation peu productif. L’État serait donc seul qualifié pour diriger le rattrapage économique nécessaire. Ceci reste, selon nous, l’une des affirmations les plus discutables, car elle passe sous silence tous les dispositifs successifs qui ont obéré l’assise de ce qui aurait constitué non seulement un secteur privé actif mais aurait aussi permis l’émergence d’entrepreneurs en son sein. Le fait colonial ne serait pas le seul indicateur historique à retenir pour démontrer la faible consistance du secteur privé mais bien, en complément après l’indépendance, l’encadrement restrictif mis en place pour réduire la place du secteur privé envers lequel la confiance n’a jamais été placée pour son soit disant rôle dans les choix qui ont été imposés.

(*) L’ouvrage ne mentionne pas de date de publication ni de référence à son édition.

Dans le parcours de l’ouvrage, on note que l’auteur regroupe les blocages séculaires qui se sont dressés sur le chemin du développement souhaité à savoir :

 –La malédiction de la rente pétrolière qui détruit la compétitivité des secteurs manufacturier et rend l’Etat clientéliste ;

Le gaspillage du capital humain féminin qui prive le pays d’une partie essentielle de sa force de travail en maintenant un taux d’activité des femmes d’environ 17 %. Avec un afflux massif de jeunes diplômés, cette marginalisation rend tout décollage économique impossible.

Les résistancesanthropologiques à travers les freins socioculturels et institutionnels, tels que le conservatisme religieux et le nationalisme nostalgique qui se traduisent par des retards dans la prise de décisions essentielles.

Dans cette lignée de l’ouvrage, L’auteur propose un ambitieux plan d’investissement de 454 milliards de dollars sur 30 ans, centré sur quatre piliers  opérationnels du rattrapage :

Pilier I : A travers une révolution éducative  ce pilier vise à réorienter l’éducation vers les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM). L’objectif est de remplacer les filières littéraires déconnectées de l’emploi par des cursus techniques de haut niveau, soutenus par des centres d’excellence. Cet exemple est annoncé comme mesure phare prise par les autorités chinoises pour centrer les ressources sur la place visé par la Chine dans la compétition pour les nouvelles frontières industrielles.

Pilier II : L’émancipation productive des femmes, quiavec un budget de 100 milliards de dollars sur 30 ans vise  l’intégration des femmes dans l’économie. Des infrastructures de soutien, comme des crèches publiques, et des programmes de formation professionnelle ciblés sont proposés pour permettre aux femmes de participer pleinement au marché du travail.

Pilier III : La réforme de l’État avec un budget allouéde 176 milliards de dollars est destiné à transformer l’appareil étatique en un « État fort, aminci et stratège ». Trois institutions autonomes doivent être créées pour piloter l’économie, lutter contre la corruption et gérer les investissements industriels.

Pilier IV : La diplomatie économique de l’hydrogène vert qui devrait voirl’Algérie tirer parti de ses ressources naturelles pour développer une filière d’hydrogène vert. Cela nécessite d’importants investissements et des partenariats avec l’Europe et la Chine pour acquérir les technologies nécessaires.

On en vient au nerf de la guerre qui constitue la troisième et dernière partie, à savoir la viabilité financière et le chiffrage des scénarios.

Parallèlement à l’effort porté sur le contenu des propositions, nous estimons que le mérite de chiffrer dans le détail toutes les mesures annoncées doit être rappelé, tellement cet exercice est à la fois rare et complexe en particulier dans le milieu académique. On rappellera pour l’anecdote qu’à une question soulevée à un ancien Premier ministre français au sujet de l’absence de chiffrage pour ses propositions «Les chiffres servent à se faire botter les f… », façon de dire que c’est un bâton offert à l’adversaire. Cette réticence à communiquer sur le volet financier serait de nature à fragiliser les finances publiques déjà malmenées dans la plupart des pays, à susciter la crainte des marchés par ce que l’on appelle ‘l’effet d’éviction’ (captation des ressources par le Trésor) et à réduire ses marges de manœuvres en cas de décisions d’arbitrage à satisfaire.

Comment financer les 454 Milliards de Dollars que coûteraient les 4 piliers déclinés ?L’auteur explique (ou s’évertue à le faire) que l’Algérie ne souffre pas d’un manque de capitaux, mais d’une mauvaise répartition des ressources. Les besoins annuels de 32 milliards de dollars devraient être couverts par des réallocations internes, telles que la réforme des subventions et la rationalisation de la fonction publique. Ce que nous comprenons ainsi c’est que les piliers ’ajustés’ génèrent concomitamment des économies qui deviennent des sources de financement dans un second temps : la fonction publique à dégraisser en est l’illustre cas d’espèce !

La modélisation macroéconomique à l’horizon 2055.L’essai présente deux scénarios pour l’avenir de l’Algérie : un scénario pessimiste où le pays reste dans un modèle rentier et un scénario optimiste où il réussit son rattrapage développementaliste, avec un PIB en forte croissance et un taux de chômage proche du plein emploi. En point commun à ces deux scénarios, c’est la baisse des recettes tirées des hydrocarbures, leur extinction à terme justifie le choix du programme pour l’hydrogène vert, choix technologique s’imposant comme une ambition incontournable.

En guise de conclusion que nous estimons devant être partagée, on est alerté et sommé de mettre le curseur sur l’urgence absolue de la fenêtre 2025-2035, l’Algérie doit agir rapidement pour saisir sa dernière chance historique. Trois horloges doivent être synchronisées et jouer la même partition : l’épuisement des réserves de change, la baisse des exportations d’hydrocarbures et une population à éduquer et former. Si des réformes fondamentales ne sont pas engagées immédiatement, le pays raterait  sa marche ultime pour répondre aux impératifs géopolitiques et aux attentes socioéconomiques de sa population de 62 millions d’âmes (en 2055). L’essai se veut aussi un appel à la mobilisation des élites afin de choisir la voie de la prospérité et construire un avenir meilleur pour l’Algérie.

Telles  sont les idées force  qu’il nous a paru  opportun de faire connaitre, de ramasser, de partager et de discuter avec les lecteurs qui y trouverons, souhaitons-le, une autre source d’inspiration pour continuer à parfaire leur jugement sur les faits économiques et se sensibiliser encore davantage sur les défis à surmonter pour s’assurer de meilleures opportunités à l’avenir.

(*) Economiste, Haut fonctionnaire à la retraite

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