Développement de l’hydrogène: L’Algérie adopte une approche pragmatique
Dans la course mondiale à l’hydrogène bas carbone, les pays d’Afrique du Nord accélèrent leurs stratégies afin de s’imposer sur un marché appelé à jouer un rôle déterminant dans la transition énergétique mondiale. Dans ce paysage en pleine mutation, l’Algérie privilégie une approche pragmatique, fondée sur la valorisation de ses ressources naturelles, le développement progressif des énergies renouvelables et l’exploitation de son savoir-faire dans l’industrie gazière.

Cette orientation est mise en lumière dans un rapport publié le 5 juillet par la plateforme spécialisée « Attaqa.net », qui analyse les ambitions de cinq pays arabes dans la filière hydrogène. L’étude souligne que l’Algérie se distingue par une stratégie combinant le développement de l’hydrogène vert, produit à partir de l’électricité renouvelable, et celui de l’hydrogène bleu, obtenu à partir du gaz naturel avec captage et stockage du carbone. Ce choix permet de tirer parti des importantes réserves gazières du pays tout en préparant sa transition vers une économie à faibles émissions de carbone.
Selon le rapport, l’Algérie ambitionne d’exporter un million de tonnes d’hydrogène par an vers l’Europe à l’horizon 2040. Pour concrétiser cet objectif, l’Agence internationale de l’énergie estime qu’il sera nécessaire de déployer une capacité d’électrolyse de 2,5 gigawatts, appuyée par près de 20 gigawatts de nouvelles capacités de production d’électricité issues des énergies renouvelables.
La feuille de route nationale prévoit ainsi une production comprise entre 900 000 et 1,2 million de tonnes d’hydrogène vert destinées aux marchés extérieurs. En parallèle, environ 300 000 tonnes d’hydrogène bleu seraient produites pour répondre aux besoins du marché domestique, notamment dans les secteurs industriels à forte consommation énergétique.
Cette complémentarité est appelée à favoriser la décarbonation progressive de l’économie tout en optimisant les infrastructures gazières existantes. Le rapport estime à près de 25 milliards de dollars les investissements nécessaires à la concrétisation de cette stratégie. À ce jour, sept projets ont été annoncés en Algérie, dont cinq consacrés au développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés, ainsi que deux projets de pipelines destinés au transport de cette nouvelle ressource énergétique vers les marchés européens.
À l’échelle régionale, les niveaux d’avancement demeurent contrastés. L’Égypte affiche les ambitions les plus importantes en matière de capacités de production et concentre le plus grand nombre de projets annoncés. La Mauritanie, malgré un potentiel considérable, fait face à des difficultés de financement qui ont conduit au report de plusieurs projets structurants. De son côté, la Tunisie mise sur le futur corridor énergétique reliant l’Afrique du Nord à l’Europe, mais demeure confrontée à la nécessité d’accélérer la mise en place de son cadre législatif.
Malgré des trajectoires différentes, ces pays sont confrontés aux mêmes défis. L’étude met en évidence l’ampleur des investissements à mobiliser, la nécessité de développer des infrastructures de transport adaptées, notamment des pipelines et des terminaux spécialisés, ainsi que l’importance de sécuriser des contrats d’achat de long terme avec les partenaires européens. Dans ce contexte, l’approche retenue par l’Algérie apparaît comme une stratégie de développement progressive, conciliant ambitions d’exportation, valorisation des ressources nationales et adaptation aux réalités du marché international. Un positionnement qui pourrait permettre au pays de s’imposer, à moyen terme, comme l’un des principaux fournisseurs d’hydrogène bas carbone du bassin méditerranéen.
Par S. R.
