Stratégie énergétique européenne: L’Algérie gagne en influence
L’Algérie consolide progressivement son influence sur le marché énergétique européen dans un contexte marqué par la recomposition des stratégies d’approvisionnement de l’Union européenne. Alors que plusieurs pays européens poursuivent leurs efforts pour diversifier leurs sources d’énergie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le gaz algérien continue de gagner du terrain, notamment sur les marchés espagnol et italien.

Les importations européennes de gaz naturel par gazoduc ont progressé pour le quatrième mois consécutif en glissement annuel. Les données, établies à partir des statistiques du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF) et d’Eurostat, rapportées par la plateforme spécialisée « Attaqa.net », montrent que l’Union européenne a importé 12,2 milliards de mètres cubes de gaz par pipeline en avril 2026, soit une légère hausse de 0,2 % par rapport à la même période de 2025. Sur les quatre premiers mois de l’année, les importations européennes ont atteint près de 49 milliards de mètres cubes, contre 47,8 milliards durant la même période de l’année précédente, enregistrant ainsi une progression globale de 2 %. Cette dynamique est largement soutenue par l’augmentation des flux en provenance de plusieurs fournisseurs majeurs, dont l’Algérie.
Le rapport souligne en effet que les exportations algériennes par gazoduc ont progressé de 7 % vers l’Espagne et de 4 % vers l’Italie au cours des quatre premiers mois de 2026. Ces performances confirment le rôle stratégique croissant de l’Algérie dans la sécurisation des approvisionnements énergétiques du sud de l’Europe. Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les inquiétudes persistantes sur la stabilité des marchés énergétiques mondiaux, l’Algérie apparaît désormais comme l’un des partenaires les plus fiables de l’Europe.
La stabilité de ses livraisons, la proximité géographique et l’existence d’infrastructures gazières reliant directement le pays au continent européen renforcent davantage cette position. Cette progression intervient également dans un contexte de recul durable des importations européennes de gaz russe par pipeline. Bien que les flux russes via le gazoduc TurkStream aient augmenté de 7 % au début de l’année 2026, la part du gaz russe dans les importations européennes transportées par gazoduc reste fortement réduite par rapport à la période précédant la crise ukrainienne. Selon le rapport, cette part est tombée d’environ 45 % en 2021 à près de 12 % en 2025.
L’étude met toutefois en évidence une transformation profonde de la structure des approvisionnements énergétiques européens. Entre 2021 et 2025, la part du gaz transporté par gazoduc dans les importations de l’Union européenne est passée de 80 % à 55 %, tandis que celle du Gaz naturel liquéfié (GNL) a progressé de 20 % à 45 %. Malgré cette montée en puissance du GNL, les flux par pipeline demeurent essentiels pour plusieurs pays européens, notamment ceux du bassin méditerranéen. Dans ce nouvel équilibre énergétique, l’Algérie bénéficie d’une position particulièrement avantageuse. Les gazoducs reliant le pays à l’Espagne et à l’Italie demeurent des infrastructures stratégiques pour l’Europe du Sud, permettant un approvisionnement stable et relativement compétitif.
Le rapport souligne également que l’Italie figure parmi les principales portes d’entrée du gaz acheminé par pipeline vers l’Union européenne, captant environ 15 % des flux totaux importés durant les quatre premiers mois de l’année. Cette situation renforce indirectement le poids du gaz algérien dans la stratégie énergétique européenne. Parallèlement, certains fournisseurs connaissent des difficultés importantes.
La Libye, par exemple, a enregistré une chute spectaculaire de 68 % de ses exportations gazières vers l’Italie sur la même période, accentuant davantage le besoin européen de sécuriser des partenaires énergétiques stables. La Norvège demeure néanmoins le premier fournisseur gazier de l’Union européenne, assurant environ 30 % des importations totales du bloc et plus de la moitié des volumes transportés par gazoduc. Les exportations norvégiennes ont notamment bondi de 27 % vers la Pologne et de 18 % vers la France.
Autre évolution notable relevée par le rapport : l’augmentation spectaculaire des flux de gaz regazéifié en provenance du Royaume-Uni vers l’Europe continentale. Les volumes acheminés via les interconnexions européennes ont bondi de 272 % au début de l’année 2026 pour atteindre un solde net de 0,9 milliard de mètres cubes.
Par S. R.
