10/06/2026
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Pays africains producteurs de pétrole: Plaidoyer pour une souveraineté énergétique africaine renforcée

Le secrétaire général de l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole (APPO), Farid Ghezali, a affirmé que l’Afrique énergétique entre dans une nouvelle phase stratégique marquée par la recherche d’une plus grande souveraineté, le renforcement de la coopération intra-africaine et la création d’outils financiers autonomes capables de soutenir les projets du continent. Invité de la Chaîne 3, le responsable de l’APPO a détaillé les priorités de l’organisation, tout en mettant en avant le rôle central de l’Algérie dans la dynamique énergétique africaine.

Installé à la tête de l’organisation depuis décembre dernier, Farid Ghezali a expliqué que les défis auxquels font face les pays africains producteurs de pétrole sont nombreux et exigent une approche coordonnée. Selon lui, la première priorité demeure le renforcement de la coopération entre les Etats membres afin de construire une stratégie commune capable de défendre les intérêts énergétiques du continent.

Dans ce contexte, l’APPO mise particulièrement sur la future Banque africaine de l’énergie, considérée comme l’un des projets structurants les plus ambitieux de ces dernières années. Cette institution financière a été pensée pour répondre au recul progressif des financements internationaux destinés aux projets liés aux hydrocarbures africains.

Farid Ghezali a annoncé que le lancement officiel de la Banque africaine de l’énergie interviendra à la fin du mois de juillet 2026, tandis que l’institution deviendra opérationnelle dès le mois d’août prochain. Les bureaux de cette nouvelle banque ont déjà été inaugurés en février 2026 et le capital minimal nécessaire à son démarrage a été atteint.

Le secrétaire général de l’APPO a souligné que cette banque permettra aux pays africains de financer eux-mêmes leurs projets énergétiques sans dépendre des grandes institutions financières internationales souvent réticentes à soutenir les investissements dans les énergies fossiles.

Il a insisté sur le fait que cet outil constitue un véritable levier de souveraineté énergétique pour le continent. Selon lui, l’Afrique doit disposer de mécanismes indépendants capables de financer ses propres infrastructures pétrolières et gazières dans un contexte mondial marqué par de fortes tensions géopolitiques et des mutations rapides du marché énergétique.

Au cours de cet entretien, Farid Ghezali a également salué le rôle de l’Algérie dans le développement énergétique africain. Il a rappelé que l’Algérie figure parmi les principaux contributeurs à la Banque africaine de l’énergie et qu’elle demeure un acteur central de la diplomatie énergétique continentale.

Le responsable de l’APPO a estimé que l’Algérie s’impose aujourd’hui comme une référence africaine en matière de souveraineté énergétique. Il a notamment mis en avant la capacité du pays à maîtriser l’ensemble de la chaîne énergétique, depuis l’exploration jusqu’au transport maritime et à la commercialisation finale.

Selon lui, plus de 75 % de la production énergétique algérienne est réalisée directement par des entreprises nationales, tandis que les projets menés en partenariat restent majoritairement sous contrôle algérien. Une situation qu’il qualifie d’exceptionnelle à l’échelle du continent.

Farid Ghezali a également évoqué les grands projets transfrontaliers portés par l’Algérie, notamment le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie, considéré comme un projet stratégique pour la sécurité énergétique africaine et européenne.

Parmi les grands chantiers engagés par l’APPO figure également l’harmonisation des codes pétroliers africains. Le secrétaire général de l’organisation estime que les disparités réglementaires actuelles fragilisent plusieurs pays producteurs, dont certains ne contrôlent qu’une faible part de leurs propres ressources naturelles.

Farid Ghezali a jugé « inacceptable » que certains Etats africains ne détiennent qu’environ 15 % des revenus ou du contrôle effectif de leurs ressources pétrolières. Selon lui, cette situation découle souvent d’un manque de capacités d’investissement locales et d’une forte dépendance à l’égard des partenaires étrangers.

L’APPO souhaite ainsi encourager une convergence réglementaire afin de garantir des contrats plus équilibrés et davantage favorables aux intérêts africains. Pour le responsable de l’organisation, les investisseurs étrangers doivent évoluer vers des partenariats « gagnant-gagnant » respectant les intérêts économiques et stratégiques des Etats producteurs.

Selon lui, les crises actuelles ont mis en évidence la fiabilité des producteurs africains, notamment l’Algérie, qui n’a jamais interrompu ses livraisons énergétiques malgré les périodes difficiles traversées par le pays.

Le secrétaire général de l’APPO considère que cette stabilité représente désormais un avantage stratégique majeur pour attirer davantage d’investissements directs étrangers dans les secteurs du pétrole, du gaz, des fertilisants et de la pétrochimie.

Il estime que l’Afrique doit désormais « monétiser sa fiabilité » non pas uniquement par les prix, mais surtout en exigeant des investissements industriels et technologiques durables en contrepartie de ses ressources énergétiques.

Abordant enfin la question de la transition énergétique, Farid Ghezali a défendu une approche pragmatique tenant compte des réalités économiques africaines. Il a rejeté l’idée d’un simple « copier-coller » des modèles occidentaux, affirmant que l’Afrique doit définir son propre rythme et ses propres priorités.

Selon lui, le continent africain ne représente qu’environ 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et ne peut donc être soumis aux mêmes contraintes que les grandes puissances industrielles.

Le responsable de l’APPO estime que le développement économique et industriel des pays africains doit rester prioritaire, tout en respectant progressivement les normes environnementales internationales.

Par Réda Hadi

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