Mise en service du Centre national des services numériques: Un acquis stratégique pour l’Algérie
L’inauguration du Centre national des services numériques par le président de la République marque une nouvelle étape dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de transformation numérique. Plus qu’une simple infrastructure informatique, ce projet constitue, selon le Dr Hacène Derrar, maître de conférences à l’École nationale supérieure de management (ENSM) et expert en stratégie du numérique, « un acquis stratégique qui permettra à l’Algérie de renforcer sa souveraineté numérique et de moderniser durablement les services publics ».
Invité de la Chaîne III de la Radio nationale, l’expert est revenu sur les enjeux de cette réalisation, qu’il considère comme l’aboutissement d’une volonté politique affirmée. Il rappelle que la numérisation a été érigée en priorité nationale par le président de la République, au même titre que les questions de sécurité énergétique, alimentaire ou sanitaire. Cette orientation stratégique, associée au travail du Haut-Commissariat à la numérisation et à l’implication de plusieurs ministères et institutions spécialisées, a permis de concrétiser un projet appelé à transformer profondément le fonctionnement de l’administration.
Le Centre national des services numériques repose sur plusieurs composantes complémentaires. Il s’appuie notamment sur deux centres de données (Data Centers), situés à Alger et à Blida, fonctionnant en mode redondant afin de garantir une continuité permanente des services, même en cas d’incident.
Le dispositif comprend également le portail national des services publics numérisés « Digital Services», désormais accessible aux citoyens. Cette plateforme constitue la porte d’entrée unique vers les démarches administratives en ligne. Selon le Dr Derrar, cette première phase permettra de mettre à disposition 21 services numériques concernant six ministères. Le programme prévoit une montée en puissance progressive pour atteindre environ 52 services d’ici la fin de l’année 2026, avant d’atteindre près de 350 services publics entièrement numérisés à l’horizon 2028.
Au-delà de la modernisation administrative, l’objectif est également de garantir la maîtrise nationale des données stratégiques. « Pendant longtemps, la majorité des données africaines étaient hébergées à l’étranger. Aujourd’hui, l’Algérie fait le choix de conserver ses données sur son propre territoire », souligne l’expert. À moyen terme, le spécialiste estime que d’autres centres de données pourraient être implantés, notamment dans le Sud du pays, où les disponibilités foncières et énergétiques offrent des perspectives importantes pour développer des infrastructures de grande capacité.
Si les infrastructures inaugurées sont aujourd’hui principalement destinées aux administrations publiques, le projet prévoit également le développement d’un cloud public accessible aux entreprises.
Cette évolution permettra aux opérateurs économiques d’héberger leurs applications et leurs données dans des infrastructures nationales hautement sécurisées, tout en bénéficiant des technologies du cloud computing. Pour le Dr Derrar, cette orientation constitue un levier essentiel de compétitivité pour les entreprises algériennes et un facteur supplémentaire d’indépendance technologique. Pour l’expert, la réussite du projet ne dépendra pas uniquement des infrastructures mais surtout de leur appropriation par les citoyens. « Le lancement d’une plateforme ne suffit pas. Ce qui compte désormais, c’est son taux d’utilisation », insiste-t-il, estimant que cette nouvelle phase sera décisive. Les plateformes devront démontrer leur robustesse technique, leur simplicité d’utilisation et leur capacité à absorber simultanément des millions de connexions.
Le développement de la confiance numérique apparaît également comme une condition essentielle. Les citoyens devront percevoir un avantage concret : moins de déplacements, moins de bureaucratie, davantage de rapidité dans les démarches administratives.
Pour favoriser cette transition, le spécialiste recommande de renforcer les campagnes de communication et de sensibilisation, mais aussi de créer, au niveau des communes et des bureaux de poste, des médiateurs numériques chargés d’accompagner les usagers dans leurs premières démarches en ligne.
Par Reda Hadi
